Région Sud. François de Canson succède à Renaud Muselier et place les lycées au cœur de ses premières décisions

Publié le 12 octobre 2026 à 21h50 - Dernière mise à jour le 12 octobre 2026 à 21h50

Élu ce lundi 12 octobre à la présidence de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, François de Canson succède à Renaud Muselier, désormais sénateur des Bouches-du-Rhône. Le nouveau président, qui entend conjuguer continuité et changement, a consacré les premiers mots de son discours d’investiture à la crise dans les établissements scolaires, dans une journée marquée par les violences survenues à Aubagne. Santé, souveraineté économique et adaptation au changement climatique figurent également parmi les grandes orientations de son mandat.

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Passation de pouvoir à la tête de la Région Sud entre Renaud Muselier et son successeur François de Canson, élu ce lundi 12 octobre. (Photo Joël Barcy)

 

C’est une nouvelle page qui s’ouvre à l’Hôtel de Région, à Marseille. Après près de dix années à la tête de l’institution, Renaud Muselier passe le relais à François de Canson. Le maire de La Londe-les-Maures, dans le Var, a été élu avec 83 voix sur 122 votants, lors d’une assemblée plénière extraordinaire. Seul candidat en lice, il a bénéficié du soutien de la majorité régionale de droite et du centre, tandis que les élus du Rassemblement national ont voté blanc. La transmission s’est matérialisée par un geste symbolique : Renaud Muselier a remis à son successeur l’écharpe rouge et or de président de la Région. Une passation préparée depuis l’élection de l’ancien président au Sénat, le 27 septembre dernier, mais qui intervient dans un contexte régional particulièrement tendu.

Les lycées, première urgence du nouveau président

François de Canson aurait pu commencer son discours par les remerciements d’usage. Il a choisi de les différer pour évoquer la situation des lycées et les violences survenues ce même lundi à Aubagne. Il a notamment exprimé son soutien au principal du collège Lakanal et à une enseignante, victimes, selon les éléments évoqués dans son discours, de tirs commis par un élève de troisième âgé de 14 ans. Au-delà de ce drame, le nouveau président a longuement évoqué les tensions qui traversent une partie de la jeunesse. Pression scolaire, difficultés d’orientation, incertitudes économiques, inquiétudes climatiques et conflits internationaux constituent, selon lui, autant de facteurs qui nourrissent un sentiment de désespérance. Pour autant, il refuse d’assimiler l’ensemble d’une génération aux violences constatées dans certains établissements. Il distingue les revendications des élèves des dégradations et des intimidations, rappelant que le droit de manifester ne saurait justifier la mise en danger des personnes.

Sur les responsabilités propres à la Région, il entend agir rapidement. Une inspection générale des lycées et des méthodes de fonctionnement de la collectivité est annoncée. Une plateforme d’alerte doit être ouverte dans la semaine pour permettre aux élèves, parents, enseignants et agents de signaler les problèmes rencontrés. Des brigades départementales d’intervention seront également constituées pour répondre aux urgences matérielles. Les conclusions de cet état des lieux seront rendues publiques et présentées lors d’une prochaine session du conseil régional. François de Canson a également annoncé une rencontre, le 20 octobre, avec les 300 encadrants des agents régionaux des lycées. Quatre jours plus tard, le Parlement régional de la jeunesse doit réunir 200 lycéens, auxquels seront associés des représentants des établissements. Ces annonces interviennent alors que les conditions matérielles d’accueil et d’enseignement font l’objet de contestations dans plusieurs établissements de la région.

Renaud Muselier, une transmission revendiquée

Une fois les urgences scolaires évoquées, François de Canson est revenu à la succession politique qui le conduit à la tête de la collectivité. Il a salué le travail de Christian Estrosi, puis rendu un hommage appuyé à Renaud Muselier, dont il a été l’un des vice-présidents. Il a notamment souligné l’ambition européenne et méditerranéenne donnée à la Région par son prédécesseur, ainsi que sa capacité à porter de grands projets. Mais c’est surtout le choix de transmettre le pouvoir qu’il a tenu à saluer. Dans un univers politique où les successions sont rarement paisibles, François de Canson a présenté cette décision comme une marque de confiance. Le nouveau président n’entend toutefois pas se contenter de reproduire la politique de son prédécesseur. Il affirme vouloir prolonger l’action engagée tout en lui donnant de nouvelles orientations. Renaud Muselier, qui conserve son mandat de conseiller régional, quitte donc la présidence sans quitter l’assemblée. Son élection au Sénat lui permet désormais de poursuivre son engagement politique sur une autre scène institutionnelle.

Un plan régional de santé et une attention particulière aux jeunes

La santé figure également parmi les priorités immédiates de François de Canson. Évoquant son histoire familiale et son grand-père maternel, Emmanuel Vitria, longtemps présenté comme le doyen des greffés du cœur, il a rappelé combien la maladie et l’accès aux soins avaient marqué son parcours personnel. En ce mois d’Octobre rose, il a également rendu hommage à trois élues régionales disparues au cours de la mandature. Son objectif est de construire un plan régional de santé fondé sur la proximité des soins et la mobilité, afin de mieux atteindre les habitants éloignés des structures médicales. Un volet particulier sera consacré aux jeunes, notamment à leur santé, à leur bien-être et à la prévention des addictions. Cette ambition devra toutefois trouver sa traduction concrète dans les moyens et les partenariats mobilisés, la santé relevant principalement de compétences nationales.

La souveraineté économique comme ligne directrice

Au-delà des mesures immédiates, François de Canson entend faire de la souveraineté économique et industrielle l’un des grands axes de sa présidence. Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et les fragilités des chaînes d’approvisionnement, il estime que les régions doivent renforcer leurs capacités industrielles, technologiques et économiques. Il s’appuie notamment sur les atouts de Provence-Alpes-Côte d’Azur dans l’économie maritime, l’aéronautique, la défense, l’énergie, la santé, le numérique et la microélectronique. Le projet de réindustrialisation d’une ancienne friche de Naval Group à La Londe-les-Maures lui sert d’exemple. Pour le nouveau président, l’argent public doit faciliter les investissements sans se substituer aux entreprises. Il souhaite également renforcer l’accompagnement des PME, protéger les savoir-faire régionaux et mobiliser les financements européens pour éviter que des entreprises stratégiques ne passent sous le contrôle d’intérêts extérieurs. L’intelligence artificielle figure aussi dans cette stratégie. François de Canson considère que la Région doit former, expérimenter et accompagner les entreprises afin de tirer parti des transformations technologiques, sans négliger les risques liés aux données et aux évolutions du travail.

Le changement climatique, une question de protection des habitants

Autre priorité majeure, l’adaptation au changement climatique. François de Canson, qui avait notamment la prévention des risques majeurs dans ses précédentes délégations, veut aller au-delà des politiques environnementales traditionnelles. Les incendies qui ont frappé le Var cet été, les sécheresses, les inondations, le recul du littoral et les épisodes de chaleur extrême illustrent, selon lui, la nécessité d’une préparation renforcée. Le nouveau président souhaite notamment développer des réponses adaptées aux vagues de chaleur, dans les lycées comme dans les équipements publics. Végétalisation, adaptation des bâtiments, préservation de l’eau et solutions de rafraîchissement figurent parmi les pistes évoquées. Il entend donner une nouvelle impulsion au plan régional « Garder une COP d’avance », avec des investissements ciblés et des résultats mesurables.

Davantage de liberté pour les communes

Maire de La Londe-les-Maures depuis 2008, François de Canson entend également faire évoluer les relations entre la Région et les collectivités locales. Il défend une simplification administrative, des délais de décision raccourcis et une attention particulière aux petites communes, dont les capacités d’investissement sont souvent limitées. La Convention régionale des maires, annoncée pour le 17 novembre à Aix-en-Provence, devra permettre d’aborder ces difficultés. Le nouveau président s’engage par ailleurs à consacrer deux journées par semaine aux déplacements sur le terrain. Il souhaite aussi rendre les finances régionales plus compréhensibles pour les habitants, au-delà de leur seule publication réglementaire.

Un Varois à la tête de la Région

À 61 ans, François de Canson devient le premier Varois à présider la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Né à Toulon, diplômé de l’IAE d’Aix-en-Provence, il a travaillé dans le secteur privé, notamment à l’international, avant de s’engager dans la vie publique. Maire de La Londe-les-Maures depuis 2008, président de la communauté de communes Méditerranée Porte des Maures, conseiller régional depuis 2015 et président du Comité régional de tourisme depuis 2018, il était depuis 2021 troisième vice-président de la Région, chargé notamment du développement économique, de l’attractivité, du tourisme et de la prévention des risques majeurs.  Sa biographie officielle précise qu’il quittera ses fonctions de maire pour se consacrer à la présidence régionale.

Cette nouvelle présidence s’ouvre avec une majorité confortable, mais aussi de nombreux engagements à concrétiser. François de Canson devra désormais transformer les annonces de son investiture en décisions budgétaires et opérationnelles. La continuité avec Renaud Muselier est assumée. Reste à mesurer, au fil des prochains mois, la place que le nouveau président donnera à sa propre méthode et à ses priorités.

 Joël BARCY et Patricia CAIRE

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