Publié le 1 septembre 2026 à 11h18 - Dernière mise à jour le 1 septembre 2026 à 11h18
Après la parenthèse estivale, José Ignacio Alcalde reprend sa chronique européenne. Du refus islandais de relancer le processus d’adhésion à l’Union européenne aux incendies qui ont frappé le continent, jusqu’aux tensions autour de Ceuta, trois actualités différentes soulèvent à ses yeux une même question : celle de la capacité de l’Europe à défendre ses intérêts, ses territoires et ses frontières avec cohérence.

L’Islande referme, pour l’instant, la porte de l’Union européenne
Le résultat du référendum islandais sur la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne n’a pas été favorable au « oui ». S’agit-il d’un « non » catégorique à l’Europe ? Certainement pas. Mais, pour le moment, c’est bien un coup d’arrêt. Il y a quelques mois à peine, les déclarations du président américain sur le Groenland avaient suscité un véritable émoi dans les chancelleries européennes. Elles auraient pu servir de catalyseur et enclencher de nouvelles dynamiques dans les pays situés aux marges de l’Union. Il est vrai que l’Islande se trouve entre le Groenland et le Royaume-Uni, à bonne distance des côtes américaines. Mais les dynamiques géopolitiques restent les dynamiques. Du moins celles auxquelles on pouvait s’attendre. Et pourtant, la réponse islandaise a été « non ». Pas un non massif, puisque le résultat a été relativement serré, mais un « non » malgré tout.
Les institutions européennes pourraient utilement s’interroger sur les raisons de ce choix et, plus largement, sur la capacité actuelle de l’Union à susciter l’adhésion au sens propre comme au sens figuré. Mais je crains que ce questionnement ne dure guère plus longtemps qu’il ne faut pour lire cet article. Ce qui m’interpelle davantage, c’est que cette dynamique avortée se produise dans un pays comme l’Islande, dont la position géographique et stratégique est loin d’être insignifiante. Pour l’instant, je n’irai pas plus loin. Mais il faudra probablement y revenir.
Incendies de forêt : une vulnérabilité stratégique ?
Que certaines régions d’Europe soient confrontées à un risque croissant de sécheresse et de désertification est désormais une réalité largement documentée. C’est dans ce contexte que surviennent, chaque été, des incendies toujours plus intenses et destructeurs. La question de l’origine criminelle de certains d’entre eux doit évidemment être posée. Mais, au-delà de leur origine, une autre interrogation me paraît insuffisamment présente dans le débat public : celle de la vulnérabilité stratégique que représentent ces incendies pour les territoires européens.
Prenons le cas de l’Espagne. Le débat politique se concentre volontiers sur la répartition des responsabilités entre le gouvernement central et les communautés autonomes, dont plusieurs sont gouvernées par le Parti populaire. Mais la notion de sécurité nationale me semble beaucoup moins présente. Or les incendies ne constituent plus seulement un problème environnemental ou de protection civile. Leur multiplication, leur intensité et leurs conséquences sur les populations, les infrastructures, les ressources en eau, l’agriculture ou encore l’économie devraient conduire à les examiner également sous l’angle de la sécurité. Il me paraît donc prioritaire que les services chargés du renseignement et de la sécurité évaluent la récurrence saisonnière des incendies sous l’angle de la vulnérabilité stratégique et de la résilience territoriale. Car anticiper les menaces ne consiste pas uniquement à regarder ce qui peut arriver aux frontières. Cela suppose aussi de comprendre ce qui peut fragiliser durablement un territoire de l’intérieur.
Ceuta ou la question de la cohérence européenne
J’ai commencé cette chronique en parlant de l’Islande et, incidemment, du Groenland. Lorsque le président américain a tenu des propos concernant ce territoire, les responsables européens ont rappelé avec force que son avenir ne pouvait se décider sans ses habitants et le Danemark. Sur l’Ukraine, l’Europe a également affiché son attachement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du pays face à la Russie. Pourtant, lorsque des tensions surviennent autour de Ceuta et que la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla est contestée par le Maroc, le silence européen paraît autrement plus assourdissant. Ceuta et Melilla ne figurent pas sur la liste des territoires non autonomes établie par les Nations unies. Pourtant, ceux qui invoquent régulièrement le droit international semblent montrer beaucoup moins d’empressement lorsqu’il s’agit de ces deux villes espagnoles que lorsqu’il est question du Groenland ou de l’Ukraine. Il existe pourtant une différence essentielle : l’Espagne est membre de l’Union européenne et Ceuta constitue une partie de sa frontière extérieure méridionale. La politique européenne de sécurité devrait donc conduire à soutenir les frontières extérieures du Sud avec une détermination comparable à celle dont l’Union entend faire preuve sur son flanc oriental.
Islande, incendies, Ceuta : trois sujets apparemment sans rapport. Ils posent pourtant, chacun à leur manière, la même question : quelle Europe voulons-nous lorsqu’il s’agit de défendre nos intérêts, notre sécurité et notre souveraineté ? À chacun d’en tirer ses propres conclusions.
D’origine espagnole, José Fernandez Alcalde a débuté sa carrière en tant que fonctionnaire en Espagne avant de rejoindre les institutions européennes, où il a exercé pendant 22 ans dans le domaine du contrôle financier. Cette expérience internationale, enrichie par des missions dans plusieurs pays dont la Belgique, lui a permis de développer une expertise de haut niveau au sein des structures européennes. Parallèlement, il a travaillé comme consultant en droit commercial et fiscal auprès d’entreprises à Madrid pendant plus de cinq ans. Titulaire d’une licence en droit de l’Université de Madrid, il demeure une référence en gestion financière et conseil stratégique.
🇪🇸 Versión española
Crónica europea. De Islandia a Ceuta: Europa frente a sus propias contradicciones
Tras el paréntesis estival, José Ignacio Alcalde retoma su crónica europea. Desde el rechazo islandés a reanudar el proceso de adhesión a la Unión Europea hasta los incendios que han golpeado el continente, pasando por las tensiones en torno a Ceuta, tres actualidades diferentes plantean, a su juicio, una misma cuestión: la capacidad de Europa para defender sus intereses, sus territorios y sus fronteras con coherencia.
Islandia cierra, por el momento, la puerta a la Unión Europea
El resultado del referéndum islandés sobre la reanudación de las negociaciones de adhesión a la Unión Europea no ha sido favorable al «sí». ¿Se trata de un «no» categórico a Europa? Ciertamente no. Pero, por el momento, supone un claro freno. Hace apenas unos meses, las declaraciones del presidente estadounidense sobre Groenlandia habían provocado una verdadera conmoción en las cancillerías europeas. Podrían haber servido de catalizador y desencadenado nuevas dinámicas en los países situados en los márgenes de la Unión. Es cierto que Islandia se encuentra entre Groenlandia y el Reino Unido, a una considerable distancia de las costas estadounidenses. Pero las dinámicas geopolíticas siguen siendo las dinámicas. Al menos aquellas que cabía esperar. Y, sin embargo, la respuesta islandesa ha sido «no». No un no rotundo, ya que el resultado ha sido relativamente ajustado, pero un «no» al fin y al cabo.
Las instituciones europeas podrían preguntarse legítimamente por las razones de esta elección y, de manera más amplia, por la capacidad actual de la Unión para suscitar adhesión, tanto en sentido literal como figurado. Pero me temo que este cuestionamiento no durará mucho más de lo que se tarda en leer este artículo. Lo que más me interpela es que esta dinámica frustrada se produzca en un país como Islandia, cuya posición geográfica y estratégica dista mucho de ser insignificante. Por el momento, no iré más lejos. Pero probablemente habrá que volver sobre ello.
Incendios forestales: ¿una vulnerabilidad estratégica?
Que determinadas regiones de Europa se enfrentan a un riesgo creciente de sequía y desertificación es ya una realidad ampliamente documentada. Es en este contexto en el que se producen, cada verano, incendios cada vez más intensos y destructivos. La cuestión del origen criminal de algunos de ellos debe plantearse, evidentemente. Pero, más allá de su origen, hay otra cuestión que me parece insuficientemente presente en el debate público: la vulnerabilidad estratégica que estos incendios representan para los territorios europeos.
Tomemos el caso de España. El debate político se centra con frecuencia en el reparto de responsabilidades entre el Gobierno central y las comunidades autónomas, varias de las cuales están gobernadas por el Partido Popular. Pero la noción de seguridad nacional me parece mucho menos presente. Sin embargo, los incendios ya no constituyen únicamente un problema medioambiental o de protección civil. Su multiplicación, su intensidad y sus consecuencias sobre la población, las infraestructuras, los recursos hídricos, la agricultura o incluso la economía deberían llevarnos a examinarlos también desde la perspectiva de la seguridad. Por ello, me parece prioritario que los servicios encargados de la inteligencia y la seguridad evalúen la recurrencia estacional de los incendios desde la perspectiva de la vulnerabilidad estratégica y la resiliencia territorial. Porque anticipar las amenazas no consiste únicamente en observar lo que puede suceder en las fronteras. También supone comprender aquello que puede debilitar de manera duradera un territorio desde dentro.
Ceuta o la cuestión de la coherencia europea
He comenzado esta crónica hablando de Islandia y, de manera incidental, de Groenlandia. Cuando el presidente estadounidense hizo declaraciones sobre este territorio, los responsables europeos recordaron con firmeza que su futuro no podía decidirse sin sus habitantes y Dinamarca. Respecto a Ucrania, Europa también ha mostrado su compromiso con la soberanía y la integridad territorial del país frente a Rusia. Sin embargo, cuando surgen tensiones en torno a Ceuta y la soberanía española sobre Ceuta y Melilla es cuestionada por Marruecos, el silencio europeo parece mucho más ensordecedor. Ceuta y Melilla no figuran en la lista de territorios no autónomos establecida por las Naciones Unidas. Sin embargo, quienes invocan regularmente el derecho internacional parecen mostrar mucho menos empeño cuando se trata de estas dos ciudades españolas que cuando se habla de Groenlandia o Ucrania. Existe, sin embargo, una diferencia esencial: España es miembro de la Unión Europea y Ceuta constituye una parte de su frontera exterior meridional. La política europea de seguridad debería, por tanto, llevar a apoyar las fronteras exteriores del Sur con una determinación comparable a la que la Unión pretende demostrar en su flanco oriental.
Islandia, incendios, Ceuta: tres temas aparentemente sin relación. Sin embargo, plantean, cada uno a su manera, la misma cuestión: ¿qué Europa queremos cuando se trata de defender nuestros intereses, nuestra seguridad y nuestra soberanía? Que cada cual saque sus propias conclusiones.
De origen español, José Fernandez Alcalde comenzó su carrera como funcionario en España antes de unirse a las instituciones europeas, donde ejerció durante 22 años en el ámbito del control financiero. Esta experiencia internacional, enriquecida por misiones en varios países, incluida Bélgica, le ha permitido desarrollar una destacada experiencia en las estructuras europeas. Paralelamente, trabajó como consultor en derecho mercantil y fiscal para empresas en Madrid durante más de cinco años. Titulado en Derecho por la Universidad de Madrid, sigue siendo una referencia en gestión financiera y asesoramiento estratégico.
🇬🇧 English version
European Chronicle. From Iceland to Ceuta: Europe Facing Its Own Contradictions
After the summer break, José Ignacio Alcalde resumes his European chronicle. From Iceland’s rejection of reopening the process of accession to the European Union to the wildfires that have struck the continent and the tensions surrounding Ceuta, three different developments raise, in his view, the same question: Europe’s ability to defend its interests, its territories and its borders consistently.
Iceland closes the door to the European Union – for now
The result of Iceland’s referendum on reopening accession negotiations with the European Union was not favourable to the “yes” side. Does this amount to a categorical “no” to Europe? Certainly not. But for the time being, it does represent a setback. Only a few months ago, the US president’s statements concerning Greenland caused considerable consternation in European diplomatic circles. They could have served as a catalyst, triggering new dynamics among countries on the margins of the Union. It is true that Iceland lies between Greenland and the United Kingdom, at a considerable distance from the American coastline. But geopolitical dynamics remain geopolitical dynamics. At least, those one might have expected. And yet Iceland’s answer was “no”. Not an overwhelming no, since the result was relatively close, but a “no” nonetheless.
The European institutions might usefully ask themselves why Icelanders made this choice and, more broadly, whether the Union still has the capacity to inspire accession – both literally and figuratively. But I fear that such soul-searching will last little longer than it takes to read this article. What concerns me more is that this stalled momentum has occurred in a country such as Iceland, whose geographical and strategic position is far from insignificant. For the moment, I will go no further. But we will probably have to return to the subject.
Wildfires: a strategic vulnerability?
That some regions of Europe are facing an increasing risk of drought and desertification is now a widely documented reality. It is against this backdrop that every summer brings increasingly intense and destructive wildfires. The question of whether some of these fires are deliberately started must, of course, be addressed. But beyond their origin, another issue seems to me insufficiently present in public debate: the strategic vulnerability these fires represent for European territories.
Take Spain. Political debate frequently focuses on the division of responsibility between the central government and the autonomous communities, several of which are governed by the People’s Party. Yet the concept of national security seems far less prominent. Wildfires, however, can no longer be regarded solely as an environmental or civil-protection issue. Their increasing frequency, their intensity and their consequences for populations, infrastructure, water resources, agriculture and the economy should also lead us to consider them from a security perspective. It therefore seems essential to me that intelligence and security services assess the seasonal recurrence of wildfires through the prism of strategic vulnerability and territorial resilience. Anticipating threats does not simply mean watching what might happen at the borders. It also means understanding what can durably weaken a territory from within.
Ceuta and the question of European consistency
I began this chronicle by talking about Iceland and, incidentally, Greenland. When the US president made statements concerning that territory, European leaders firmly reiterated that its future could not be decided without its people and Denmark. On Ukraine, Europe has likewise demonstrated its commitment to the country’s sovereignty and territorial integrity in the face of Russia. And yet, when tensions arise around Ceuta and Spanish sovereignty over Ceuta and Melilla is challenged by Morocco, Europe’s silence seems considerably more deafening.
Ceuta and Melilla do not appear on the United Nations list of Non-Self-Governing Territories. Yet those who regularly invoke international law seem to show far less determination when it comes to these two Spanish cities than when Greenland or Ukraine is at issue. There is, however, one fundamental difference: Spain is a member of the European Union, and Ceuta forms part of its southern external border. European security policy should therefore lead the Union to support its southern external borders with a determination comparable to that which it seeks to demonstrate on its eastern flank.
Iceland, wildfires, Ceuta: three apparently unrelated subjects. Yet each, in its own way, raises the same question: what kind of Europe do we want when it comes to defending our interests, our security and our sovereignty? Everyone can draw their own conclusions.
Originally from Spain, José Fernandez Alcalde began his career as a civil servant in Spain before joining the European institutions, where he worked for 22 years in the field of financial control. This international experience, enriched by assignments in several countries including Belgium, allowed him to develop high-level expertise within European structures. At the same time, he worked as a consultant in commercial and tax law for companies in Madrid for more than five years. Holding a law degree from the University of Madrid, he remains a reference in financial management and strategic consulting



