Publié le 23 mai 2026 à 1h00 - Dernière mise à jour le 23 mai 2026 à 8h19
Il y a un an, presque au milieu d’une conversation, Michel Caire s’est effondré brutalement. Nous parlions, comme nous l’avions toujours fait. De l’actualité, du journal, de la vie, des combats aussi. Puis soudain il m’a dit : « Je me sens fatigué. » Quelques secondes plus tard, il n’était plus là. Depuis ce 23 mai 2025, pas un jour ne passe sans que son absence ne se fasse sentir.

Fondateur et rédacteur en chef de Destimed, Michel Caire était bien plus qu’un journaliste. Il était un homme profondément humain, exigeant, curieux des autres, passionné par le débat d’idées et viscéralement attaché aux valeurs de tolérance, de justice et de fraternité.
Avec lui, le journalisme n’était jamais une posture. Il se vivait avec humilité, rigueur et honnêteté intellectuelle. Michel refusait les certitudes faciles, les clans fermés et les simplifications qui fracturent les sociétés. À Destimed, il répétait souvent cette phrase qui résumait sa vision du débat public : « Nous sommes d’accord pour ne pas être d’accord. »
Nous passions des heures à parler, débattre, refaire le monde et le journal jusque tard dans la nuit. Michel écoutait avec attention. Il aimait comprendre avant de juger. Cette liberté de pensée, il la défendait chaque jour. Non pour avoir raison, mais parce qu’il considérait que le dialogue restait l’un des derniers remparts contre la haine, les extrêmes et l’intolérance.
Visionnaire en politique, Michel observait le monde avec lucidité et inquiétude. Il parlait souvent de cette ligne de fracture qui menaçait nos sociétés : « civilisation ou barbarie », disait-il. Derrière cette formule, il y avait sa peur de voir les démocraties basculer dans la violence, les replis identitaires, le racisme, l’antisémitisme et toutes les formes de radicalité.
Ces combats étaient les siens. Ils restent aujourd’hui les nôtres.
Les jours qui ont suivi sa disparition ont été traversés par une immense vague d’émotion. Les hommages venus des mondes politique, médiatique, culturel ou encore associatif ont rappelé combien Michel avait marqué ceux qui l’avaient croisé. Beaucoup ont salué l’homme qu’il était. Peu sont restés lorsque le temps du chagrin a laissé place à celui du combat quotidien.
Comme souvent après les disparitions brutales, les promesses se dissipent avec le temps. Mais dans cette épreuve, il y a aussi eu les fidèles. Ceux qui ont continué à écrire, à soutenir, à croire en Destimed malgré les difficultés. Joël Barcy, Michel Egéa, Sylvie Casalta, Jean-Rémi Barland, Gilbert Dulac, Hagay Sobol, Bernard Valero, Viou, Laurent Saccomano et d’autres encore qui ont permis au journal de continuer à vivre, avec cette même exigence d’ouverture, de réflexion et d’humanité que Michel défendait avec passion. Parce que ce journal était bien plus qu’un média. C’était un engagement commun. Une certaine idée du journalisme. Une manière de regarder le monde avec humanité, exigence et indépendance.
Michel était profondément aimé parce qu’il était profondément aimable. Bienveillant avec les autres, attentif aux plus fragiles, toujours disponible pour aider sans jamais rien attendre en retour. Ceux qui l’ont connu se souviennent autant du journaliste que de l’homme.
Un an après, sa voix continue de résonner partout où l’on refuse les extrêmes, les replis et l’intolérance, partout aussi où l’on considère que le journalisme doit encore nourrir l’intelligence, la réflexion et le débat. Elle continue aussi de vivre dans chaque ligne publiée par Destimed.
Alors je continue.
Pour lui.
Pour nous. Pour vous.
Et pour faire vivre encore cette voix singulière qu’il avait donnée à Destimed.
Patricia CAIRE



