Festival de Cannes. Avec  « Fjord » une seconde Palme d’or pour Cristian Mungiu

Publié le 24 mai 2026 à 9h18 - Dernière mise à jour le 24 mai 2026 à 9h18

Le réalisateur roumain, Cristian Mungiu, fait partie du cercle très fermé des réalisateurs doublement récompensés d’une Palme d’or. Couronné en 2007 pour « 4 mois, 3 semaines, 2 jours » il récidive 20 ans plus tard avec  « Fjord ». Il aborde l’intégration complexe d’une famille évangélique dans une communauté progressiste. Peu de contestation  sur l’ensemble des prix attribués par le jury de cette 79e édition pour  des films de qualité qui interrogent, dénoncent les compromissions et les exclusions.

Destimed Festival de Cannes
(Photo Joël Barcy)

 « Prise de risque »

Lors de la soirée des récompenses le réalisateur évoque « la prise de risque d’élever la voix face aux risques auxquels nous sommes exposés. L’état du monde n’est pas le meilleur mais il ne faut pas demander à nos enfants de le changer, on peut faire des choses pertinentes dès maintenant. » Depuis 20 ans, Cristian Mungiu est un observateur clinique de la société contemporaine mais il refuse tout manichéisme. Il préfère filmer les zones « grises ». « Fjord » questionne les fondements mêmes de nos démocraties entre progressisme et traditionalisme. Mungiu utilise le ressort du thriller social pour filmer le choc des cultures et le chaos dans lequel une communauté s’enfonce lorsque le soupçon s’installe.

« J’ai des doutes »

Le film suit les Gheorghiu, une famille roumano-norvégienne très pieuse venue s’installer dans un village au fond d’un fjord. Le couple est bien accueilli mais la découverte d’ecchymoses sur le corps des aînés va faire vaciller un fragile équilibre avec l’intervention de la protection de l’enfance. A l’apparente tranquillité et la beauté des paysages enneigés le réalisateur oppose une tension, fondée sur la peur du jugement, la rigidité des valeurs et un dialogue impossible. Lors de la conférence de presse qui a suivi la projection Cristian Mungiu a expliqué sa démarche. « Le cinéma a été inventé pour mieux comprendre, trouver des solutions, faire des films pas toujours respectueux. C’est bien d’avoir des doutes parce que nous sommes entourés de gens qui sont convaincus que la vérité leur appartient. Moi, j’ai des doutes sur le cinéma, sur la société à côté de nous. Avec ce film je suis content d’avoir pu raconter une histoire qui parle de nous tous dans une société très radicalisée, très divisée. Je crois que nous avons une soif d’avenir ensemble mais il faut commencer par faire des petits efforts. »

Lutter contre les préjugés

 Mungiu opère une analyse au scalpel des rapports sociaux, des préjugés moraux, de la suspicion de l’étranger et du religieux, comme de l’engrenage administratif qui tend à l’absurde sans basculer dans du Kafka. La figure de proue de la nouvelle vague roumaine livre une œuvre complexe, tranchante et qui ne donne pas toutes les réponses aux énigmes posées.

« Minotaur »  obtient le Grand prix

Le film faisait aussi partie des favoris pour la Palme d’or. Minotaur est un thriller conjugal sur fond de guerre russo-ukrainienne. Andreï Zviaguintzev est un habitué des récompenses à Cannes. Prix du jury, prix du scénario, prix d’interprétation masculine… Il faisait son retour sur la Croisette après 9 ans d’absence.

Minotaur offre une double entrée. Celle d’un thriller conjugal sur fond d’« opération militaire spéciale » en Ukraine. Dans une Russie léthargique, apathique, tandis que des personnages se débattent dans des problèmes de couple et d’adultère, la guerre se déroule de façon invisible pour cette bourgeoisie russe. Des chars passent, des affiches de recrutements sont déployées, des blessés de guerre sont entraperçus mais rien de très problématique. Seule contrainte économique pour les chefs d’entreprise : fournir au maire une liste de salariés à envoyer au front. Problème vite réglé pour Gleb, il demande à sa secrétaire de recruter massivement des chauffeurs pour un nouveau marché fictif. Ce sont eux qui iront garnir les effectifs de l’opération militaire spéciale et l’entreprise pourra continuer de tourner.

« La Bola Negra » et « Fatherland », prix de la mise en scène

Double prix pour la mise en scène. Ils vont à Javier Calvo et Javier Ambrossi pour «  La Bola Negra » et à Pawel Pawlikowski pour « Fatherland »

La Bola Negra superpose trois histoires : celle d’un jeune soldat qui, en 1937, se retrouve malgré lui dans l’armée fasciste et tombe amoureux d’un prisonnier républicain, un homme de théâtre. Dans la deuxième, qui se situe quelques années plus tôt, un tout jeune bourgeois affronte à Grenade l’homophobie de son entourage. Dans la troisième qui se passe aujourd’hui, un chercheur et écrivain doit se confronter à son histoire lorsqu’on lui apprend la mort d’un grand-père qu’il n’a jamais connu.

Fatherland explore les bouleversements moraux d’une Europe de l’après-guerre, à travers les thèmes de l’identité, de la culpabilité, de la famille et de l’amour. En 1949, Thomas Mann, lauréat du prix Nobel de littérature, retourne pour la première fois en Allemagne depuis la fin de la guerre, accompagné de sa fille Erika, actrice, écrivain et pilote de rallye. Au volant d’une Buick noire, ils entreprennent un voyage éprouvant dans un pays qu’ils ont fui, seize ans plus tôt, lors de la prise de pouvoir du parti nazi. De Francfort, sous domination américaine, jusqu’à Weimar, contrôlée par les Soviétiques, père et fille traversent une Allemagne en ruines, coupée en deux par la guerre froide.

Le prix du jury pour Valeria Grisebach

Avec « L’Aventure rêvée » Valeria Grisebach obtient le prix du jury. La réalisatrice allemande nous embarque aux confins de l’Europe, en Bulgarie. Un film d’atmosphère.

 A Svilengrad, une petite ville à la frontière bulgare, aux confins d’une Europe délaissée, Veska, archéologue, renoue avec Saïd, un ami d’enfance dont la voiture vient d’être volée. En voulant l’aider, Veska glisse progressivement au cœur d’une société criminelle dont l’emprise règne sur la ville. Veska va devoir affronter ce monde à la fois trouble et dangereux.

Le prix du scénario pour « Notre salut »

 Emmanuel marre effectuait sa première participation au festival de Cannes. Entrée réussie pour le réalisateur qui obtient le prix du scénario.

A lire :  Festival de Cannes. « Notre salut » chronique d’une collaboration ordinaire

 Une de ses tantes avait conservé une correspondance de guerre entre ses arrière-grand-père et grand-mère. Leurs nombreuses lettres lui ont donné accès à la collaboration des fonctionnaires vu de l’intérieur dans leur quotidien le plus intime.

Joël BARCY

 

 

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