Publié le 22 mai 2026 à 22h21 - Dernière mise à jour le 22 mai 2026 à 22h21
Quatre films en compétition ou hors compétition sont programmés dans cette 79e édition du festival de Cannes. Près d’un film sur cinq. Focus sur deux d’entre eux : « Moulin », confronté à son bourreau Klaus Barbie et « La Bataille de De Gaulle : L’Age de fer». Un diptyque et une grande fresque sur le Général dont on découvre la première partie.
Les derniers jours de Moulin

Le film de Lazlò Nemes n’est pas un énième biopic. Il se concentre sur les derniers jours de la vie de Jean Moulin. L’action de la Résistance, les caches secrètes, les rendez-vous discrets sont assez rapidement évacués pour laisser la place au cœur du film : Le face à face entre deux hommes clés, le résistant Moulin et le chef de la Gestapo de Lyon, le criminel nazi Barbie.
Confrontation glaçante
Le film offre une confrontation glaçante entre Moulin et Barbie. Lars Eidinger incarne un Barbie chasseur, sidérant de perversité avec sa proie. Une perversité à la fois élégante et terrifiante pour parvenir à ses fins : faire avouer « Rex » et connaître les secrets de la Résistance.
Lazlò Nemes enferme le spectateur dans un huis clos permanent. On passe des dorures du bureau « du boucher de Lyon » au sous-sol sordide où Moulin est torturé. Tout le film se joue sur cette rencontre entre les deux hommes, faite de regards, de silences, de mots assassins. Un combat sans merci dans l’arène de Montluc.
Lellouche et Eidinger
Au-delà du huis-clos, le réalisateur du « Fils de Saul », Grand prix du jury en 2015, a su traduire cette atmosphère étouffante en opposant deux caractères. Gilles Lellouche (Moulin) tout en retenue, en dissimulation. Il essaie de contenir sa peur, craint des aveux sous la torture (Il avait tenté de se suicider lorsqu’il était préfet pour échapper aux Allemands). En face, Lars Eidinger (Barbie) use de subtilité pour parvenir à ses fins puis la rage et la violence le dominent face à l’impuissance à faire avouer Moulin, le chef de la Résistance. Alors il s’acharne pour anéantir ce corps qui refuse de se plier. Il faut un ordre d’Hitler pour éviter la mise à mort. Le prisonnier est trop important pour l’éliminer. Barbie, contraint de lâcher sa proie, explose, détruit tous les objets qui l’entourent.
Epilogue
La tension ne retombe que dans ce wagon où Moulin est allongé et reçoit quelques soins. Transféré en Allemagne pour le faire parler, il mourut des suites de ses blessures le 8 juillet 1943, dans le train qui devait l’emmener à Berlin
De Gaulle en Don Quichotte

Avec son diptyque sur De Gaulle, Antonin Baudry, le réalisateur du « Chant du loup » offre une fiction chevaleresque du Général. Le film est inspiré du livre de Julian Jackson « De Gaulle, une certaine idée de la France ». Pas de d’importantes scènes de guerre si ce n’est à Bir Hakeim mais plutôt des bureaux, de la diplomatie et des doutes
Superproduction
L’idée de réaliser une superproduction a germé dans l’esprit d’Antonin Baudry après la lecture du livre de Julian Jackson « De Gaulle, une certaine idée de la France » très différente des livres d’histoire classiques. « J’ai découvert un personnage chevaleresque, drôle, tragique. Il n’était jamais apparu comme cela. Pendant 6 ans, j’ai mangé, dormi, rêvé avec le Général et ses acolytes, une espèce de chevalerie moderne jour et nuits. »
Isolé
La première partie du diptyque, programmé à Cannes, « La Bataille de De Gaulle : L’Age de de fer » commence en 1940 et s’interrompt en 1942. Elle raconte l’histoire d’un colonel, promu récemment général, inconnu au bataillon qui essaie à Londres de reconstituer une France combattante. Mais il est seul, sans appui. Toute l’administration, les militaires, les ambassades ont suivi Pétain. La notion de patrie, de résistance, de liberté est une chimère. Mais l’homme de l’appel du 18 juin tente tant bien que mal de constituer un réseau, de négocier avec Churchill dans de géniaux face à face en raideur et bonhomie.
Ce film évoque la vision du Général mais aussi ses doutes. Il doit gérer la destruction d’une partie de la flotte française par les Anglais à Mers el-Kébir, qui fait un lourd bilan : 1300 périssent et cette destruction pour éviter qu’elle ne tombe aux mains des Allemands n’est pas comprise. Il faut aussi affronter Roosevelt et les Américains qui le prennent pour un Don Quichotte irresponsable et lutter contre le puissant amiral Darlan, fidèle à Pétain, qui tient toute l’Afrique du Nord et de l’Ouest.
« Une responsabilité »
Simon Abkarian ne s’attendait pas à être choisi pour incarner De Gaulle. « 3 mois plus tard quand j’ai lu le scénario, la surprise s’est muée en tremblement. Le tremblement en doute, confie le comédien. Puis de lecture en lecture j’ai vu dans le texte qu’il y avait tous les outils pour permettre à un acteur de déployer son travail. C’est vrai que c’est un cadeau mais dans le cadeau il y a une bombe qu’il faut manipuler sans la désamorcer. C’est aussi le sens de responsabilité qui revient au grand galop parce que représenter un être humain c’est une responsabilité que nous prenons actrice ou acteur devant les caméras ou sur une scène de théâtre. Mais là, cette époque-là qui raconte la prospérité dans laquelle nous vivons aujourd’hui, était un challenge. »
Petite et grande histoire
Antonin Baudry a aussi su mêler la grande Histoire et la petite histoire. Il n’y avait pas que des Churchill, De Gaulle ou Leclerc dans la défense de la France libre mais aussi des jeunes résistants qui manifestent le 11 novembre 40 à Paris et sont brutalement tabassés voire exécutés. Fernand (Bonnier de la Chapelle) tout juste âgé de 20 ans abattra Darlan en décembre 42, indigné de voir que les Américains avaient choisi de laisser le pouvoir à l’amiral qui se trouvait par hasard à Alger. On ne pouvait pas laisser le pouvoir à celui qui été à la tête du gouvernement de Vichy et avait collaboré avec l’Allemagne nazie.
Du souffle
Le film a du souffle, Antonin Baudry veut que l’odyssée De gaulle se transforme en blockbuster. « On a très souvent cette idée que quand c’est un film français qui arrive avec les moyens du cinéma y’a une forme de soupçon, on dit ça y est, c’est la grosse machine or, quand on a des films américains qui arrivent avec des moyens dix fois supérieurs, les gens sont contents en fait, ils sont contents parce qu’ils ont envie de voir un film qui les fasse rêver donc oui on devrait continuer à ne pas se limiter. »
Reportage Joël BARCY



