Ce fut le ticket surprise dans cette campagne. Erwan Davoux et Nora Preziosi ont décidé de se lancer en campagne avec une liste sans étiquette et un slogan « Marseille pour tous ». S’ils sont encalminés à 2% dans les sondages, ils continuent d’y croire. « Nos listes par secteur sont bouclées. Même chose pour la mairie centrale et nous n’avons que des personnes de la société civile », relève Erwan Davoux.

Pas revanchards
C’est de notoriété publique, les deux candidats sont en conflit ouvert avec Martine Vassal, la candidate de la droite et du centre pour diverses raisons. Leurs contempteurs les traitent de simples revanchards mais ils s’en défendent. Erwan Davoux était directeur des relations internationales et des affaires européennes du département des Bouches-du-Rhône. Les relations avec la présidente se sont envenimées. Erwan Davoux dénonce un système clientéliste, des dépenses fastueuses et saisit le procureur. Une enquête préliminaire est ouverte. Martine Vassal a aussi porté plainte pour chantage. De son côté, Nora Preziosi était à la tête du bailleur social 13 Habitat avant qu’elle ne soit rattrapée par une supposée affaire de favoritisme et qu’elle ne soit débarquée de la présidence. Aucun de ces démêlés judiciaires n’a encore été réglés par la justice.
Entretien avec Erwan Davoux
Vous passez de l’ombre à la lumière. Vous étiez habitué à travailler dans des cabinets ministériels ou des institutions et là, vous vous lancez dans un mandat local. Qu’est-ce qui vous a motivé ?
On forme un bon binôme avec Nora. Elle, c’est la femme politique de terrain, d’expérience, moi j’ai une carrière internationale, je connais les rouages de l’administration, je connais le système de l’intérieur, j’ai toujours été dans le service public et je poursuis avec cette candidature.
Si vous ne faites pas campagne dans un esprit revanchard pourquoi vous êtes-vous lancés dans l’aventure sans appui politique ?
J’ai 30 ans de carrière, j’ai noté la perte de crédibilité de la parole publique, la coupure avec les citoyens, le dégoût de la politique, le « je ne vote plus, ça ne sert à rien ». En menant une liste sans étiquette on veut renouer le lien avec la population. Nora et moi partageons la même vision de l’être humain. Nous sommes des humanistes. Nora a une connaissance intime de Marseille ; moi, j’y vis depuis cinq ans.
Vous dénoncez un système clientéliste et des exécutifs qui feraient ce qu’ils veulent. Comment comptez-vous contrer cela ?
J’ai signé la charte de transparence citoyenne. Je veux que le budget de la ville soit accessible en ligne, que les débats en commission soient filmés lorsque de l’argent public est en jeu, et que le maire présente un bilan d’action tous les six mois. Il ne doit pas disposer d’un blanc-seing pendant six ans et ne rendre des comptes qu’à la veille du scrutin suivant.
Vous êtes crédités de 2 % des intentions de vote. Difficile, dans ces conditions, de peser dans la campagne.
Lorsqu’on n’est affilié à aucun parti et que certains médias ou sondeurs vous ignorent, c’est effectivement difficile. La tâche est ardue. Mais nous avons rassemblé 700 personnes lors de notre meeting. Maintenant que notre liste pour la mairie centrale et nos listes par secteur sont bouclées, nous allons repartir sur le terrain et utiliser les réseaux sociaux pour mener pleinement campagne.
Vous ne croyez pas aux sondages mais ils donnent une tendance. Si vous n’atteignez pas 5 %, il vous sera impossible de fusionner avec une autre liste pour le second tour.
Nous ferons plus de 5%.
Si tel est le cas, vers qui vous tournerez-vous ?
J’exclus les extrêmes: LFI et le RN.
Et les autres ? Vous êtes un homme de droite, un gaullo-chiraquien qui a quitté l’UMP en 2017 parce que vous ne vous y retrouviez plus. Vous pourriez vous allier avec Martine Vassal malgré vos antagonismes ?
Je ne crois pas au maintien de Martine Vassal au second tour. Si le RN risque de passer à Marseille, elle aura la pression des états-majors parisiens pour se retirer. Quoi qu’il en soit, toute alliance devra intégrer une partie de nos idées.
Comme la majorité des candidats votre préoccupation première est la sécurité.
Nous voulons augmenter de 30 % le nombre de policiers municipaux sur le mandat et surtout fidéliser les policiers nationaux grâce à une prime conséquente, comme en Seine-Saint-Denis. Nous souhaitons également développer la vidéosurveillance augmentée par l’intelligence artificielle et rétablir un préfet de police de plein exercice.
Vous voulez aussi faire bouger les lignes avec la Métropole et le Département. Vous dites, comme Benoît Payan, que Marseille est maltraitée.
Marseille représente 42% de la population du département mais n’a reçu que 2,3% de l’aide aux communes, ce n’est pas normal. Par ailleurs Marseille est la figure emblématique du pouvoir mais elle a peu de capacités d’actions. Il faut rapatrier certaines compétences de la Métropole, comme la voirie, les transports et la propreté, à la ville. La RTM devrait également revenir sous contrôle municipal. Je suis favorable à la gratuité totale des transports publics pour les Marseillais.
C’est une factureimportante.
Environ 100 millions d’euros.
Comment financez-vous cette mesure ?
Il faut d’abord augmenter la taxe de séjour, de 2 à 6 euros par adulte, ce qui rapporterait environ 35 millions d’euros. Je propose aussi de municipaliser le tunnel Prado-Carénage à la fin de la concession en 2033 et de renégocier le tarif d’ici là.
Marseille manque de logements sociaux. Que proposez-vous ?
Nous avons 40 000 logements sociaux indignes à Marseille. Sur 460 000 logements sociaux, 120 000 sont des passoires thermiques. Il faut agir là-dessus. Nous demanderons un audit du foncier et du cadastre pour identifier de nouveaux espaces constructibles. Il faut recréer un esprit de village et ne pas construire dans des no man’s land. Il faut aussi construire des logements pour les gens qui sont à la rue. Enfin il faut permettre une accession à son logement social à bas prix pour transformer les copropriétés. Brooklyn n’est plus un coupe-gorge grâce à cela.
Concernant les écoles, le plan de rénovation avance-t-il assez vite ?
C’est la réalisation la plus tangible de Marseille en grand. Il faut accélérer et renforcer les moyens pédagogiques et périscolaires. Il faut aussi développer la prévention en matière d’obésité et de malnutrition.
Et le Centre Bourse, on en fait quoi ?
Il faut mener une étude comparative avec d’autres métropoles européennes. On a des bombes à retardement à Marseille avec le Centre Bourse ou le centre commercial du Prado. Pour le Centre Bourse, il faut associer du culturel et une plateforme à vocation méditerranéenne où le numérique pourrait être un pôle d’attractivité.
Vous êtes pour le RIC (Référendum d’initiative populaire) dans quels domaines ?
Je pense aux trottinettes. Faut-il maintenir une mobilité en accès libre ? Peut-être aussi le tramway des Catalans qui va créer une pagaille et générer des artères engorgées. Sans compter l’abbaye Saint-Victor dont les structures pourraient souffrir avec les travaux.
Comment vont se passer ces trois dernières semaines avant le scrutin ?
Nous allons tracter, alimenter les réseaux sociaux et faire un grand meeting en mars.
Propos recueillis par Joël BARCY



