Municipales à Marseille. « Martine Vassal n’est plus dans le jeu » : Lionel Royer-Perreaut brise le silence…

Malgré les multiples appels du pied de Martine Vassal, en janvier dernier, l’ancien député Renaissance de Marseille et ancien maire des 9-10 (2014-2022) a finalement opposé une fin de non-recevoir à la candidate de la droite et du centre. Pour Lionel Royer-Perreaut, le désaccord est profond : «Le problème vient du cap politique, avec une droitisation élastique qui brouille le message», analyse-t-il. Entretien.

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Lionel Royer-Perreaut ancien député Renaissance des Bouches-du-Rhône ©Destimed/P.C

En tant qu’ancien député Renaissance de Marseille, regrettez-vous la droitisation de Martine Vassal ?

C’est une stratégie illisible. À un moment, elle envoie des signaux au centre, puis elle bascule vers la droite forte. À ce jeu, elle finit par brouiller son message. À force de ne plus être ni au centre, ni sur une droite affirmée, elle s’affaiblit mécaniquement.

Ne regrettez-vous pas d’avoir décliné sa proposition, alors que vous auriez pu être en position éligible, voire tête de liste dans votre ancien secteur des 9-10 ?

Elle m’aurait tout promis, même « la Bonne Mère », pour que je la suive ! Mais les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, et je savais qu’elle reviendrait sur nos accords. Je refusais ces négociations de boutiquiers. Aujourd’hui, je suis dans l’opposition à la mairie centrale ; ma survie politique devait-elle passer par un nouveau mandat dans l’opposition ? Je ne le pense pas. En refusant, j’ai pris le risque d’une disparition, mais c’est la loi du genre en politique.

Au vu des derniers sondages, estimez-vous avoir fait le bon choix ?

En janvier, OpinionWay créditait déjà Martine Vassal de 20 %. Aujourd’hui, elle tombe à 14 % chez le même sondeur. Elle n’a pas su consolider son socle : alors que 47 % des électeurs d’En Marche en 2022 lui étaient encore favorables, elle a perdu ce cap. À mesure que le scrutin approche, sa situation devient intenable. On assiste à une cristallisation du vote utile : l’idée qu’« elle n’est plus dans le jeu » s’installe. In fine ses électeurs les plus à gauche partent chez Benoît Payan et les plus à droite rejoignent Franck Allisio.

Sera-t-il difficile pour elle d’exister dans ce scrutin ?

Elle cumule plusieurs handicaps : un problème de positionnement, un programme qui évolue sans cesse et un contexte national marqué par la poussée des extrêmes. Quant à la constitution de ses listes, c’est un curieux mélange des genres. Renaissance n’obtient que deux candidats en position éligible et deux têtes de listes dans des secteurs ingagnables. Où est le renouvellement ? J’ai fait le calcul : les 25 premiers noms de sa liste totalisent 244 ans de mandats cumulés ! Elle va même jusqu’à reprendre Bruno Gilles, candidat Horizons très marqué à droite, qui avait pourtant contribué à la défaite de son camp en 2020.

Et dans votre ancien secteur des 9-10 ?

Ce sera très difficile. Il va y avoir un effet de ciseau. La liste de Martine Vassal risque de n’arriver qu’en troisième position, même dans des arrondissements historiquement ancrés à droite. Le constat est le même pour les 11-12.

Quatre députés « En Marche » en 2017, trois Renaissance en 2022, et plus aucun en 2024… Assiste-t-on à la disparition du centre à Marseille ?

Nous souffrons d’un manque d’incarnation avec la candidate actuelle. De plus, dans le contexte actuel, se revendiquer d’Emmanuel Macron est parfois perçu comme une provocation. Dix ans de mandat pour un président, cela semble une éternité à l’heure où tout s’accélère. Les citoyens aspirent à une respiration démocratique, à du changement, et cela ne joue pas en notre faveur.

Quelle issue prévoyez-vous pour le second tour ?

Le duel s’annonce extrêmement serré entre Benoît Payan et Franck Allisio. Le RN mise sur une victoire aux municipales pour transformer l’essai lors de la présidentielle et des législatives de 2027. Cela leur permettrait aussi d’envoyer de nombreux sénateurs au Palais du Luxembourg en septembre prochain. Conquérir Marseille, la deuxième ville de France, serait un symbole puissant. Tout va se jouer à un cheveu. Si elle ne dépasse pas les 14 %, Martine Vassal devrait logiquement se retirer. Mais elle est déterminée et vendra chèrement sa peau. Peut-être que la perspective d’un mandat de sénatrice finira par lui faire entendre raison.

Propos recueillis par Joël BARCY

 

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