Benoît Payan (DVG) et Franck Allisio (RN) au coude à coude (36,7% vs 35,02%). Martine Vassal (droite et centre) et Sébastien Delogu (LFI) loin derrière avec un score autour de 12%. Que révèlent ces chiffres, quels enseignements peut-on tirer de ce premier tour. Analyse avec Norbert Nourian, politologue et président d’Angerona.

Quels enseignements peut-on tirer de ce premier tour ?
On a eu le match annoncé depuis plusieurs mois. Le duel prévu dans les sondages entre Benoît Payan et Franck Allisio. Ce premier tour donne un panorama et la réalisation ou non des objectifs. Le RN assure une forte progression. Plus 15 points par rapport à 2020. Benoît Payan résiste bien. Martine Vassal accuse un échec patent. Sébastien Delogu, une ambition contrariée. Second point, on a une gradation entre les deux premiers et les suivants et des déceptions dans deux camps.
Vous parlez de Martine Vassal et de Sébastien Delogu ?
Oui. Du côté de La France Insoumise, les acteurs pensaient surfer sur les scores des législatives. Deux députés ont été élus dès le premier tour en 2024. Certains pensaient que le match était plié, que LFI allait rafler la mise dans les quartiers populaires. La campagne agressive, notamment en direction de l’adversaire de gauche obéissait à cette stratégie d’être devant le maire sortant. Mais malgré ou à cause de la stratégie agressive qui a consisté à mettre en tension des segments de la population qui sont proches des discours politiques clivants, l’attractivité n’a pas été au rendez-vous. Les quartiers populaires ne se sont pas massivement déplacés : 55% et 61% d’abstention dans les 13-14 et 15-16. Le 3e arrondissement, avec des indicateurs de pauvreté très forts, a placé Benoît Payan devant Sébastien Delogu. Résultat LFI est bien en deçà de ses espérances avec 11,9% des voix. Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon n’a pas mesuré la présence d’une gouvernance de la mairie centrale et de secteur sur les 2-3 au cours du mandat. Benoît Payan a bien identifié ces ilôts de pauvreté dès 2021 et il y a investi. Avec moins de 12% Sébastien Delogu ne pouvait plus imposer un rapport de force et tenter une alliance que Benoît refusait.
Il y avait aussi un match dans le match dans les 15-16 entre Samia Ghali (Printemps Marseillais) et Rabyata Boinaheri (LFI)
Effectivement, Sébastien Delogu misait beaucoup sur ce 8e secteur mais Samia Ghali a plié le match. Elle arrive en tête avec 37% des voix et LFI ne pointe qu’en troisième position (23,8%) derrière le RN (29%). Cela démontre l’implantation et la capacité de résistance de la maire-adjointe sortante et candidate du Printemps Marseillais.
Vous parlez d’échec patent pour Martine Vassal, c’est fort ?
Quand vous créez un vaste rassemblement autour de vous pour éviter la division de 2020 et que vous ne totalisez que 12,4% des voix c’est un échec flagrant pour le bloc central. Pour mémoire la droite et le centre réunis totalisaient 41% des voix en 2020. Elle a divisé le score par plus de trois. C’est énorme. Le mot fondateur était le rassemblement, il n’a pas eu l’effet escompté, c’est même le contraire. On assiste depuis trois mandats à la dilapidation du capital électoral de Jean-Claude Gaudin. Les 6-8, fief de l’ancien maire, a été perdu en 2020 et la candidate de la droite et du centre n’est arrivée qu’en troisième position avec 17,6% des voix en 2026.
Qui a le mieux capitalisé sur son nom lors de ce premier tour ?
Nous l’avons mesuré avec un indice : l’écart de voix entre la mairie centrale et les mairies de secteurs. Benoît Payan superforme. Il obtient près de 104 000 voix en mairie centrale contre 94 000 pour l’ensemble des mairies de secteur avec les têtes de liste du Printemps marseillais. Soit un delta de + 10,5% sur son nom. Franck Allisio arrive derrière avec un delta de + 4,5% (99 000 vs 95 000 voix).
A l’inverse Martine Vassal sous-performe avec un delta de – 20,7%. Elle obtient 9 169 voix de moins que l’ensemble des mairies de secteurs qui ont voté pour la droite et le centre (44 300 vs 35 131). Cela démontre que certains candidat(es) ont plus fédéré et performé que d’autres ou que, dans le cas de Martine Vassal, les électeurs ont préféré le vote utile pour la mairie centrale dès le premier tour et ont glissé un bulletin pour l’un des deux candidats aptes à emporter l’élection.
Vous dites que les listes de secteurs rassemblent plus de voix pour la droite et le centre que Martine Vassal pour la mairie centrale mais tous les maires sortant(es) étiquetés de la droite et du centre n’arrivent qu’en 3e position dans les 13-14, 11-12, et 9-10 (dans ce dernier, la maire sortante ne se représentait pas). C’est surprenant ?
Oui et non. Les 9-10 et 11-12, ce sont des secteurs qui ont été détenus très longtemps par la droite de la droite, une droite assumée avec Guy Tessier et Valérie Boyer. Visiblement leurs électeurs ne leur ont pas trouvé de successeurs et sont partis au Rassemblement national qui fait la course en tête dans ces deux secteurs. Dans les 13-14, la greffe de Marion Bareille n’a pas pris. Elle fait même moins que Martine Vassal sur la ville.
Difficile des faire des projections pour dimanche prochain mais peut-on tenter un éclairage.
Tout reposera sur la capacité d’entraînement des trois candidats en lice entre les deux tours et de la participation. Près d’un électeur sur deux n’est pas allé voter dimanche dernier.
Le Rassemblement national fera encore un gros score. Marseille n’est pas une île, la progression dans les intentions de vote au plan national pour Marine Le Pen et Jordan Bardella se répercute ici. Franck Allisio a fait une campagne assez lisse pour attirer le plus de gens de droite possible.
A gauche Benoît Payan a apporté une réponse au procès en légitimité que certains lui ont fait (il avait succédé à Michèle Rubirola, six mois après l’élection de la tête de liste du Printemps marseillais, NDLR). En arrivant en tête et en ne changeant pas de position sur le refus d’une fusion avec LFI, il s’est construit un leadership. Son socialisme municipal avec des petits-déjeuners gratuits à l’école pour ceux qui en ont besoin, les 15 000 déjeuners gratuits promis à la rentrée et l’instauration d’une mutuelle municipale pour le logement et la santé sont susceptibles de ramener une partie des électeurs de Sébastien Delogu devenus orphelins après son retrait.
Reste Martine Vassal. Elle a décidé de ne pas se désister « pour maintenir un courant de pensée unique » au sein du conseil municipal et à la Métropole. Sera-t-elle entendu et gardera-t-elle son électorat (12%) ou va-t-il se répartir entre abstentionnistes, extrême droite et gauche dans une sorte de vote utile sachant qu’elle ne peut pas emporter la mairie. Seules les urnes pourront le dire dimanche soir.
Propos recueillis par Joël BARCY



