Publié le 13 octobre 2026 à 10h43 - Dernière mise à jour le 13 octobre 2026 à 10h43
Trois ministres au chevet d’un collège meurtri. Au lendemain des tirs qui ont blessé le principal et une enseignante du collège Joseph-Lakanal, à Aubagne, la communauté éducative reste sous le choc. Lundi après-midi, le gouvernement est venu lui apporter son soutien. Les deux victimes ont été hospitalisées, mais leur pronostic vital n’est pas engagé. L’enquête devra déterminer ce qui a conduit un élève de 14 ans à ouvrir le feu dans son établissement.

Un fusil dans un étui de guitare
Il est un peu plus de 9 heures, ce lundi 12 octobre, lorsqu’un élève de troisième pénètre dans le collège Joseph-Lakanal avec un étui de guitare dans lequel il a dissimulé un fusil de chasse. Selon les premiers éléments communiqués par le parquet de Marseille, l’adolescent monte au premier étage et tire dans les espaces communs, blessant le principal de l’établissement et une enseignante, tous deux atteints aux membres inférieurs. Le collégien poursuit son chemin jusqu’au deuxième étage. Il tire une nouvelle fois en direction du sol, devant une enseignante, puis à l’intérieur d’une salle de classe occupée. Le tir atteint le tableau. Aucun élève n’est blessé, mais plusieurs sont profondément choqués. Il faudra le sang-froid d’un conseiller principal d’éducation (CPE) pour mettre fin à ce périple sanglant. Alors que l’adolescent redescend les escaliers, le CPE parvient à le maîtriser et à le désarmer avant l’arrivée des policiers, qui procèdent à son interpellation.
Pendant ce temps, les équipes éducatives organisent la mise en sécurité des collégiens. Les parents, alertés, se précipitent aux abords de l’établissement pour récupérer leurs enfants. Le principal et l’enseignante sont hospitalisés. Leur pronostic vital n’est pas engagé. Le collège ne bénéficiait pas de portique de sécurité. « Mais cela n’aurait rien empêché. Les portiques de sécurité concernent les intrusions d’individus extérieurs à l’établissement. Là, il appartenait au collège », précise le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray.
Tentatives d’assassinat
L’adolescent aurait prémédité ses agressions, mais ses motivations ne sont pas encore établies. Le parquet de Marseille a ouvert une enquête pour tentatives d’assassinat. « Madame la procureure a ouvert une enquête pour tentatives d’assassinat. Que les choses soient dites, tentatives d’assassinat », insiste le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. « On a bien un individu de 14 ans qui, ce matin, est entré dans ce collège pour attenter à la vie d’un certain nombre de personnes, en l’occurrence des enseignants qui ont été ciblés. » C’est du jamais-vu à Marseille pour la ministre déléguée à l’Enseignement et à la Formation professionnels, Sabrina Agresti-Roubache. « La violence, on la connaît à Marseille, mais ce niveau de violence… De là où je viens, on n’a jamais touché à un prof. On n’a jamais touché à un prof, ni dans mon quartier ni ailleurs. On a besoin de notre communauté éducative parce que le professeur, quand on quitte la maison et que ça ne va pas trop bien à la maison, eh bien, c’est vers lui qu’on se tourne pour que ça aille mieux. Ce n’est pas celui vers qui on se tourne pour lui tirer dessus. »
Quels mobiles ?
Les auditions sont encore en cours. Les parents de l’adolescent ont été placés en garde à vue lundi en fin d’après-midi. Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer comment le collégien s’est procuré le fusil de chasse et dans quelles circonstances il a préparé son passage à l’acte. L’origine de l’arme constitue l’un des points importants de l’enquête. Le père de l’adolescent posséderait plusieurs armes, mais les investigations devront établir les conditions exactes dans lesquelles celle utilisée au collège a pu être obtenue. À ce stade, le mobile reste inconnu. Les enquêteurs devront notamment déterminer pourquoi le principal et l’enseignante ont été visés. Au-delà de cette enquête, les ministres s’interrogent sur une violence qui touche désormais les établissements scolaires et sur les difficultés rencontrées par une partie de la jeunesse.
« On sait que la santé mentale de nos jeunes, globalement, s’est dégradée singulièrement depuis le Covid. C’est assez net et documenté scientifiquement, constate Édouard Geffray. Par ailleurs, on a une jeunesse dont le rapport au monde est brassé par des quantités de vidéos vues sur les réseaux sociaux. On a une forme de banalisation de la violence, on a une déréalisation de la violence. » Ces considérations générales ne permettent toutefois pas, à elles seules, d’expliquer le geste de l’adolescent d’Aubagne, dont les motivations restent à établir.
Une violence inconcevable
Pour la municipalité, c’est l’incompréhension et l’émotion qui prévalent. « C’est un traumatisme, surtout qu’il y a quatre jours, on fêtait les 40 ans du collège Lakanal avec le principal, les élèves et les enseignants, raconte le maire de la ville, Jean-Pierre Squillari. Il y avait une osmose exceptionnelle et puis il arrive ça, c’est traumatisant. » Le contraste est saisissant entre cette célébration et la violence qui a frappé l’établissement quelques jours plus tard. Le collège, qui accueille plusieurs centaines d’élèves, a été brutalement plongé dans une situation que rien ne laissait présager. Les personnels ont dû protéger les enfants, gérer l’urgence et rassurer les familles, alors que deux membres de leur communauté venaient d’être blessés par balle.
Reprise par étapes
Ce mardi, seuls les professeurs seront accueillis. Mercredi, les collégiens pourront revenir, mais essentiellement pour parler. Les cours devraient reprendre jeudi. La cellule d’urgence psychologique sera maintenue jusqu’en fin de semaine. Au-delà de la reprise des enseignements, il faudra du temps pour que les élèves et les personnels retrouvent un sentiment de sécurité. Le retour dans les salles de classe ne suffira pas, à lui seul, à effacer le traumatisme de cette matinée.
Reportage Joël BARCY



