Publié le 15 avril 2026 à 20h59 - Dernière mise à jour le 15 avril 2026 à 21h08
Entre espoir et crainte, Israéliens et Libanais ont bravé l’Iran et le Hezbollah en se parlant directement afin de tracer les contours d’une paix souhaitée mais toujours difficile à mettre en œuvre.

Une rencontre historique entre représentants libanais et israéliens a eu lieu sous les auspices des USA. Elle acte l’effondrement de l’influence iranienne au Levant, victime collatérale de l’opération « Epic Fury ». Dans le même temps, l’Union Européenne (UE) intimait aux parties de tout mettre en œuvre pour une cessation rapide des hostilités, en liant le dossier libanais au cessez-le-feu avec l’Iran. Ce qui revient à accepter la mise en coupe réglée du pays du cèdre par les mollahs perses, et non comme un État indépendant, libre de choisir son avenir. C’est ce décalage qui a conduit à l’exclusion de l’UE de la démarche, malgré les liens historiques entre Paris et Beyrouth.
Une photo qui en dit plus que mille mots
Une prise de vue en apparence anodine cache un événement historique. Au centre, Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, incarne la nouvelle architecture de sécurité régionale. À sa droite, la délégation israélienne, conduite par l’ancien ministre des Affaires stratégiques Ron Dermer, porte les exigences de sécurité de Jérusalem. À sa gauche, une représentation libanaise, coalition de forces souverainistes emmenée par Samy Gemayel, agit en coordination étroite avec le commandement de l’Armée Libanaise (LAF) resté à Beyrouth, défiant ouvertement les diktats de la Théocratie chiite.
Qui aurait pu prédire une telle rencontre après trois guerres et face aux menaces de la République islamique ? C’est la première conséquence positive du conflit en cours. La combinaison de la puissance militaire, de la diplomatie et du courage a été le moteur de ce rapprochement. L’attaque du Hezbollah a conduit à l’opposé de ses objectifs : Beyrouth s’émancipe de sa tutelle perse, la milice perd son emprise et « l’Entité sioniste » démontre qu’elle est un acteur incontournable de la paix, seule capable de désarmer l’autoproclamé « axe de la résistance », là où la FINUL et la diplomatie ont échoué. Le futur se construit désormais à Washington et non plus à Téhéran.
« Une représentation libanaise… défiant ouvertement les diktats de la Théocratie chiite »
Une dynamique encore fragile, forte de l’Armée Libanaise
Un accord de paix avait été conclu en 1983 entre Beyrouth et Jérusalem, à la suite de l’opération « Paix en Galilée », visant à lutter contre les terroristes palestiniens. L’assassinat du président Bachir Gemayel par les Syriens en a empêché l’application. Depuis cette occasion manquée, le Liban n’a cessé d’être l’otage de pays étrangers et de se voir imposer des conflits qui ne le concernait pas. Aujourd’hui, il est possible de reprendre le chemin de la paix car les principaux concernés ont accepté de se parler directement après plus de quarante ans de silence. Mais cela ne pourra se concrétiser réellement qu’après le désarmement des milices et une marginalisation durable de la République islamique.
Le véritable changement de paradigme vient de Yarzé, le quartier général de l’armée libanaise. Le général Joseph Aoun a déclaré que la LAF est prête à devenir « l’unique détentrice de la force légitime », notamment au sud du Litani, à condition de recevoir un soutien international massif. Le deal de Washington est clair : moderniser l’armée libanaise pour qu’elle remplace définitivement le Hezbollah.
« LAF (armée libanaise) est prête à devenir l’unique détentrice de la force légitime »
La France disqualifiée ?
Le président Macron a été sur tous les fronts depuis son premier quinquennat. Comment expliquer son absence dans le processus en cours ? On peut avancer plusieurs raisons à cela :
Le logiciel obsolète du Quai d’Orsay : Paris s’appuie sur une approche historique datée, alors que ses piliers au Levant sont devenus des États faillis.
L’échec du « en-même temps » : Vouloir l’indépendance du Liban tout en ménageant le Hezbollah « politique », une distinction qui a volé en éclats sous le feu des missiles en 2026.
Le manque de neutralité : Des actions diplomatiques perçues comme pro-iranniennes face à Israël devenu une superpuissance régionale incontournable.
« Le Hezbollah “politique” une distinction qui a volé en éclats sous le feu des missiles en 2026
L’Europe à rebours de l’histoire ?
La France et l’Europe se trouvent marginalisées. Ne sachant pas choisir entre l’apaisement avec l’Iran pour des intérêts à court terme et l’indépendance du Liban, l’UE multiplie les déclarations sans proposer de solution crédible. Elle commente l’actualité, au lieu d’y participer.
Répéter que « ce n’est pas notre guerre » ne change pas la réalité. Nous avons trop longtemps délégué à d’autres notre sécurité. Si nous voulons défendre nos valeurs, il faut nous en donner les moyens et non pas céder aux États prédateurs qui achètent notre dette ou nous imposent leurs diktats, qu’ils soient militaires ou énergétiques. Pour cela, nous devons nous renforcer et repenser nos alliances.
« Ne pas céder aux États prédateurs qui achètent notre dette ou nous imposent leurs diktats »
« L’axe de l’espoir » doit remplacer celui de la « résistance » !
La route de Beyrouth ne passe plus par Téhéran, mais par une réconciliation pragmatique avec son voisin méridional, à Jérusalem. Si cette dynamique survit aux tentatives de déstabilisation des derniers fidèles du régime iranien, le Proche-Orient pourrait enfin voir émerger un bloc de stabilité allant de la Méditerranée au Golfe, laissant l’Europe des déclarations à ses regrets si elle ne se réinvente pas !
« La route de Beyrouth ne passe plus par Téhéran, mais par une réconciliation pragmatique avec Jérusalem »
Hagay Sobol, Professeur de Médecine est également spécialiste du Moyen-Orient et des questions de terrorisme. A ce titre, il a été auditionné par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée Nationale sur les individus et les filières djihadistes. Ancien élu PS et secrétaire fédéral chargé des coopérations en Méditerranée. Il est Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg de Marseille, il milite pour le dialogue interculturel depuis de nombreuses années à travers le collectif « Tous Enfants d’Abraham».



