Région Sud. Renaud Muselier s’en va mais promet de ne pas être « un président caché »

Publié le 28 septembre 2026 à 21h17 - Dernière mise à jour le 28 septembre 2026 à 21h17

Élu ce dimanche 27 septembre sénateur des Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier quitte comme annoncé la présidence de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Christian Estrosi assurera l’intérim jusqu’à l’élection du nouvel exécutif, le 12 octobre. François de Canson a clairement les faveurs du président sortant. Mais derrière une succession soigneusement préparée, la conférence de presse de ce lundi a surtout révélé un Renaud Muselier encore marqué par une campagne sénatoriale qu’il qualifie d’« extrêmement violente », très remonté contre Bruno Retailleau et déjà tourné vers les prochains combats politiques.

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Renaud Muselier, sénatur des Bouches-du-Rhône (Photo Patricia Caire)

Il avait promis qu’il quitterait la présidence de la Région s’il était élu au Sénat. Renaud Muselier n’aura pas attendu longtemps. Dimanche, à 20 heures, une fois son élection acquise, il a signé sa lettre de démission. Après près de dix années passées à la tête de la collectivité régionale, une page se tourne donc. Sans rupture immédiate cependant. Christian Estrosi, premier vice-président, assure désormais l’intérim conformément aux règles institutionnelles, jusqu’à la séance plénière convoquée le 12 octobre pour élire le nouveau président. Et le nom de celui que Renaud Muselier souhaite voir lui succéder n’est plus un mystère : François de Canson.

De Canson adoubé, mais pas sous tutelle

Renaud Muselier ne s’en cache pas. Il estime son vice-président capable de prendre les commandes de la collectivité et lui transmet les clés d’une majorité qu’il souhaite voir demeurer dans la continuité. Mais le président sortant sait aussi que la question se posera dès le premier jour : jusqu’où ira son influence sur son successeur ? D’autant que Renaud Muselier ne disparaît pas de l’Hôtel de Région. Il conservera son mandat de conseiller régional et deviendra conseiller spécial sur plusieurs dossiers dont il entend continuer à assurer le suivi : les fonds européens, les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 et les Bouches-du-Rhône.

Interrogé sur les futurs arbitrages et les éventuelles modifications de l’exécutif régional, il a cependant voulu tracer une frontière nette. « Moi, je suis pas là pour transmettre et rester. » Puis il précise : « Je l’aiderai. Mais maintenant, c’est lui qui va avoir tous les arbitrages à faire, les décisions à prendre. » Avant cette formule qui résume probablement le mieux la délicate équation des prochains mois : « Je ne serai pas un président caché. » Il faudra désormais voir comment cette promesse résistera à la réalité du pouvoir régional.

Des sénatoriales au « goût amer »

Ce lundi matin, Renaud Muselier avait encore largement la tête au scrutin de la veille. Il ne dissimule pas sa déception. La campagne, raconte-t-il, aura été « extrêmement violente ». « On m’a rien épargné », affirme-t-il, évoquant attaques, dénonciations, commissariat et articles de presse. Et il ne cherche pas à embellir le résultat. « Le résultat est bien entendu pas à la hauteur de ce que je souhaitais. » Son analyse tient en un mot : division. Selon lui, l’union de la droite et du centre aurait permis d’obtenir quatre sièges. À l’arrivée, la liste Devésa-Muselier en décroche deux et celle de Valérie Boyer un troisième, tandis que le RN obtient deux sièges. « Si on avait été unis, on en aurait fait quatre. Et là, on en fait péniblement deux plus un, ça fait trois. C’est dommage. » Pour Renaud Muselier, la division de la droite et du centre a ainsi contribué à ouvrir un espace au RN.  Le résultat des sénatoriales conforte ainsi l’un des leitmotivs politiques de Renaud Muselier. La division de la droite et du centre conduit, selon lui, à la défaite.

 Retailleau directement visé

Et Renaud Muselier sait à qui il impute une partie de cette division. Dans son viseur, Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat déclaré à l’élection présidentielle, qu’il tient pour l’un des artisans de cette division. Il lui reproche d’avoir soutenu Valérie Boyer alors que la commission nationale d’investiture LR avait accordé son soutien à la liste Devésa-Muselier. Cette contradiction était bien réelle car avant le scrutin, Gérard Larcher avait lui-même rappelé par écrit que Devésa et Muselier avaient été investis par la commission nationale LR « avec le soutien de la majorité sénatoriale », tandis que Retailleau soutenait la liste concurrente de Valérie Boyer.

Renaud Muselier ne mâche pas ses mots. Il accuse le patron de LR d’être parti « contre son parti, contre la Commission nationale, contre sa parole donnée ». Et il ajoute : « Moi, j’ai grandi avec Chirac. Un chef, c’est fait pour cheffer. » Le règlement de comptes dépasse largement les sénatoriales des Bouches-du-Rhône.

Déjà 2027 en ligne de mire

Interrogé sur le risque de voir les mêmes divisions se reproduire lors de la présidentielle, Renaud Muselier ne cache pas son inquiétude. « Quand vous êtes unis, vous ne perdez pas », répète-t-il. Mais l’unité ne suffit pas à ses yeux. Il faut également « une bonne incarnation », « un programme » et être capable, dit-il, d’être « disruptif », c’est-à-dire de « renverser la table sans casser la vaisselle ». Puis il revient à Bruno Retailleau et à cette parole qu’il estime trahie. À ses yeux, voir « le chef d’un parti essentiel candidat à la présidentielle » revenir sur ses engagements constitue un signal préoccupant.  Son arrivée au Sénat ouvre ainsi un nouveau chapitre politique pour Renaud Muselier, qui entend désormais faire entendre sa voix dans les débats nationaux et les recompositions de la droite et du centre.

Les JO 2030, l’autre dossier qu’il ne lâche pas

Il ne lâchera pas davantage les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030. Ce dossier, qu’il a largement porté lors de la candidature des Alpes françaises, restera dans son portefeuille de conseiller spécial. Mais le retrait de Nice de certains projets continue manifestement de lui rester en travers de la gorge. Selon lui, la Région Sud devait initialement accueillir environ la moitié des Jeux ; elle n’en conserverait désormais plus qu’« un quart ». Lorsqu’on lui demande s’il considère la perte d’une partie des épreuves prévues dans la Région Sud comme un échec personnel, la réponse fuse. Et elle vise directement Éric Ciotti, maire de Nice : « Je ne sais pas si c’est moi l’échec, mais c’est plutôt lui, en fait. » Renaud Muselier juge la situation « très dommageable » pour la Région et assure vouloir encore tenter de sauver ce qui peut l’être.

Une page se tourne, pas la carrière de Muselier

Renaud Muselier tourne une page sans pour autant refermer le livre régional. Son élection au Sénat l’oblige à quitter la présidence, mais pas la Région, où il conservera son mandat et plusieurs dossiers stratégiques. Une position délicate à tenir pour celui qui a lui-même préparé sa succession et désigné l’homme qu’il souhaite voir prendre le relais. Il lui faudra désormais trouver la juste distance entre l’expérience qu’il entend mettre à disposition et l’autonomie indispensable à son successeur. François de Canson, s’il est élu le 12 octobre, héritera ainsi d’une Région politiquement stable mais d’une situation assez singulière : succéder à un président qui s’en va sans véritablement partir. Renaud Muselier l’assure pourtant : il ne sera pas « un président caché ». C’est peut-être précisément sur cette phrase que commencera, le 12 octobre, la présidence de François de Canson.

Patricia CAIRE 

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