Théâtre. « Thélonius et Lola » de Serge Kribus : une fable lumineuse portée par Agnès Régolo

Publié le 10 mai 2026 à 11h54 - Dernière mise à jour le 10 mai 2026 à 12h11

Donnée au Théâtre du Jeu de Paume d’Aix-en-Provence, qui en est coproducteur, puis le 13 mai à Briançon avant le Festival Off d’Avignon cet été, « Thélonius et Lola » de Serge Kribus est une fable drôle et poétique, magnifiquement portée par la mise en scène d’Agnès Régolo.

Destimed Thelonius et Lola Photo Raphael Arnaud
Thélonius et Lola (Photo Raphaël Arnaud)

C’est l’histoire d’une petite fille qui rencontre un chien sans collier, qui chante, philosophe, parle chien, chat et français. Mais une nouvelle loi vient d’être votée : les chiens sans collier doivent être expulsés… Tel est le point de départ de « Thélonius et Lola », une fable tendre et lumineuse qui aborde, sans jamais céder au didactisme, les questions de la différence, de l’exclusion et du racisme. À une société qui décide de bannir un groupe entier, Serge Kribus répond par la curiosité, l’intelligence, l’empathie et la résistance. Nous voilà plongés dans l’univers de ces récits enfantins capables de faire dialoguer humains et animaux comme s’ils étaient issus d’un même monde.

Avec son énergie habituelle, son sens de la dramaturgie et son goût des croisements artistiques, Agnès Régolo signe une mise en scène solaire qui éclaire un texte qui l’est tout autant. « À la découverte du monde, Lola observe tout vivant comme son égal. Personnage au charme vivifiant et à la détermination contagieuse, elle nous donne de l’air », explique la metteuse en scène avant d’ajouter : « La musique ne connaît pas de frontières. Ce qui réunit instantanément Thélonius et Lola, c’est elle. »

Un road-movie poétique et musical

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Thélonius et Lola (Photo Raphaël Arnaud)

La musique, composée par le violoncelliste Guillaume Saurel, accompagne cette aventure de bout en bout. Chant, danse et pulsation deviennent le ciment de cette amitié improbable. Autour du duo, un travail sonore particulièrement précis donne vie aux différents espaces traversés au fil du récit. Car « Thélonius et Lola » prend aussi la forme d’un road-movie poétique : d’une cave squattée à une gare, d’une station-service à la remorque d’un camion, jusqu’à une plage d’Ostende, le spectacle suit le voyage chaotique d’un être cherchant sa place dans une ville qui lui devient hostile. Cette errance a inspiré la scénographie imaginée par Agnès Régolo, construite autour de caisses de transport marchand qui deviennent tour à tour paysages, obstacles ou horizons. « L’esprit du texte nous invite à renouveler sans cesse l’espace, facétieusement », souligne-t-elle.

Jouer animal

Le spectacle repose aussi sur une forte dimension physique et burlesque. « Thélonius & Lola est l’histoire d’un duo complémentaire », explique encore la metteuse en scène. « Une rencontre qui se joue autant dans les corps que dans les paroles. » Omniprésentes dans les arts, les figures animales nourrissent ici pleinement l’imaginaire théâtral. Chien bavard, Thélonius apparaît comme une créature stylisée, plus poétique que réaliste : « Un chien dans le corps d’un homme », selon les mots d’Agnès Régolo. Pour incarner ces deux personnages qu’au départ rien ne prédestinait à se rencontrer, la metteuse en scène a choisi Ligia Arcanda Martinez pour le rôle de Lola et Antoine Laudet dans celui de Thélonius. Complices et complémentaires, ils donnent au spectacle sa vibration sensible et son énergie.

« Le malheur de la question, c’est la réponse »

Déjà montée dans une autre version par Zabou Breitman, la pièce permet à Serge Kribus de rappeler sa vision du théâtre : « Le théâtre et les histoires que nous nous racontons ne sauvent pas le monde. Elles n’apportent même aucune solution… Mais elles nous permettent l’essentiel : échapper à la solitude, partager nos expériences et parfois nous ouvrir à l’idée du choix. » Aussi n’est-on pas surpris d’entendre au détour d’un dialogue cette pensée de Maurice Blanchot : « Le malheur de la question, c’est la réponse. » Car, précise Serge Kribus, « la réponse vient toujours refermer certaines des portes que la question avait justement la vertu d’ouvrir ». Cette idée irrigue tout le spectacle d’Agnès Régolo, généreux, inventif et profondément humain. Une invitation, aussi, à prolonger la représentation en écoutant la chanson d’Alexis HK « Je veux un chien », autre petite merveille de tendresse et d’humanité.

Jean-Rémi BARLAND

« Thélonius et Lola » de Serge Kribus, édité chez Actes Sud-Papiers – 82 pages – 9,50 €.
Représentation mercredi 13 mai à 19h au Théâtre du Briançonnais – 21, avenue de la République à Briançon. Festival Off d’Avignon au Totem, salle rouge Coquelicot, à 10h10, du 7 au 23 juillet 2026 (relâche les 12 et 19 juillet).

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