Publié le 10 juin 2026 à 19h53 - Dernière mise à jour le 10 juin 2026 à 19h55
« Les professionnels de santé nous sauvent la vie. Protéger leur santé, c’est protéger celle de tous les habitants de notre région. » C’est autour de cette conviction que le préfet de région Jacques Witkowski, le président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur Renaud Muselier et le directeur général de l’Agence régionale de santé Yann Bubien ont officiellement lancé, mardi à Aix-en-Provence, le Pacte régional pour la sécurité des soignants. Une initiative présentée à la Maison de santé pluriprofessionnelle d’Encagnane, en présence de Sophie Joissains, maire d’Aix-en-Provence et vice-présidente de la Région.

Le sujet n’est pas anecdotique. En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, 1 671 signalements de violences visant des professionnels de santé ont été recensés en 2024 par l’Observatoire national des violences en santé. Un chiffre qui ne reflète qu’une partie de la réalité puisque de nombreux incidents ne sont jamais déclarés. Les autorités estiment d’ailleurs qu’à peine trois agressions sur dix donnent lieu à un dépôt de plainte.
Pour Jacques Witkowski, ces violences remettent en cause la relation de confiance indispensable à l’exercice des métiers de la santé. Le préfet rappelle que « les agressions, les menaces ou les intimidations visant les professionnels de santé ne sont pas acceptables » et qu’elles vont « à l’encontre même de ce qu’est une relation de soins et de confiance ». Face à cette réalité, il plaide pour une mobilisation commune de l’État, des collectivités, des établissements de santé, des professionnels et des forces de sécurité.
Même constat du côté de Yann Bubien. Le directeur général de l’ARS rappelle que les insultes, menaces et agressions physiques fragilisent non seulement les soignants mais aussi l’accès aux soins. « Personne ne rêve de devenir soignant pour être confronté à la violence », souligne-t-il, estimant que ces situations peuvent remettre en cause l’engagement même de certains professionnels à exercer leur métier. Selon lui, protéger les soignants est devenu une condition du maintien de l’attractivité des métiers et de la qualité de la prise en charge des patients.
La Région met également en avant les conséquences de ces violences sur l’accès aux soins. Elle rappelle que les agressions dont sont victimes les professionnels « fragilisent les soignants et, par extension, l’accès aux soins pour les habitants ». D’où sa décision de s’associer à ce pacte régional pour renforcer la prévention, la protection et l’accompagnement des victimes.
Une stratégie régionale articulée autour de six axes
Le pacte régional prévoit d’abord un renforcement de la réponse pénale et du traitement des signalements. Des référents dédiés seront identifiés au sein des forces de l’ordre, un numéro spécifique facilitera les échanges avec les professionnels de santé et les protocoles départementaux seront actualisés afin d’assurer un suivi plus efficace des agressions.
La sécurisation des établissements constitue un autre volet majeur. Depuis 2017, plus de 30 millions d’euros ont été consacrés par l’ARS au renforcement de la sécurité dans les hôpitaux de la région. Une enveloppe de trois millions d’euros supplémentaires sera mobilisée en 2026 pour financer des équipements de protection, des dispositifs d’alerte ou encore le contrôle des accès.
Les maisons et centres de santé bénéficieront également de nouveaux soutiens. Contrôle d’accès, vidéoprotection, visiophonie, sécurisation des parkings et boutons d’alerte pourront être intégrés aux projets soutenus par les pouvoirs publics. La Région prévoit par ailleurs d’accompagner financièrement certaines installations à hauteur de 50 % des dépenses éligibles.
Le dispositif s’adresse aussi aux professionnels exerçant seuls, à domicile ou dans des pharmacies. Des expérimentations de systèmes d’alerte connectés doivent être engagées dans plusieurs territoires particulièrement exposés.
Former et sensibiliser
Au-delà des équipements, les partenaires du pacte insistent sur la prévention. La sécurité des soignants devra être davantage intégrée dans les cursus de formation des futurs médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes et professionnels du secteur sanitaire et social. La Région, qui accompagne près de 19 000 étudiants dans ces filières, prévoit un plan de sensibilisation spécifique.
Une campagne régionale d’information sera également déployée dans les prochains mois afin de rappeler au grand public que la relation de soin repose sur le respect mutuel et que les violences envers les soignants ne peuvent être considérées comme une fatalité. Au-delà des mesures techniques, ce pacte traduit une prise de conscience partagée : protéger les soignants est devenu un enjeu de sécurité publique autant qu’un enjeu de santé publique.
Patricia CAIRE



