TOP 14 : LE RCT PROLONGE L’EXTASE

Publié le 25 mai 2013 à  2h00 - Dernière mise à  jour le 27 octobre 2022 à  15h57

Une nouvelle fois héroïque en défense, le RCT s’est invité pour la deuxième année d’affilée en finale du Top 14 en remportant le choc des champions face au Stade Toulousain à Nantes (24-9). Mention spéciale à la première ligne toulonnaise, concassée l’an passé au Stade de France face à ces mêmes Toulousains, et qui s’est offert ce vendredi une éclatante revanche.

L'entrée de Jean-Charles Orioli à la place de Sébastien Bruno en début de deuxième mi-temps a fait un bien fou à la première ligne toulonnaise qui a ensuite pris le dessus sur son homologue toulousaine, en s'offrant une éclatante revanche sur la finale de l'an dernier.
L’entrée de Jean-Charles Orioli à la place de Sébastien Bruno en début de deuxième mi-temps a fait un bien fou à la première ligne toulonnaise qui a ensuite pris le dessus sur son homologue toulousaine, en s’offrant une éclatante revanche sur la finale de l’an dernier.

« Ce soir, on n’a rien gagné, mais ils ont gagné toute mon estime. Ils l’avaient déjà », lâchait le manager toulonnais Bernard Laporte au micro de nos confrères de Canal+ à l’issue de cette première demi-finale du Top 14. Une phrase qui en dit long sur l’admiration que suscite ce groupe « rouge et noir » aux yeux du pourtant si exigeant « Bernie le barge ». Enorme, héroïque, historique… : il faut dire que les superlatifs vont finir par manquer pour évoquer cette équipe du Rugby Club Toulonnais qui est en train de réaliser la meilleure saison de l’histoire du club, lequel en a pourtant connu des belles, en écrivant sa propre légende semaine après semaine.
Car six jours seulement après le sacre européen de samedi dernier à Dublin face à Clermont en finale de H-Cup (16-15), c’est une nouvelle impression majuscule qu’ont laissée les Toulonnais ce vendredi 24 mai sur la pelouse du stade de la Beaujoire à Nantes en écartant de la route du Stade de France le Stade Toulousain, double champion de France en titre, sur le score de 24 à 9. Jamais le RCT ne s’était qualifié pour deux finales consécutives de championnat de France au cours de son histoire ; une seule fois il avait remporté une demi-finale avec un tel écart de points (20 à 3 en 1989 face à Narbonne à Toulouse) ; un quart de siècle, depuis un quart de finale de championnat remporté 21 à 9 à la Mosson à Montpellier en 1988 sous une pluie battante par les Gallion, Champ, Herrero, Bianchi, que Toulon n’avait plus battu Toulouse lors d’un match à élimination directe ; et jamais depuis que le Top 14 existe une équipe n’a remporté la même année le championnat et la H-Cup : les « corsaires de la rade » ne sont plus qu’à 80 minutes d’un exploit retentissant !
Et que dire, même s’il n’aime pas l’évoquer, du bilan de Bernard Laporte à la tête de cette équipe depuis 20 mois : « son » groupe disputera, face à Clermont ou Castres samedi 1er juin au Stade de France, sa 4e finale… en 4 compétitions disputées depuis qu’il a pris les rênes du RCT ! Chapeau « Bernie » !
Pourtant, cette demi-finale ne se présentait pas sous les meilleurs auspices pour les Toulonnais. Déjà a priori moins frais physiquement que les Toulousains, le RCT a enregistré les forfaits de dernière minute du pilier droit Carl Hayman, celui-là même qui, suspendu en finale l’an passé, avait tant manqué au Stade de France, et du pilier droit remplaçant Gethin Jenkins. Toulon se présentait donc avec seulement deux piliers expérimentés au coup d’envoi face à des Toulousains qui avait bâti leur succès l’an passé en finale sur le secteur de la mêlée : Andrew Sheridan et le Géorgien Davit Kubriashvili qui avait vécu l’enfer à Saint-Denis face au Sud-Africain Gurthrö Steenkamp.

Toulouse dominateur pendant une heure, mais terriblement fébrile

Mais voilà, comme Guy Novès, le manager toulousain, l’avait souligné, « Toulon est une équipe de caractère ». A commencer par le pilier géorgien qui a pourtant peu joué cette saison. Car après l’entrée de Jean-Charles Orioli en lieu et place de Sébastien Bruno – qui, à 38 ans, a eu du mal à enchaîner deux matchs d’une telle intensité en moins d’une semaine -, la première ligne « rouge et noir » a bel et bien pris, à la surprise générale, le dessus sur la redoutable première ligne toulousaine. A la 53e minute, c’est tout d’abord Census Johnston qui était pénalisé face à Andrew Sheridan : une pénalité que convertissait Jonny Wilkinson redonnant définitivement l’avantage au RCT (11-9, 54e). Et un quart d’heure plus tard, c’est encore la première ligne toulonnaise qui enfonçait les Toulousains pour offrir le break à l’artificier anglais toujours aussi précis des 50 m face aux poteaux (17-9, 69e).
Pendant une heure, les Toulousains, dominateurs en termes de possession et d’occupation, sans que cela atteigne les mêmes pourcentages que les Clermontois la semaine passée, avaient pourtant semblé en mesure de l’emporter. Les champions de France avaient certes été cueillis à froid d’entrée par un essai de Danie Rossouw, suite à une passe au pied de Frédéric Michalak au-dessus d’un premier rideau défensif très avancé, une séquence travaillée à la vidéo (5-0, 2e). Mais derrière le Stade Toulousain avait mis la main sur le ballon et multiplié les temps de jeu, dans la lignée de leur prestation en barrages face au Racing-Métro 92 (33-19).
Comme les Clermontois à Dublin, les Pyrénéens avaient manqué de réussite lorsque, à la 26e minute de jeu, l’arbitre leur refusait un essai à la vidéo pour un en-avant de passe entre Jean Bouilhou et Yannick Jauzion sur la ligne d’en-but toulonnaise ! Une réussite qui les fuira encore à la 46e minute lorsque Jean Bouilhou commettra à nouveau un en-avant à la réception d’une chandelle de Luke McAlister sur laquelle Delon Armitage était trop court, vendangeant du même coup un essai tout fait qui aurait complétement changé la face de cette demi-finale. Deux actions qui résument la fébrilité toulousaine au cours de cette rencontre durant laquelle les hommes de Guy Novès auront commis 13 en-avant contre 5 aux Toulonnais, tout en égarant quatre ballons en touche.

Défense acharnée et réalisme à toute épreuve, avec Jonny Wilkinson à la baguette

En face, Toulon a opposé les recettes de Dublin. Tout d’abord, une défense héroïque d’abnégation et de discipline : c’est un mur sur lequel se sont heurtés les stadistes qui n’ont pas réussi à marquer le moindre essai. Un mur imperméable et héroïque au cours des dix dernières minutes de la première mi-temps que les Toulousains ont complétement dominées. Un mur dont on se disait alors qu’il finirait bien par craquer avec le poids de la fatigue de Dublin. Mais non, il ne se fissura jamais !
Les Toulonnais y ont ajouté un réalisme à toute épreuve à l’image du magistral drop du break inscrit par Jonny Wilkinson, qui avait pourtant égaré 5 points au pied en première période. Au départ, c’est Luke McAlister qui cherche une pénal-touche, qu’il ne trouve pas, aux abords de la ligne toulonnaise. Et après un échange de coups de pied, on se retrouve avec une touche lancer Toulon sur la ligne des 22 m toulousain. Une aubaine pour Jonny Wilkinson, qui, après un beau travail des avants au ras, claquait le drop qui décrochait enfin les champions de France en titre (14-9, 64e) : sa majesté venait encore de frapper chirurgicalement à un moment crucial de la rencontre.
Une victoire qui a pris des allures de triomphe avec un ultime essai de Delon Armitage, hué à chaque prise de balle par les supporters clermontois déjà présents à Nantes à la veille du match de leurs favoris. Au départ, c’est un ballon de récupération joué sur le petit côté. Jean-Charles Orioli transmet à Delon Armitage qui résiste à un plaquage avant de mettre les cannes pour s’offrir un slalom entre cinq toulousains et aplatir entre les poteaux. Avec la transformation de Jonny Wilkinson, cela faisait 15 points d’écart à huit minutes de la fin (24-9) : Toulouse ne reviendra plus.
Les Toulonnais venaient ainsi de reporter, pour le plus grand bonheur de leurs supporters, les festivités de leur titre européen d’une semaine, au dimanche 2 juin, lendemain de la finale au Stade de France. « Si nous gagnons, il faudra demander l’intervention de l’armée à Toulon », déclarait un Mourad Boudjellal ivre de bonheur au micro de Canal+, en imaginant l’ampleur de la liesse populaire que pourrait générer sur les bords de la rade un doublé H-Cup-Top 14.

Marc BESAGNE

A Nantes, stade de la Beaujoire, demi-finale du Top 14
Le RCT bat le Stade Toulousain 24 à 9 (8-6)
Spectateurs : 36 726.
Arbitre : M. Pascal Gauzere.
Pour Toulon : 2 essais : Rossouw (2e), D. Armitage (72e). 1 transformation : Wilkinson (72e). 3 pénalités : Wilkinson (10e, 54e, 70e). 1 drop : Wilkinson (64e).
Pour Toulouse : 3 pénalités : McAlister (6e, 30e, 43e).
Evolution du score : 5-0, 5-3, 8-3, 8-6 (MT), 8-9, 11-9, 14-9, 17-9, 24-9.
RC TOULON : D. Armitage – Wulf, Bastareaud, Giteau (puis Mermoz 70e), Palisson – (o) Wilkinson (cap.), (m) Michalak (puis Tillous-Borde 68e) – Fernandez-Lobbe (puis Elsom 74e), Masoe (puis S. Armitage 70e), Rossouw – Kennedy (puis Suta 59e), Botha – Kubriashvili (puis Chiocci 70e), Bruno (puis Orioli 47e), Sheridan (puis Chilachava 70e).
STADE TOULOUSAIN : Poitrenaud – Huget, Jauzion (puis Beauxis 60e), Fickou (puis David 47e), Médard – (o) McAlister, (m) Doussain (puis Burgess 73e) – Dusautoir (cap.), Picamoles, Bouilhou (puis Nyanga 51e) – Albacete, Maestri (puis Millo-Chluski 65e) – Johnston (puis Poux 70e), Servat, Kakovin (puis Steenkamp 38e).

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