Aix-en-Provence – Kosta Alex fait la tête chez les Pénitents blancs

Publié le 23 avril 2026 à 11h45 - Dernière mise à jour le 23 avril 2026 à 11h45

Les œuvres de la collection de la Fondation Jean et Suzanne Planque ont quitté Aix-en-Provence pour retrouver les rives du lac Léman à Vevey. Pour clore quinze années de collaboration entre la Fondation et le musée Granet c’est une remarquable rétrospective Kosta Alex qui est proposée pendant quatre mois à la Chapelle des Pénitents Blancs.

Destimed PHOTO 1
« Autoportrait avec Pauline » (1958) Kosta Alex pose avec la sculpture de Pauline Canessa, qui deviendra sa première épouse en 1962. © D.R.

Artiste singulier, Kosta Alex, de son vrai nom Kosta Alexopoulos, doit sa notoriété à la qualité et à l’originalité de sa production artistique. Il la doit aussi en partie au collectionneur suisse Jean Planque, qu’il rencontre en 1959 alors qu’il est chargé de transformer son appartement parisien.

Rencontre étonnante, en fait, car Alex était aussi artisan, ce qui fit écrire un jour à Jean Planque : « Je respecte et admire cet artiste tour à tour si naturellement ouvrier et sculpteur, ouvrier pour subsister, sculpteur pour le plaisir et pour la joie. » Une relation amicale naissait alors entre les deux hommes et fort naturellement le collectionneur faisait entrer l’univers artistique de Kosta Alex dans sa vie. Les acquisitions effectuées de son vivant par Planque étant complétées en 2000 par une donation de 10 œuvres par Alex lui-même puis, en 2009, par une donation de 30 œuvres à la Fondation Jean & Suzanne Planque par Agneta Siry, dernière épouse de l’artiste.

« Il fait des têtes sans perdre la sienne »

A plasticien singulier, œuvre singulière. La soixantaine de sculptures, assemblages de bois, cartons-reliefs, collages, dessins, rassemblés à la chapelle des Pénitents blancs « Granet XXe » témoignent de l’ingéniosité et d’un irrésistible sens du comique de la part d’un artiste inclassable. Et si cette rétrospective témoignant de 50 années de création est sous-titrée « Coup de Chapeau », c’est encore un clin d’œil à la créativité de Kosta Alex. Car l’univers du plasticien est peuplé de têtes : des plates, des rondes, en terre cuite, en bois, en bronze, et lorsqu’on lui demande « que faites vous ? » il répond : « Je fais des têtes. » Man Ray disait de lui : « Alex fait des têtes sans perdre la sienne… » Puis en 1951 Kosta décide de chapeauter ses têtes pour compenser, dit-il, le fait que le cerveau y prend de moins en moins de place… Mieux, même, en 1964 il propose aux visiteurs d’emprunter quelques marches et d’entrer dans la sculpture monumentale de bois assemblés « Homme au chapeau n°56 » pour voir le monde à travers les yeux de ce dernier. Ce que l’on peut faire en parcourant l’exposition aixoise.

Un accrochage qui offre aussi les autres facettes du travail de Kosta Alex avec, notamment des œuvre en relief réalisées avec du carton alvéolé comme cette « Femme du sud de la France », collage sur une carte Michelin, dont la bouche semble donner un baiser à Aix-en-Provence… C’est une déambulation onirique, emplie d’humour et d’intelligence qui est proposée tout l’été a la chapelle des Pénitents Blancs, une déambulation fascinante pour petits et grands…

Michel EGEA

Pratique. « Kosta Alex, coup de chapeau » jusqu’au 6 septembre, « Granet XXe » chapelle des Pénitents blancs, place Jean Boyer, Aix-en-Provence. Du mardi au dimanche de 12 à 18 heures jusqu’au 3 juillet, puis de 10 à 18 heures du 4 juillet jusqu’au 6 septembre. Fermeture le lundi et le 1er mai. Entrée : 4 € et 2 €. Renseignements : tél. 04 42 52 88 32 – museegranet

Trois question à Maïlis Favre, conservatrice de la collection Planque

Destimed PHOTO 2
Maïlis Favre, conservatrice de la collection de la Fondation Planque devant « Homme au chapeau n°56 » exposé a la Chapelle des Pénitents Blancs. © M.E.
Avant de retrouver en Suisse la totalité des œuvres de la collection Planque, Maïlis Favre était à Aix-en-Provence pour présenter cette exposition « Kosta Alex, coup de chapeau » au cœur de l’espace qui a accueilli pendant quinze ans les pièces maîtresses de cette collection.
Comment est née l’idée de cette exposition ?
Nous possédons beaucoup d’œuvres de Kosta Alex jusqu’alors jamais montrées dans nos réserves, et nous avions cette envie de les présenter depuis longtemps. Le moment du départ de la collection Planque s’est imposé comme idéal pour marquer le coup et ne pas terminer cette aventure dans la tristesse et la nostalgie mais de façon joyeuse. Kosta Alex est un artiste léger, drôle et magnifique il nous a semblé que c’était la meilleure idée pour mettre un point final à cette collaboration de quinze années entre la Fondation Jean & Suzanne Planque et le Musée Granet. Et comme l’artiste a réalisé nombre de chapeaux dans sa carrière, le titre « Kosta Alex, coup de chapeau » s’est imposé pour cette exposition.
En quelques mots comment définiriez-vous Kosta Alex ?
C’est un artiste à part qui ne ressemble à aucun autre, qui a travaillé énormément sans jamais accorder d’importance aux regards portés sur son œuvre, qui n’a jamais cherché ni à exposer, ni à vendre et qui est passé relativement inaperçu malgré le fait qu’il ait été accueilli par de grandes galeries dans le monde entier. Discret, il ne s’attachait pas à une carrière prestigieuse. Il voulait produire avec beaucoup d’humour. Sa rencontre avec Jean Planque a été très importante. Planque se définissait lui même comme « un peintre raté » mais il avait le talent et l’œil pour débusquer les vrais artistes et lorsqu’il découvre l’atelier de Kosta Alex qui, jusqu’alors pour lui, n’était qu’un artisan, il est subjugué. Mais sa vie durant, Alex n’a pas vraiment vécu de son art. Ce qui lui importait c’était de pouvoir subsister en exerçant sa profession d’artisan et de créer lorsqu’il en avait envie.
Aujourd’hui la collection Planque a-t-elle rejoint les rives de lac Léman et que devient-elle ?
Elle vient de rejoindre la Suisse et va être exposée à partir du mois de novembre au Musée Jenisch à Vevey où elle est déposée pour cinq années. C’est un musée que Planque aimait particulièrement ; il a grandit dans la campagne vaudoise pas très loin de ce musée. Il aimait beaucoup ce musée parce que c’est un lieu qui est petit, modeste et qui, en même temps est aujourd’hui un endroit très dynamique, qui organise des expositions remarquables et avec qui on a déjà des liens puisque 400 gravures de la collection Planque y sont déposées depuis 2001.
L’exposition qui sera visible entre novembre 2026 et avril 2027 permettra de découvrir ces gravures aux côtés de œuvres qui étaient présentées à Aix-en-Provence. Ce retour permet aussi la réunion totale de la collection en un seul endroit et une aile du musée Jenisch sera désormais attribuée à la Fondation. L’espace sera moindre que celui dont nous bénéficions à Aix-en-Provence mais, pour la conservatrice que je suis, c’est un mal pour un bien car cela va nous forcer à  faire bouger les choses, à renouveler régulièrement les accrochages, en mettant l’accent sur un courant, un artiste…
Propos recueillis par M.E

Articles similaires