Paris. Théâtre du Gymnase Marie Bell. « Le Discours d’un roi », une œuvre magistrale sur le courage, la résilience et la conquête de sa propre voix

Publié le 5 novembre 2026 à 17h00 - Dernière mise à jour le 5 novembre 2026 à 17h00

Pour la première fois ensemble sur scène, Philippe Torreton et Francis Huster sont éblouissants dans l’adaptation française de l’œuvre de David Seidler, signée Patrick Haudecœur et Gérald Sibleyras.

Destimed LE DISCOURS DUN ROI © Lila Leroutier
Le Discours d’un roi @Lila Leroutier

Après le triomphe international du film oscarisé « Le Discours d’un roi », réalisé par Tom Hooper sur un scénario de David Seidler, l’œuvre arrive sur scène dans une adaptation française de Patrick Haudecœur et Gérald Sibleyras, mise en scène par Jérémie Lippmann. Dans l’Angleterre des années 1930, le duc d’York, paralysé par un bégaiement handicapant, se retrouve propulsé malgré lui vers le trône. Sa rencontre avec un orthophoniste australien installé à Londres, aux méthodes atypiques, va bouleverser sa vie et peut-être changer le destin d’un royaume au bord du chaos.

Sorti en 2010 et oscarisé dans la foulée, « Le Discours d’un roi » fut un événement cinématographique mondial. Réalisée par Tom Hooper sur un scénario de David Seidler, cette œuvre forte fut magnifiée à l’écran par Colin Firth dans le rôle d’Albert, dit « Bertie », duc d’York, puis roi George VI (voix française de Christian Gonon, de la Comédie-Française), et par Geoffrey Rush sous les traits de Lionel Logue (voix française de François Marthouret), tandis que Timothy Spall incarnait un Churchill d’exception.

Citons également, pour ce dernier rôle, la voix française d’Hervé Pierre, ancien sociétaire de la Comédie-Française, dans une prestation puissante et assez inoubliable. Sans oublier celles de Thibault de Montalembert (Édouard, dit « David », prince de Galles, puis roi Édouard VIII), Didier Flamand (Cosmo Lang), Philippe Laudenbach (le roi George V, père de Bertie et de David) ou Jeanne Savary (la duchesse d’York), qui ont contribué à rendre la version française aussi majestueuse que la version originale.

La mise en scène subtile de Jérémie Lippmann

Pour leur première rencontre au théâtre, Philippe Torreton (le duc d’York) et Francis Huster (l’orthophoniste australien) sont éblouissants de justesse et de complémentarité. Pas de volonté, chez l’un comme chez l’autre, de rechercher la performance. Portés par le souhait de servir leurs personnages, ils jouent ensemble, font respirer les silences et nous bouleversent.

À leurs côtés, Delphine Depardieu, sous les traits de Queen Mum, Elizabeth Bowes-Lyon, l’épouse de George VI et la mère de la reine Elizabeth II, et Grétel Delattre, qui joue deux rôles — Myrtle Logue, la femme de Lionel Logue, le thérapeute incarné par Francis Huster, et Wallis Simpson, la future épouse du roi Édouard VIII, qui abdiquera  – sont loin d’être des faire-valoir. Lumineuses, elles permettent à la pièce de s’enrichir, comme l’ont voulu les auteurs, d’un plaidoyer féministe ô combien moderne. Ajoutons la présence d’Urbain Cancelier (Winston Churchill), de François Dunoyer (le roi George V) et de Clément Koch (David, le roi Édouard VIII).

N’oublions pas Pierre Aussedat, formidable comédien dirigé par Francis Huster en 1987 dans « Richard de Gloucester », au Théâtre du Rond-Point. On l’a également vu en 2002 sur les planches du Théâtre Tristan-Bernard, sous les traits de Knaben, dans « Baron » de Jean-Marie Besset. Puissant récemment au cinéma dans le rôle du général Georges Catroux dans « La Bataille de Gaulle », drôle à souhait dans celui du commissaire Briare dans la série « Magellan », il campe ici un inquiétant archevêque de Canterbury.

Si tous contribuent, dans « Le Discours d’un roi », à éclairer au mieux cette œuvre magistrale sur le courage, la résilience et la conquête de sa propre voix, on le doit à leur talent, bien entendu, mais également à la mise en scène solaire, dépouillée, précise et intelligente de Jérémie Lippmann. Elle permet à tous les comédiens de se déplacer avec une lenteur voulue, qui s’accorde parfaitement à la longue quête du duc d’York. Très chargés, les décors de Jacques Gabel et les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz rendent bien compte du faste des palais de l’époque. Ils ajoutent au spectacle leur part de magie.

Un final à tirer les larmes

Fine et complexe, la pièce met en lumière, entre de multiples tensions familiales et l’expression de la montée des totalitarismes, la naissance d’une amitié improbable entre un roi et un orthophoniste aux méthodes peu conventionnelles, fou de Shakespeare. C’est donc aussi, en filigrane, un hymne au théâtre que ce « Discours d’un roi », où le duo Huster-Torreton est absolument parfait. Lors d’un final à tirer les larmes, la dernière intervention du roi permet à Torreton d’apparaître pour ce qu’il est : un immense passeur de textes qui, écrivain lui-même, sert les œuvres sans se servir d’elles.

Huster et Torreton en 2027 à Aix et Marseille, dans la programmation de Dominique Bluzet

Tout comme Francis Huster, d’ailleurs, qui aime les mots et les grandes œuvres. Son livre et son spectacle « Un cancre au paradis » (livre paru chez Albin Michel), consacrés à Guitry, que l’on a pu voir au Chêne Noir d’Avignon, l’attestent. On les retrouvera d’ailleurs l’un et l’autre, séparément, dans d’autres projets inscrits à la programmation des théâtres de Dominique Bluzet. Francis Huster sera à l’affiche d’« En thérapie », du 6 au 10 avril 2027, au Jeu de Paume d’Aix-en-Provence, et Philippe Torreton, du 13 au 17 avril 2027, au Théâtre de l’Odéon de Marseille, dans « La Folle Journée ou Le Mariage de Figaro » de Beaumarchais. Un formidable spectacle mis en scène par Léna Bréban, donné au printemps dernier à La Scala de Paris.

À ne pas rater !!!!!

Jean-Rémi BARLAND

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