Marseille Concerts. A la Criée Alexandre Kantorow suspend le temps…

Marseille Concerts, dont on salue une nouvelle fois l’exigence et la qualité artistique de la programmation, accueillait à La Criée, dans une salle comble, le pianiste français de renommée internationale Alexandre Kantorow.

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Alexandre Kantorow a ébloui le public de La Criée (Photo Marseille Concerts)

L’association entretient avec l’artiste une relation privilégiée, fondée sur la fidélité, la confiance et une admiration réciproque. « Je suis très ému à chaque fois de revenir ici », a confié le virtuose. Je me souviens y avoir donné en 2022 un concert avec mon père, Jean-Jacques Kantorow, pour un dernier adieu musical à Robert Fouchet, alors président de Marseille Concerts. Cette association est pour moi comme une famille. » Pour ces retrouvailles avec le public marseillais, Alexandre Kantorow avait placé la lumière au cœur de son programme, proposant des œuvres qu’il interprétait ici pour la première fois. Deux parties avec entracte : en ouverture, Bach, suivi de la monumentale Sonate n° 5 de Medtner.

« Medtner, un compositeur monté sur les épaules des géants »

Nikolaï Medtner, compositeur qui consacra l’essentiel de son œuvre au piano, occupe une place particulière dans le cœur du pianiste. « Comme Rachmaninov, il a poussé le romantisme au maximum de ses possibilités , explique Alexandre Kantorow. Il est monté sur les épaules des géants pour en extraire la substantifique moelle et en faire une œuvre éclatante. » Sous ses doigts, la Sonate n° 5 déploie une puissance souveraine, alliée à une dextérité et une humilité remarquables. L’écriture, construite sur une transformation continue des motifs plutôt que sur des thèmes immédiatement mémorisables, alterne tension dramatique et élans presque charnels. Le discours ne cesse de se métamorphoser, sans jamais se répéter. L’interprétation, d’une maîtrise absolue, impressionne autant qu’elle émeut.

Une seconde partie en apesanteur

Après l’entracte, Alexandre Kantorow choisit d’enchaîner sans interruption un Prélude isolé de Chopin, La Chanson de la folle au bord de la mer d’Alkan, Vers la flamme de Scriabine, avant d’aborder la Sonate pour piano n° 32 de Beethoven, ultime sonate du compositeur. Dans cette œuvre testamentaire, la musique semble progressivement se détacher du monde. En rapprochant des compositeurs chez qui le mysticisme dialogue avec une modernité naissante, Kantorow construit un parcours cohérent, tendu vers l’élévation. Il éblouit par l’intensité de son engagement et bouleverse par la profondeur de sa vision. Entièrement jouée de mémoire, cette seconde partie, donnée d’un seul souffle, ne laissait respirer que les silences nécessaires à la musique. Un moment suspendu, accueilli par une chaleureuse standing ovation dans une Criée conquise.

Jean-Rémi BARLAND

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