JO d’hiver 2030 : la Solideo entre dans le dur, le hockey première mise à l’épreuve

Publié le 4 mai 2026 à 7h30 - Dernière mise à jour le 3 mai 2026 à 20h38

Un an après sa création, la Solideo Alpes 2030 affirme avoir posé les bases opérationnelles des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver. Financements, gouvernance, marchés publics, ouvrages : le projet entre désormais dans sa phase de réalisation. Mais le dossier du hockey sur glace, fragilisé à Nice, s’impose déjà comme l’un des premiers tests politiques et logistiques.

Destimed JOP 2030
De gauche à droite Damien Robert, directeur général de la Solidéo alpes 2030 – Fabrice Pannekoucke, président de la Solidéo alpes 2030 et président de la région Auvergne-Rhône-Alpes ,Renaud Muselier, vice-président de la Solidéo Alpes 2030 et président de la région Sud – Pierre-Antoine Molina, délégué interministériel au JOP © Patricia Caire

Douze mois après son lancement officiel, la Société de livraison des ouvrages olympiques Alpes (Solideo) 2030 a réuni la presse au sein de l’Hôtel de Région, à Marseille, pour dresser un premier bilan et ouvrir la séquence des chantiers à venir. Autour de la table : Renaud Muselier, président de la Région Sud et vice-président de la Solideo, Fabrice Pannekoucke, président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et nouveau président de la structure, Damien Robert, directeur général de la Solideo Alpes 2030, et Pierre-Antoine Molina, délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques.

Une Solideo désormais opérationnelle

Pour les organisateurs, le temps de la candidature est passé. Place désormais à l’exécution. « Nous ne sommes pas dans la préparation, nous sommes dans l’exécution », insiste Renaud Muselier, rappelant que la Solideo a été créée pour « financer, piloter et livrer dans les délais et dans les coûts l’ensemble des ouvrages nécessaires aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 ». La structure est désormais opérationnelle. « Les financements sont sécurisés, les projets sont identifiés, les procédures sont lancées », détaille Renaud Muselier, qui revendique une première année d’objectifs atteints. Il évoque 880 M€ de concours publics pour 1,4 milliard d’euros d’investissements programmés, 60 marchés publics déjà lancés et 40 opérations identifiées. Ces ouvrages concernent les villages olympiques, les équipements sportifs, les infrastructures de mobilité et les aménagements de proximité. « Le programme est engagé et la trajectoire est maîtrisée », affirme encore Renaud Muselier, avant de transmettre la présidence de la Solideo à Fabrice Pannekoucke, comme prévu dans l’accord entre les deux régions.

Quarante ouvrages à livrer pour 2030

Pour Fabrice Pannekoucke, les Jeux doivent être lus au-delà de l’événement sportif. « Ce sont les Jeux des territoires et les Jeux des sports », souligne-t-il. Il insiste sur la dimension d’héritage et de transition pour les territoires de montagne : « Le projet des Jeux de 2030 va nous permettre de relever les défis qui sont devant nous. » Le nouveau président de la Solideo veut aussi montrer que la machine avance. « Il y a un an, tout ce qu’on se dit ici n’existait pas », rappelle-t-il. Selon lui, les décisions déjà prises, les études engagées et les marchés lancés constituent autant d’étapes concrètes. « On voit précisément ce qu’est la livraison », insiste-t-il. Il met également en exergue deux engagements structurants : l’insertion et l’accès des entreprises locales aux marchés. La charte sociale, économique et environnementale prévoit notamment 10 % d’heures travaillées réservées à des personnes éloignées de l’emploi et de la formation, ainsi qu’un tiers des montants des marchés dédiés aux TPE, PME et structures de l’économie sociale et solidaire. « C’est majeur, estime Fabrice Pannekoucke. Nous allons en réalité plus loin, puisque l’ambition passe de 25 à 33 %. »

Le temps court, les procédures aussi

Damien Robert, directeur général de la Solideo, résume la première année comme le passage « d’une candidature à un projet ». « Il fallait une équipe. Elle est là, pleinement opérationnelle. Il fallait une feuille de route. On l’a stabilisée. Il fallait des financements. On les a validés », décrit-il. Mais derrière tous ces chantiers, une contrainte s’impose déjà comme centrale : « On sait qu’on a peu de temps », dit-il, soulignant que l’année 2026 sera celle des concertations, des autorisations administratives et de la mobilisation des entreprises. Et d’insister: « La Solideo ne déroge à aucun droit et à aucun règlement.»

Pierre-Antoine Molina insiste sur cette pression du calendrier. « C’est dans le domaine des travaux et de la réalisation des équipements que la contrainte des délais se fait sentir avec le plus de prégnance », rappelle-t-il, tout en saluant « la rapidité avec laquelle la Solideo a constitué des équipes compétentes ».

« On sait qu’on a peu de temps », reconnaît Damien Robert. Et Pierre-Antoine Molina enfonce le clou : « La Solideo Alpes 2030 dispose de moins de cinq ans là où Paris 2024 en avait plus de sept. Ce décalage n’est pas anodin. Il change la nature même du projet. Moins de marge pour corriger, moins de temps pour absorber les crises, moins de capacité à improviser. Chaque décision devient structurelle. Et surtout, chaque retard potentiel peut rapidement devenir systémique.»

Nice, premier point de tension

Le dossier du hockey sur glace s’impose comme le principal point de tension. Depuis le refus du nouveau maire de Nice, Éric Ciotti, d’accueillir les épreuves à l’Allianz Riviera, le dossier est devenu l’un des premiers points de tension du projet. Concernant le pôle de Nice, Renaud Muselier le reconnaît  : « J’ai eu peur qu’on le perde.» Il assure toutefois qu’une partie du programme niçois est sécurisée. « Le village olympique, c’est bon », indique-t-il, tout en reconnaissant que « des risques et des aléas » demeurent. Le sujet est d’autant plus stratégique que le hockey représente une part importante des recettes liées à la glace.
« On voit bien la difficulté », admet-il, évoquant la nécessité de trouver rapidement une solution conforme aux exigences du CIO.

Le hockey cherche toujours sa glace

Des villes comme Marseille, Gap, Grenoble ou Albertville pourraient être consultées. Mais Fabrice Pannekoucke pose une limite politique : « C’est une candidature des Alpes françaises. » Et d’ajouter, à propos de l’hypothèse parisienne : « Est-ce que Paris est dans les Alpes françaises ? Moi, je ne suis pas un pro de géographie, mais je n’ai pas tout à fait l’impression.» Au-delà de la boutade, le sujet est stratégique. Pour Fabrice Pannekoucke, il ne s’agit pas seulement d’une jauge ou d’un équipement disponible. « Plus on s’éloigne de notre territoire, plus on prend le risque de perdre l’unité des Jeux », insiste-t-il, en évoquant aussi « l’expérience des athlètes ». Pierre-Antoine Molina rappelle un calendrier extrêmement serré : décisions du COJOP, avis des fédérations internationales, puis validation du CIO dès la fin juin.
« L’équilibre budgétaire est une exigence, mais ce n’est pas le seul critère », précise-t-il.

L’héritage en ligne de mire

Damien Robert se veut rassurant sur les conséquences d’un éventuel départ du hockey masculin de Nice.
« Cela n’impacte en aucune manière le complexe hockey-sport olympique », explique-t-il. Quant au village olympique, l’impact serait « marginal » dans sa phase temporaire et nul sur l’héritage. « On fera moins de logements en configuration olympique, ce qui réduira les coûts de réversibilité. »

Une première épreuve avant les Jeux

Au fond, cette conférence de presse a montré deux réalités. D’un côté, une Solideo structurée, prête à entrer dans le dur. De l’autre, un projet qui, dès sa phase de réalisation, se confronte à ses premières tensions concrètes. Les Jeux d’hiver 2030 avancent. Mais le dossier du hockey rappelle déjà une règle simple : dans une organisation olympique, un seul équipement peut devenir un enjeu politique, financier et territorial majeur. Et dans un calendrier aussi contraint, la moindre décision engage la suite.

Patricia CAIRE

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