Publié le 8 juillet 2026 à 16h51 - Dernière mise à jour le 8 juillet 2026 à 16h51
Entre révélations judiciaires, blocage parlementaire et controverse autour de la « loi des petits-enfants », la vie politique espagnole traverse une séquence particulièrement agitée. Dans cette chronique, José Fernandez Alcalde livre son analyse d’une semaine qui, selon lui, illustre les profondes tensions traversant aujourd’hui le pays.

Tout semble désormais ramené aux affaires judiciaires
Il est difficile de résumer une semaine de vie politique en Espagne tant les événements s’enchaînent. Je me limiterai donc à ce qui relève de la « haute politique », là où se concentrent aujourd’hui les principales tensions. Le climat politique est dominé par une succession quasi ininterrompue d’affaires judiciaires. Chaque jour ou presque apporte son lot de nouvelles révélations, d’enquêtes ou de mises en examen. Cette impression d’une crise permanente est devenue le principal sujet du débat public.
Comme souvent, deux lectures s’opposent. Les médias proches du gouvernement dénoncent des accusations exagérées ou instrumentalisées par l’opposition. À l’inverse, la presse conservatrice affirme que chaque nouvelle information confirme l’existence d’un système plus vaste de corruption. Dans de nombreux cas, les juridictions compétentes ont ouvert des procédures judiciaires, ce qui entretient encore davantage le climat de défiance.
Parmi les dossiers qui alimentent actuellement le débat figure notamment l’affaire des bijoux d’une valeur estimée à plus d’un million d’euros, découverts lors d’une perquisition dans un coffre-fort utilisé par l’ancien président du gouvernement José Luis Rodríguez Zapatero. Plus récemment encore, un juge a mis en examen la directrice générale de la Guardia Civil ainsi qu’un haut responsable de cette institution. Chaque journée semble désormais apporter une nouvelle révélation.
Un gouvernement toujours en minorité
Cette succession d’affaires intervient alors que le gouvernement de Pedro Sánchez demeure en situation de faiblesse parlementaire. Le Parlement a demandé au chef du gouvernement de solliciter un vote de confiance. Celui-ci ne figure cependant pas à son agenda politique et, juridiquement, rien ne l’y oblige. Le paradoxe de la situation est connu. Une motion de censure paraît aujourd’hui pratiquement impossible. Les partis indépendantistes, indispensables à toute majorité alternative, répugnent à apparaître aux côtés des formations conservatrices espagnoles, au risque d’en payer le prix lors de leurs propres élections régionales.
Cette absence de majorité rend extrêmement difficile l’adoption de nombreux textes. Pour autant, le gouvernement conserve une marge d’action grâce aux décisions qu’il peut prendre sans vote préalable des Cortes. Malgré sa fragilité, il dispose encore d’importants leviers institutionnels. Pour ma génération, une telle situation est inédite. Jamais je n’avais vu un affrontement politique atteindre un tel degré de polarisation. À bien des égards, cette réalité évoque une véritable dystopie.
La SEPI également dans la tourmente
Les difficultés ne se limitent pas au seul pouvoir politique. La Société d’État des participations industrielles (SEPI), holding public chargé de gérer les participations de l’État dans plusieurs grandes entreprises espagnoles, est à son tour rattrapée par les affaires. Le 29 juin, sa présidente ainsi que vingt-quatre autres responsables ont été mis en examen dans le cadre d’investigations portant sur plusieurs opérations suspectes menées au sein d’entreprises publiques. Cette nouvelle procédure est venue renforcer le sentiment que les enquêtes judiciaires s’étendent désormais bien au-delà de la sphère politique.
La « loi des petits-enfants », un enjeu électoral majeur
Autre sujet de vive controverse : la « loi des petits-enfants » (Ley de nietos), voulue par Pedro Sánchez. Cette réforme permet à des descendants d’Espagnols établis à l’étranger d’obtenir plus facilement la nationalité espagnole. Dans certains cas, il est nécessaire de remonter plusieurs générations afin d’établir cette filiation. Si la loi a été adoptée par le Parlement, une instruction publiée par le ministère de la Justice en octobre 2022 fait aujourd’hui l’objet de vives critiques de la part du Parti populaire (PP) et de Vox. Selon ces partis, cette instruction aurait élargi les critères initialement prévus par le législateur, en permettant à des descendants d’émigrants ordinaires d’accéder à la nationalité, alors que le dispositif devait principalement concerner les descendants d’exilés politiques ou de victimes du franquisme.
L’opposition estime que cette évolution pourrait avoir des conséquences électorales importantes. Selon elle, les nouveaux citoyens espagnols résidant principalement en Amérique latine seraient susceptibles de voter majoritairement en faveur du Parti socialiste (PSOE), renforçant ainsi ses chances lors des prochaines élections générales.
Les partis conservateurs s’interrogent également sur les modalités de contrôle de l’identité des électeurs votant depuis l’étranger. Ils estiment que les garanties offertes ne seraient pas équivalentes à celles exigées pour les électeurs résidant en Espagne. Le gouvernement, pour sa part, rejette ces critiques.
Au-delà de cette controverse, ce débat illustre combien les questions de citoyenneté, de mémoire historique et de représentation démocratique sont devenues, elles aussi, un enjeu majeur de la confrontation politique espagnole.
D’origine espagnole, José Fernandez Alcalde a débuté sa carrière dans la fonction publique espagnole avant de rejoindre les institutions européennes, où il a exercé pendant vingt-deux ans dans le domaine du contrôle financier. Cette expérience, enrichie par des missions dans plusieurs pays, notamment en Belgique, lui a permis d’acquérir une solide expertise au sein des institutions européennes. Parallèlement, il a exercé pendant plus de cinq ans comme consultant en droit commercial et fiscal auprès d’entreprises à Madrid. Titulaire d’une licence en droit de l’Université de Madrid, il est spécialisé dans les domaines de la gestion financière et du conseil stratégique.
🇪🇸 Español
España. Una semana marcada por los escándalos y el bloqueo político
Entre revelaciones judiciales, bloqueo parlamentario y polémica en torno a la «Ley de Nietos», la vida política española atraviesa un período especialmente convulso. En esta crónica, José Fernandez Alcalde ofrece su análisis de una semana que, a su juicio, ilustra las profundas tensiones que atraviesa hoy el país.
Todo parece girar ahora en torno a los asuntos judiciales
Resulta difícil resumir una semana de vida política en España, dada la rapidez con la que se suceden los acontecimientos. Me limitaré, por tanto, a lo que podríamos denominar la «alta política», donde hoy se concentran las principales tensiones. El clima político está dominado por una sucesión casi ininterrumpida de casos judiciales. Casi cada día trae consigo nuevas revelaciones, investigaciones o imputaciones. Esta sensación de crisis permanente se ha convertido en el principal tema del debate público.
Como suele ocurrir, existen dos lecturas enfrentadas. Los medios próximos al Gobierno denuncian acusaciones exageradas o instrumentalizadas por la oposición. Por el contrario, la prensa conservadora sostiene que cada nueva información confirma la existencia de un sistema de corrupción mucho más amplio. En numerosos casos, los órganos judiciales competentes han abierto procedimientos, lo que alimenta aún más el clima de desconfianza.
Entre los asuntos que actualmente centran el debate figura el caso de unas joyas valoradas en más de un millón de euros, halladas durante un registro en una caja fuerte utilizada por el expresidente del Gobierno José Luis Rodríguez Zapatero. Más recientemente, un juez ha imputado a la directora general de la Guardia Civil, así como a un alto cargo de esta institución. Cada jornada parece aportar una nueva revelación.
Un Gobierno que sigue en minoría
Esta sucesión de casos judiciales se produce mientras el Gobierno de Pedro Sánchez continúa en una situación de debilidad parlamentaria. El Parlamento ha solicitado al presidente del Gobierno que se someta a una cuestión de confianza. Sin embargo, esta no figura en su agenda política y, desde el punto de vista jurídico, nada le obliga a presentarla. La paradoja de la situación es bien conocida. Una moción de censura parece hoy prácticamente imposible. Los partidos independentistas, indispensables para construir una mayoría alternativa, se resisten a aparecer junto a las formaciones conservadoras españolas, por temor a pagar un coste político en sus próximas elecciones autonómicas.
La ausencia de una mayoría parlamentaria dificulta enormemente la aprobación de numerosos proyectos legislativos. No obstante, el Gobierno conserva un margen de actuación gracias a las decisiones que puede adoptar sin necesidad de una aprobación previa de las Cortes. A pesar de su fragilidad, sigue disponiendo de importantes instrumentos institucionales. Para mi generación, una situación así no tiene precedentes. Nunca había visto un enfrentamiento político alcanzar un grado de polarización semejante. En muchos aspectos, esta realidad evoca una auténtica distopía.
La SEPI, también en el centro de la tormenta
Las dificultades no se limitan únicamente al ámbito político. La Sociedad Estatal de Participaciones Industriales (SEPI), holding público encargado de gestionar las participaciones del Estado en varias grandes empresas españolas, también se ha visto alcanzada por los escándalos. El pasado 29 de junio, su presidenta, junto con otros veinticuatro responsables, fue imputada en el marco de investigaciones relacionadas con diversas operaciones presuntamente irregulares llevadas a cabo en empresas públicas. Este nuevo procedimiento ha reforzado la percepción de que las investigaciones judiciales se extienden ya mucho más allá de la esfera estrictamente política.
La «Ley de Nietos», un importante desafío electoral
Otro asunto que suscita una intensa controversia es la «Ley de Nietos», impulsada por Pedro Sánchez. Esta reforma permite a los descendientes de españoles establecidos en el extranjero obtener con mayor facilidad la nacionalidad española. En algunos casos, es necesario remontarse varias generaciones para acreditar dicha filiación. Aunque la ley fue aprobada por el Parlamento, una instrucción publicada por el Ministerio de Justicia en octubre de 2022 es hoy objeto de fuertes críticas por parte del Partido Popular (PP) y de Vox.
Según estas formaciones, dicha instrucción habría ampliado los criterios previstos inicialmente por el legislador, permitiendo acceder a la nacionalidad española a descendientes de emigrantes comunes, cuando el espíritu de la norma estaba destinado principalmente a los descendientes de exiliados políticos o de víctimas del franquismo.
La oposición considera que esta evolución podría tener importantes consecuencias electorales. A su juicio, los nuevos ciudadanos españoles, residentes principalmente en América Latina, podrían votar mayoritariamente al Partido Socialista Obrero Español (PSOE), reforzando así sus posibilidades en las próximas elecciones generales. Los partidos conservadores también cuestionan los mecanismos de verificación de la identidad de los electores residentes en el extranjero. Consideran que las garantías ofrecidas no serían equivalentes a las exigidas para los votantes que residen en España. El Gobierno, por su parte, rechaza estas críticas.
Más allá de esta controversia, el debate pone de manifiesto hasta qué punto las cuestiones de ciudadanía, memoria histórica y representación democrática se han convertido también en uno de los principales ejes de la confrontación política española.
De origen español, José Fernandez Alcalde inició su carrera en la Administración Pública española antes de incorporarse a las instituciones europeas, donde trabajó durante veintidós años en el ámbito del control financiero. Esta trayectoria, enriquecida por misiones en varios países, especialmente en Bélgica, le permitió adquirir una sólida experiencia dentro de las instituciones europeas. Paralelamente, ejerció durante más de cinco años como consultor en derecho mercantil y fiscal, asesorando a empresas en Madrid. Licenciado en Derecho por la Universidad de Madrid, está especializado en gestión financiera y asesoramiento estratégico.
🇬🇧 English
Spain. A Week Marked by Scandals and Political Deadlock
Between judicial investigations, parliamentary deadlock and controversy surrounding the “Grandchildren’s Law”, Spanish political life is going through an especially turbulent period. In this column, José Fernandez Alcalde offers his analysis of a week that, in his view, illustrates the deep tensions currently affecting the country.
Everything now seems to revolve around judicial affairs
It is difficult to summarise a single week of political life in Spain, given the pace at which events unfold. I will therefore focus on what might be described as “high politics”, where the country’s main tensions are now concentrated. The political climate is dominated by an almost uninterrupted succession of judicial cases. Almost every day brings new revelations, investigations or indictments. This impression of a permanent crisis has become the central issue in public debate.
As is often the case, two opposing narratives have emerged. Media outlets close to the government denounce what they describe as exaggerated or politically motivated accusations by the opposition. Conversely, the conservative press argues that each new revelation confirms the existence of a much broader system of corruption. In many instances, the competent judicial authorities have opened formal proceedings, further reinforcing the climate of distrust.
Among the cases currently attracting widespread attention is the discovery of jewellery valued at more than one million euros during a police search of a safe reportedly used by former Prime Minister José Luis Rodríguez Zapatero. More recently, a judge placed the Director General of the Guardia Civil, together with a senior official of the institution, under formal investigation. Each day now appears to bring another revelation.
A government that remains in a minority
This succession of judicial cases comes at a time when Pedro Sánchez’s government continues to face parliamentary weakness. Parliament has called on the Prime Minister to seek a vote of confidence. However, no such vote appears on his political agenda and, legally speaking, he is under no obligation to request one.
The paradox is well known. A successful motion of no confidence appears virtually impossible at present. The pro-independence parties, whose support would be essential to any alternative majority, are reluctant to be seen voting alongside Spain’s conservative parties for fear of paying a political price in their own forthcoming regional elections.
The lack of a parliamentary majority makes the adoption of many legislative measures extremely difficult. Nevertheless, the government still retains room for manoeuvre through decisions that do not require prior approval by the Cortes. Despite its fragile position, it continues to possess significant institutional powers. For my generation, such a situation is unprecedented. Never before have I witnessed political confrontation reaching such a high degree of polarisation. In many respects, this reality resembles a genuine dystopia.
SEPI also caught up in the turmoil
The difficulties are no longer confined to the political sphere alone. The State Industrial Holding Company (SEPI), the public body responsible for managing the Spanish state’s shareholdings in several major companies, has itself become embroiled in controversy. On 29 June, its chairwoman, together with twenty-four other senior officials, was placed under formal investigation as part of inquiries into a number of allegedly irregular operations involving public companies. This latest judicial procedure has reinforced the perception that investigations are now extending well beyond the political arena.
The “Grandchildren’s Law”: a major electoral issue
Another highly controversial issue is the so-called “Grandchildren’s Law”, promoted by Pedro Sánchez. The reform enables descendants of Spaniards living abroad to obtain Spanish nationality more easily. In some cases, applicants must trace their family lineage back several generations in order to establish their eligibility. Although the law itself was approved by Parliament, an implementing instruction issued by the Ministry of Justice in October 2022 has come under strong criticism from the People’s Party (PP) and Vox.
According to these parties, the instruction broadened the criteria originally established by Parliament by allowing descendants of ordinary emigrants to acquire Spanish nationality, whereas the legislation was primarily intended for descendants of political exiles or victims of the Franco regime. The opposition argues that this development could have significant electoral consequences. In its view, newly naturalised Spanish citizens, most of whom live in Latin America, could be more likely to vote for the Spanish Socialist Workers’ Party (PSOE), thereby strengthening its prospects in the next general election.
Conservative parties have also questioned the procedures used to verify the identity of voters casting their ballots from abroad. They argue that the guarantees provided are not equivalent to those required for voters residing in Spain. The government, for its part, rejects these criticisms. Beyond this controversy, the debate illustrates the extent to which issues of citizenship, historical memory and democratic representation have themselves become central to Spain’s political confrontation.
Originally from Spain, José Fernandez Alcalde began his career in the Spanish Civil Service before joining the European institutions, where he spent twenty-two years working in the field of financial control. This international experience, strengthened by assignments in several countries, particularly Belgium, enabled him to develop extensive expertise within the European institutions. At the same time, he worked for more than five years as a consultant in commercial and tax law, advising companies in Madrid. He holds a Law degree from the University of Madrid and specialises in financial management and strategic consulting.



