Publié le 30 mai 2026 à 10h53 - Dernière mise à jour le 30 mai 2026 à 10h53
Malgré un environnement économique marqué par les tensions géopolitiques, les incertitudes commerciales et le ralentissement des investissements internationaux, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur continue d’afficher des indicateurs de résistance. C’est l’un des principaux enseignements du bilan présenté par risingSUD, l’agence de développement économique de la Région Sud, qui revendique une année 2025 dynamique tout en adaptant ses outils aux bouleversements économiques en cours.

« Nous avons traversé cette période et nous continuons dans des conditions qui me semblent produire de la performance », résume Bernard Kleynhoff, président de risingSUD et conseiller régional. Une affirmation qui s’appuie sur plusieurs indicateurs économiques régionaux mais aussi sur les résultats de l’agence, chargée d’accompagner les entreprises dans leur développement, leur implantation et leur stratégie à l’international.
Une région qui continue d’attirer
L’année 2025 s’est déroulée dans un climat peu favorable aux investissements. Les entreprises, confrontées aux incertitudes internationales, ont souvent privilégié l’attentisme. Pourtant, la région Sud continue de tirer son épingle du jeu. RisingSUD a accompagné 435 entreprises au cours de l’année, dont près de 300 dans leur développement international. Soixante-deux ont bénéficié d’un accompagnement à l’implantation et autant dans leurs besoins de financement. L’agence met également en exergue un taux de satisfaction élevé, avec 98 % des entreprises interrogées déclarant recommander son accompagnement. Mais c’est surtout sur le terrain de l’attractivité que la Région entend démontrer sa capacité de résistance. Selon les chiffres présentés, Provence-Alpes-Côte d’Azur a enregistré 166 projets d’investissements étrangers en 2025, représentant plus de 3 300 emplois. Un résultat que Bernard Kleynhoff considère comme particulièrement significatif au regard du contexte international. « Les entreprises sont attentives. Rien ne s’arrête mais les décisions prennent davantage de temps », observe-t-il.
L’Allemagne demeure le premier investisseur étranger dans la région, devant l’Italie, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Danemark. Une diversification géographique qui témoigne, selon les responsables de l’agence, d’une visibilité croissante du territoire auprès d’acteurs économiques qui ne figuraient pas traditionnellement parmi les investisseurs les plus actifs en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Marseille et la région gagnent en visibilité
Cette attractivité s’inscrit dans un mouvement plus large. Alors que le dernier baromètre du cabinet EY fait état d’un recul général des investissements étrangers en Europe, la région Sud conserve sa place parmi les cinq territoires français les plus attractifs. Pour Audrey Brun Rabuel, directrice générale de risingSUD, le positionnement de Marseille joue un rôle majeur dans cette dynamique. Longtemps perçue comme une métropole tournée essentiellement vers son port et sa façade méditerranéenne, la cité phocéenne bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance croissante dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment la cybersécurité, l’intelligence artificielle, les technologies numériques ou encore les activités liées à la recherche et au développement. La Région profite également d’un phénomène observé depuis la crise sanitaire : l’arrivée de dirigeants, d’entrepreneurs et d’entreprises franciliennes attirés par un cadre de vie différent mais aussi par un écosystème économique devenu plus mature.
Mesurer aussi les investissements français
L’une des originalités de l’approche développée par risingSUD réside dans sa volonté de ne plus se limiter aux seuls investissements étrangers. L’agence a ainsi construit un outil de mesure des investissements français réalisés dans la région. Le bilan 2025 recense 303 premiers projets d’entreprises originaires d’autres régions françaises ayant choisi de s’implanter en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ces implantations représenteraient près de 6 900 emplois directs et indirects. Les entreprises franciliennes arrivent largement en tête, devant celles issues d’Auvergne-Rhône-Alpes et d’Occitanie. Une évolution qui confirme l’attractivité croissante du territoire à l’échelle nationale et la montée en puissance d’écosystèmes régionaux capables d’attirer des activités autrefois concentrées dans les grandes métropoles françaises.
Préparer les entreprises à un monde plus instable
L’exercice ne consistait pas seulement à dresser un bilan. Il s’agissait aussi de préparer les entreprises régionales à un environnement économique appelé à rester instable en 2026. Pour les dirigeants de l’agence, la priorité consiste désormais à adapter les outils d’accompagnement aux nouvelles réalités économiques mondiales. La hausse des droits de douane américains, les tensions commerciales internationales, la fragmentation progressive des marchés ou encore l’accélération des transitions industrielles obligent les entreprises à revoir leurs stratégies. RisingSUD entend répondre à ces défis par davantage de réactivité. L’agence va notamment lancer « Sud Wine Export », un dispositif destiné aux entreprises viticoles et vinicoles, renforcer ses outils numériques d’accompagnement et multiplier les actions vers des marchés considérés comme plus accessibles ou plus prometteurs. Pour les entreprises régionales, la diversification des débouchés apparaît désormais comme un moyen de limiter leur dépendance à quelques marchés et de mieux résister aux incertitudes internationales.
Défense, sécurité, intelligence artificielle : les nouveaux relais de croissance
Autre axe stratégique mis en avant : la structuration de nouvelles filières d’excellence. L’agence accompagne actuellement le développement d’un écosystème régional consacré à la défense et à la sécurité, notamment autour de la Dracénie. Dans un contexte européen marqué par l’augmentation des budgets militaires et les investissements dans les technologies de défense, la Région Sud entend se positionner sur des segments à forte valeur ajoutée. Parallèlement, les responsables de risingSUD soulignent la progression de la région dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité, de la naturalité, de l’agroalimentaire ou encore de la transition énergétique. Autant de secteurs considérés comme stratégiques pour renforcer la souveraineté économique du territoire et attirer de nouveaux investisseurs.
Naviguer dans un monde sans repères
Cette nécessité d’adaptation face à un environnement devenu plus imprévisible a également été au cœur d’une table ronde organisée par risingSUD en avant-première des prochaines Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Réunis à Marseille autour du thème « Naviguer dans un monde sans repères », le politologue Michel Fayad, spécialiste du Moyen-Orient, Suzanne Kucharekova, directrice des affaires institutionnelles du groupe Safran, et l’économiste Jean-Hervé Lorenzi ont échangé avec près de 250 dirigeants et acteurs économiques régionaux sur les bouleversements géopolitiques, industriels et économiques qui redessinent aujourd’hui les équilibres mondiaux. Au-delà des chiffres présentés par l’agence, cette rencontre a illustré une préoccupation désormais largement partagée dans le monde économique : comment investir, exporter et développer son activité dans un environnement où les repères traditionnels sont remis en question par les tensions géopolitiques, les recompositions industrielles et les nouvelles rivalités commerciales.
Dans une économie mondiale où les certitudes se raréfient, la région Sud fait ainsi le pari que son attractivité reposera moins sur sa seule qualité de vie que sur sa capacité à construire des filières complètes, capables d’associer recherche, innovation, industrie et financement. Un défi qui dépasse largement les indicateurs présentés cette semaine mais qui pourrait déterminer la place du territoire dans la compétition économique des prochaines années.
Patricia CAIRE



