Logement. Depuis Marseille, Lecornu enclenche sa stratégie entre loi et rénovation

Publié le 23 avril 2026 à 22h58 - Dernière mise à jour le 23 avril 2026 à 22h59

En déplacement à Marseille avec le ministre du Logement Vincent Jeanbrun, le Premier ministre Sébastien Lecornu a replacé le logement au rang des priorités politiques du gouvernement. Devant les élus et les professionnels du secteur, il a confirmé la préparation d’un projet de loi dédié, présenté comme un texte de simplification et de décentralisation, dont la première lecture au Parlement est annoncée d’ici à l’été. Au cœur de cette future loi : la relance de la construction, l’assouplissement des règles de mise en location des logements les plus mal classés sur le plan énergétique, et le lancement d’un troisième programme national de rénovation urbaine.

Destimed Lecornu et Jeanbrun
À gauche : le Premier ministre Sébastien Lecornu. À droite : le ministre du Logement Vincent Jeanbrun, lors de la présentation des mesures en faveur du logement à Marseille © Joël Barcy

À Marseille, Sébastien Lecornu a voulu donner au logement une portée nationale. Le sujet, a-t-il insisté, ne relève pas seulement du quotidien des Français mais aussi de l’économie, de l’aménagement du territoire, du pouvoir d’achat et même du défi démographique. « Il n’y a pas plus politique que le logement », a-t-il martelé, en assumant la volonté du gouvernement de remettre ce dossier au centre du jeu à un moment où, selon lui, il a été trop peu traité.

Le Premier ministre a confirmé l’objectif déjà fixé en début d’année : atteindre 2 millions de logements construits d’ici à 2030. Une ambition qui suppose, selon lui, de produire 100 000 logements de plus par an qu’aujourd’hui, sans rupture entre l’octroi des permis, le montage financier des opérations et leur livraison. Lecornu a aussi insisté sur la nécessité de relancer non seulement le neuf, mais aussi l’ancien et la rénovation, ce que le futur texte doit précisément traduire.

Décentralisation et simplification au cœur du futur texte

Le premier volet de cette future loi portera sur la décentralisation. Le chef du gouvernement a écarté l’idée d’un grand texte unique à l’ancienne, type lois Defferre ou Raffarin, au profit de lois thématiques. Pour le logement, il s’agira notamment de renforcer les outils des maires sur la politique de peuplement et l’attribution des logements sociaux, mais aussi de clarifier la question des aides à la pierre, sujet ancien de friction entre l’État et les élus locaux.

Deuxième axe mis en avant : la simplification. Sébastien Lecornu a annoncé la création d’« opérations d’intérêt local », censées permettre d’accélérer fortement certains projets. Le principe est de donner aux maires et aux préfets la possibilité de déclencher, sur une zone donnée, une procédure d’urgence sans remettre en cause les protections environnementales ou patrimoniales. Le but affiché est d’aller beaucoup plus vite dans l’instruction des dossiers, avec des délais ramenés, selon lui, de six ans à deux ans dans certains cas.

Sur les passoires thermiques, le gouvernement assume un infléchissement. Sébastien Lecornu a confirmé que le projet de loi doit permettre de remettre sur le marché des logements classés F ou G, à condition que les travaux soient réalisés après la mise en location et non plus avant. « On va inverser la charge », a-t-il expliqué, en défendant un changement de méthode plutôt qu’un recul sur l’ambition écologique. L’exécutif veut éviter qu’une partie du parc ne sorte du marché locatif dans un contexte déjà tendu.

Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun est venu détailler cette ligne. Il a confirmé qu’un projet de loi « ambitieux » serait présenté dans les prochaines semaines, articulé autour de trois piliers : construire plus, mieux et plus vite ; rénover pour mieux louer ; et décentraliser davantage. Il a insisté sur le fait que derrière la crise du logement, il y a d’abord une souffrance concrète pour des Français qui peinent à se loger ou à vivre dans un logement décent.

Un ANRU 3 pour élargir la rénovation urbaine

Vincent Jeanbrun a surtout donné corps à l’annonce politique majeure de la journée : le lancement d’un ANRU 3, qui figurera dès l’article 1er du futur texte. Après deux générations de rénovation urbaine largement centrées sur les grands ensembles, ce troisième programme se veut plus large. Il concernera les quartiers prioritaires de la politique de la ville, mais aussi les villes moyennes et les Outre-mer. Sébastien Lecornu a évoqué une première estimation d’environ 150 quartiers susceptibles d’être concernés entre 2030 et 2040, avec un tour de table des financeurs attendu d’ici à l’automne.

Le Premier ministre a défendu un ANRU plus vaste dans sa philosophie, prenant en compte non seulement le logement et les équipements, mais aussi les maux contemporains qui traversent les quartiers : narcotrafic, réchauffement climatique, dépendance énergétique, accès aux soins. À Marseille, il a lié très directement l’urbanisme, l’organisation des commerces ou la configuration des halls et cages d’escalier à la capacité des trafiquants à s’implanter, et donc à la manière de reprendre la main dans certains secteurs.

Vincent Jeanbrun a, lui, parlé d’un « ANRU 360 », destiné à transformer non seulement les bâtiments mais la vie des habitants. Il a rappelé le rôle attendu des financeurs historiques, Action Logement, les bailleurs sociaux et la Caisse des dépôts, tandis que Sébastien Lecornu a laissé entendre que des financements européens pourraient aussi être recherchés.

Le texte doit aussi comporter un volet fiscal sur l’ancien. Le ministre du Logement a précisé que le dispositif d’investissement locatif serait amélioré pour les biens anciens, avec un seuil de travaux abaissé à 20 % pour un achat destiné à la location, sous condition d’amélioration de la performance énergétique. La maison individuelle ancienne serait également incluse dans ce mécanisme.

Lors des questions de la presse, Vincent Jeanbrun a défendu le choix de réautoriser, sous conditions, la location de logements énergivores. Selon lui, sortir brutalement du marché entre 650 000 et 700 000 logements aggraverait la crise. Il a justifié cette inflexion par un souci de pragmatisme, afin de ne pas pénaliser les petits propriétaires et de ne pas mettre davantage de ménages en difficulté.

Interrogé sur la capacité du gouvernement à faire adopter ce projet de loi dans un contexte parlementaire instable, Sébastien Lecornu a répondu qu’il n’existait pas aujourd’hui de majorité plus solide qu’hier, sans pour autant considérer le Parlement comme bloqué. Il a défendu une logique de « gestion de crise politique permanente », tout en assurant que l’exécutif continuerait d’agir.

À une question sur la crise budgétaire de la Métropole Aix-Marseille-Provence, qui menace de ne pas voter son budget, le Premier ministre a reconnu la difficulté particulière des intercommunalités dans le cadre budgétaire actuel. Il a renvoyé une part de responsabilité aux choix opérés au Sénat, tout en assurant que l’État n’abandonnerait pas la métropole. Sans promettre de « chèques », il a dit vouloir de la mobilisation, de la transparence sur la situation financière réelle de la collectivité, et une méthode différente pour les intercommunalités dans le prochain budget.

Au total, depuis Marseille, le gouvernement a voulu donner un signal politique fort : après les arbitrages budgétaires et les débats sur la réduction des dépenses publiques, le logement redevient un dossier central. Reste désormais à savoir si ce volontarisme affiché se traduira rapidement dans les faits. Et surtout s’il trouvera une majorité pour s’imposer dans un paysage politique toujours incertain.

Patricia CAIRE 

Au-delà du logement, les autres dossiers sur la table

Interrogé sur la hausse des prix des carburants et la demande de suspension des certificats d’économie d’énergie (C2E), Sébastien Lecornu a renvoyé les distributeurs à leurs marges. « Quand ça augmente sur les marchés, ça augmente vite à la pompe ; quand ça baisse, ça doit baisser aussi vite », a-t-il insisté, refusant de remettre en cause un dispositif qui finance notamment la rénovation énergétique. Supprimer les C2E reviendrait, selon lui, à « arrêter les aides pour les Français et fragiliser des milliers d’entreprises du bâtiment ».

Sur le terrain politique, le Premier ministre a reconnu une situation parlementaire fragile, sans majorité claire, tout en affirmant que « le Parlement n’est pas bloqué » et que le gouvernement continuerait d’avancer texte par texte.

Enfin, questionné sur la mort de deux militaires français au Liban, il a évoqué une mission de l’ONU « difficile mais utile », n’excluant pas que l’attaque puisse relever d’un crime de guerre, tout en appelant à une enquête rapide.

P.C

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