Sous pression et sans majorité, le Premier ministre Sébastien Lecornu recourt au 49.3 pour faire adopter le budget 2026 sans vote. Accusé par l’opposition de négocier la non-censure du PS, il fait face à une riposte immédiate : LFI et le RN annoncent chacun une motion de censure.

Sous la pression du chef de l’État, des partis et de l’opinion, Sébastien Lecornu s’est résigné, ce lundi 19 janvier, à annoncer le recours à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour faire adopter le projet de loi de finances pour 2026. Faute de majorité à l’Assemblée nationale, le Premier ministre engagera la responsabilité de son gouvernement dès mardi après-midi, au risque de voir une motion de censure renverser l’exécutif.
Cette décision marque un tournant politique pour celui qui, à son arrivée à Matignon en septembre 2025, promettait une « rupture ». En recourant au 49.3, Sébastien Lecornu renoue avec une méthode devenue récurrente : pour la quatrième année consécutive, le Parlement ne votera pas le budget de l’État, malgré trois mois de débats et près de trois cent cinquante heures de discussion. Le chef du gouvernement, qui s’est lui-même décrit comme « le plus faible de la Ve République », dit ressentir du « regret » et de « l’amertume » face à un choix qu’il présente comme contraint.
Trois 49.3 au minimum pour faire adopter le texte
D’après le schéma retenu par l’exécutif, au moins trois recours au 49.3 seront nécessaires. Un premier portera sur la partie « recettes » du projet de loi de finances, un deuxième sur la partie « dépenses », puis un troisième interviendra en lecture définitive sur l’ensemble du texte, après un passage au Sénat. Le gouvernement espère ainsi clore la séquence budgétaire au cours de la première semaine de février.
L’Élysée assume la stratégie. Lors du conseil des ministres, Emmanuel Macron a salué un budget permettant « au pays d’avancer » et de garantir « une stabilité », estimant que l’adoption du texte constitue un préalable au fonctionnement normal de l’action publique.
Des concessions au cœur des critiques
Ce nouveau passage en force intervient dans un contexte de rapports de force instables à l’Assemblée. Sans majorité solide, l’exécutif cherche à éviter la chute du gouvernement en sécurisant des soutiens ou, à défaut, des abstentions. L’opposition accuse Sébastien Lecornu d’avoir consenti des compromis pour obtenir la non-censure du Parti socialiste, un soupçon qui alimente la contestation autour du budget comme autour de la méthode.
Deux motions de censure annoncées
La France insoumise a annoncé qu’elle déposerait une motion de censure « contre ce budget et pour la dignité du Parlement », dénonçant un recours répété au 49.3 qui, selon elle, réduit le débat parlementaire à un rapport de force. Le Rassemblement national a également indiqué qu’il déposerait une motion. Marine Le Pen a fustigé des « annonces (budgétaires) irresponsables pour acheter le PS au mépris de l’intérêt national ».
Désormais, l’Assemblée nationale se retrouve au cœur d’un choix décisif : si l’une des motions de censure est adoptée, le gouvernement tomberait. Dans le cas contraire, le budget 2026 serait considéré comme adopté, mais au prix d’une nouvelle crispation institutionnelle sur la place du Parlement et sur l’usage, redevenu central, du 49.3.
Anna CHAIRMANN



