Guerre en Iran, l’escalade… par Hagay Sobol

Alors qu’il n’y a toujours pas de remplaçant à l’Ayatollah Khamenei, l’Iran, frappée de toutes parts, choisit l’escalade en menaçant le détroit d’Ormuz et en élargissant le front jusqu’au Caucase.

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© Hagay Sobol

Depuis une semaine, les États-Unis et Israël s’emploient méthodiquement à détruire tous les actifs militaires de l’Iran, désormais sans Guide suprême, et les institutions du pouvoir. Ses rêves d’hégémonie partent en fumée et la population est prise en étau entre la répression sanglante du régime et les bombardements. Loin de décourager la théocratie chiite, on assiste à une fuite en avant. Ne pouvant rien opposer, face à la supériorité militaire israélo-américaine, la mollarchie tente de généraliser le conflit. Après avoir attaqué les pays du Golfe, entraîné le Liban dans la guerre via le Hezbollah, et fermé virtuellement le détroit d’Ormuz, c’est au tour de la Turquie et de l’Azerbaïdjan d’être la cible des missiles et des drones perses.

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Attaques tous azimuts !

Après ses précédentes attaques contre les intérêts de 15 pays, dont 4 membres de l’UE (Chypre, France, Grande-Bretagne, Italie), l’Iran veut encore étendre le conflit en jouant sur deux leviers : économique et géopolitique.

Pour perturber l’économie mondiale, la République islamique prend en otage le détroit d’Ormuz, où transitent 20% des hydrocarbures mondiaux. Et pour diminuer la production à la source, elle vise les installations pétrolières des monarchies du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite, (raffinerie de Ras Tanura), les Émirats arabes unis (Foujaïrah) ou le Qatar (Ras Laffan). Après ces attaques, l’Iran souffle le chaud et le froid.

La théocratie chiite tente d’ouvrir un front global via le Caucase, en ciblant la Turquie (probablement le radar de l’OTAN de Kurecik) et l’Azerbaïdjan (l’aéroport international de Nakhitchevan et une école à Shakarabad). Son objectif serait de mettre le feu aux poudres en instrumentalisant des jeux d’alliance complexes, où se transposent des rivalités historiques. Ainsi, l’Iran, la France et l’Inde (venant de signer un partenariat historique avec l’État hébreu) sont les principaux alliés de l’Arménie, alors que l’Azerbaïdjan est soutenu par la Turquie, le Pakistan, Israël et les USA. Pour l’heure, Téhéran plaide l’erreur à Ankara ou accuse Israël à Bakou, lesquels, après de vives condamnations, se réservent le droit de répondre.

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Le Hezbollah entraîne le Liban dans la guerre

Le groupe terroriste chiite, bras armé de l’Iran, n’a jamais rempli les provisions du cessez-le-feu de 2024. Ce qui a contraint les forces de défense israéliennes à suppléer aux carences du gouvernement du pays aux cèdres. Malgré son affaiblissement, le Hezbollah a lancé des vagues de drones et de roquettes sur les agglomérations israéliennes, vraisemblablement sous la pression de gardiens de la révolution (pasdarans) présents au Liban. En réponse, le Président a déclaré illégaux les éléments armés du Hezbollah, ainsi que les pasdarans. Dans le même temps, Tsahal a déclenché une riposte très vigoureuse pour en finir définitivement avec cette menace. Depuis, les bombardements ciblés se multiplient contre toutes les places fortes de la milice, jusqu’au fief de la Dahieh à Beyrouth. Jérusalem a émis un ordre d’évacuation générale de la zone pour éviter des pertes civiles. On a pu voir ainsi de longues files de voitures quitter la capitale libanaise. Au Sud, l’armée israélienne a agrandi la zone tampon qu’elle contrôle, comme point d’appuis pour de futurs opérations au sol. A la fin du conflit, Netanyahou compterait échanger cette zone contre un accord de paix en bonne et due forme. De son côté, Emmanuel Macron, au nom du lien historique, prône une désescalade. Il demande le retrait des forces israéliennes, un arrêt des bombardements et le désarmement du Hezbollah, mais sans disposer de solutions concrètes ou de mesures contraignantes.

L’Europe en ordre dispersée !

Si les européens sont d’accord sur le fond, empêcher l’Iran d’avoir l’arme nucléaire, ils divergent sur la méthode, et entretiennent des relations pour le moins contrastées avec Donald Trump. Ainsi, le Royaume-Uni, rompant avec la « relation spéciale », s’est d’abord opposé à son allié d’outre-Atlantique concernant l’utilisation de la base de Diego Garcia par les bombardiers américains. Ce n’est qu’après les « attaques indiscriminées » de l’Iran contre ses voisins et les actifs britanniques que Ker Starmer l’a finalement autorisé mais « dans un but défensif » et pour détruire les capacités balistiques de Téhéran. La France et l’Allemagne se disent également prêtes à des « actions défensives » pour protéger leurs ressortissants et leurs alliés. Si Paris, mobilise le Charles de Gaulle, Berlin protège le ciel européen grâce aux batteries Arrow 3 israéliennes. A l’opposé, le Premier ministre Pedro Sánchez s’est montré très critique, qualifiant l’offensive américano-israélienne de violation du droit international et exigeant un cessez-le-feu immédiat !

Le tournant du conflit ?

Un changement d’échelle marque l’évolution du conflit. Tout d’abord, la dictature cléricale se retrouve désormais sans protection. Les États-Unis ont démantelé les capacités navales iraniennes, affirmant avoir coulé 30 navires en 5 jours, dont la corvette IRIS Dena, atteinte par une torpille lancée depuis un sous-marin, au large des côtes du Sri Lanka. Ce qui donne au conflit une dimension non plus régionale mais globale. Les attaques combinées israélo-américaines ont également réduit à néant la flotte aérienne, ainsi que les stocks de missiles et les lanceurs. Israël estime que plus de 60% des capacités balistiques de l’ennemi ont été détruites. On le vérifie avec une diminution des tirs de missiles. Mais surtout, c’est l’ouverture d’un nouveau front intérieur, via une stratégie de soutien aux minorités, prônée par le président Trump qui pourrait faire basculer le régime. En particulier les groupes armés Kurdes traversant la frontière avec l’Irak. Washington cherche à transformer le mécontentement interne en une insurrection armée, alors que le soulèvement populaire oppose des civils désarmés face aux forces de répression du régime. Il s’agit d’un pari dangereux avec un risque de dislocation du pays en cas de soulèvement non contrôlé. Mais surtout, après avoir lâché à plusieurs reprises les kurdes, les peshmergas feront ils confiance aux américains ?

Ukraine, du statut de victime à celui de consultant !

L’implication de l’Ukraine dans ce conflit est l’un des retournements géopolitiques les plus ironiques de l’histoire. L’Ukraine, qui subit les attaques de drones iraniens Shahed depuis 2022, est passée du statut de victime à celui d’expert consultant pour les Occidentaux. Les USA, la France et le Royaume-Uni ont officiellement sollicité Volodymyr Zelensky afin d’obtenir un retour d’expérience sur l’interception des drones iraniens, allant du partage de données, l’optimisation des logiciels, jusqu’à la formation des personnels. Avec en retour une accélération des livraisons d’armes, liant la défaite de Téhéran à la sécurité future de l’Ukraine contre Moscou.

La Chine victime collatérale de la guerre en Iran ?

Malgré l’Accord Stratégique de 25 ans (Pacte de 2021), la Chine, hormis de vives condamnations, ne semble pas pressée d’intervenir, tout comme l’allié Russe. Beijing a pourtant beaucoup à perdre puisqu’elle est le principal client du brut iranien (80% du total). Le déploiement de la toute puissance américaine, disproportionnée face à un pays accusant de nombreux retards technologiques, s’explique mieux s’il s’agit d’un message adressé à l’Empire du milieu et à tous les Etats prédateurs. Une façon d’instaurer une nouvelle dissuasion pour éviter des conflits à grande échelle ? On peut l’espérer. La chute de la République islamique qui menace le monde depuis 1979 pourrait en être la première étape !

L’opération « Rising Lion » israélienne en chiffres :

  • 7 Octobre 2023 : pogrom du Hamas, proxy de Téhéran.
  • Iran : 90 millions d’habitants et 1,65 millions km².
  • Israël : 10 millions et 22 145 km².
  • Distance Israël – Iran : 1 738 km.
  • 60 secondes : élimination de Khameneï et 40 commandants.
  • 300 lanceurs de missiles détruits.
  • 550 ravitaillements en vol.
  • 113 vagues de frappes.
  • 5 millions de livres de carburant distribuées.
  • 100 000 réservistes mobilisés.
  • 20 000 israéliens rapatriés bloqués à l’étranger.
  • Coût : 9 milliards de NIS par semaine.
  • Des mises à jour régulières suivront.
    Hagay Sobol, Professeur de Médecine est également spécialiste du Moyen-Orient et des questions de terrorisme. A ce titre, il a été auditionné par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée Nationale sur les individus et les filières djihadistes. Ancien élu PS et secrétaire fédéral chargé des coopérations en Méditerranée. Il est Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg de Marseille, il milite pour le dialogue interculturel depuis de nombreuses années à travers le collectif « Tous Enfants d’Abraham».

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