Opéra Berlioz, Le Corum – Le « Don Giovanni » selon Agnès Jaoui séduit Montpellier avant Marseille

Publié le 28 mai 2026 à 17h22 - Dernière mise à jour le 28 mai 2026 à 17h22

Le 2 octobre prochain, la saison lyrique marseillaise lèvera le rideau sur « l’opéra des opéras » qu’est le « Don Giovanni » de Mozart. Une coproduction qui réunit les opéras de Marseille, Toulouse, Montpellier, Dijon et Tours, mise en scène par la comédienne et cinéaste Agnès Jaoui. Actuellement à l’affiche au Corum, elle obtient un franc succès.

 

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Donna Elvira (Karine Deshayes), Don Ottavio (Michael Gibson), Don Giovanni (Mikhaïl Timoschenko, Donna Anna (Esther Tonea). © Marc Ginot

Agnès Jaoui ne se prive pas de dire tout haut que Don Giovanni est « un gosse de riche qui croit que tout est permis ». Séducteur, mais aussi manipulateur, violeur, prédateur, on peut facilement revêtir le personnage de costumes plus détestables et horribles les uns que les autres. Et pourtant… La metteuse en scène évite totalement la facilité d’une actualisation qui aurait permis de crier haro sur le baudet machiste, préférant positionner le serial dragueur dans l’état qui aurait pu être le sien au XVIIIe siècle, celui d’un jouisseur libertin et libre penseur comme l’était certainement « Wolfi » entre deux compositions.

Ce qui n’empêche pas Agnès Jaoui de porter un regard sur notre société et ses comportement. Notre monde est-il crépusculaire ? Peut-être Toujours est-il que la metteuse en scène situe son Don Giovanni dans son époque mais aussi dans la pénombre d’une journée qui débouche sur la nuit, sans occulter les peurs, les travers, les turpitudes auxquels nous sommes parfois confrontés aujourd’hui. Les décors d’Eric Ruf sont étouffants mais totalement adaptés à la vision développée sur scène.

Un Don Giovanni à peine trentenaire

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Stephen Milling est un impressionnant Commandeur, ici avec Leporello (au sol) et Don Giovanni. © Marc Ginot

Pour cette production montpelliéraine, le Don Giovanni est effectivement le « gosse de riche » incarné par l’excellent baryton basse de 32 ans, Mikhaïl Timoschenko. A ses côtés, le Leporello de Evan Hughes est aussi jeune, désinvolte, vénal et peureux. Vocalement les deux sont à l’unisson de la qualité, précis, projection idéale avec une présence scénique assurée. Il sera intéressant de retrouver à Marseille cette production avec un changement de distribution significatif, Nicolas Courjal étant Don Giovanni (il connaît cette production puisqu’il l’a travaillé à Toulouse il y a quelques mois) et Marc Barrard, Leporello. Un duo vocal qui a marqué la dernière représentation en date de « Don Quichotte » sur la scène marseillaise et qui devrait s’approprier l’œuvre de façon différente, le poids de la vie et de l’expérience étant plus important pour eux que pour le duo apprécié au Corum.

Karine Deshayes idéale Elvira

Grand succès, aussi, pour la donna Elvira de Karine Deshayes qui, elle, ne sera pas de la production marseillaise. Une couleur incomparable, de la chaleur, de la rondeur, la mezzo-soprano met ici en avant une maturité vocale correspondant tout à fait au rôle de femme enamourée jusqu’à nier l’évidence. Remarquée, aussi, la Zerline de Miriam Kutrowatz, dont la liberté sexuelle et la capacité à manipuler son amoureux Masetto en font presque le double féminin du séducteur ; la voix est jolie, solide et le minois attachant. C’est Esther Tonea qui incarne donna Anna assurément la femme la plus désespérée devant faire le deuil de son père et vivre avec une agression qu’elle ne peut occulter. La voix est sensible, parfois trop tranchante, dans les aigus notamment, mais correspond parfaitement à la personnalité du rôle tout comme le ténor Michael Gibson est un « gentil» Don Ottavio, voix souple et agréable. Le Masetto de Frédéric Jost tient son rang et en Commandeur, Stephen Milling aux graves impeccables, est impressionnant. Benjamin Bayl propose une lecture dynamique de la partition, à la tête d’un orchestre national Montpellier Occitanie bien aux ordres et le chœur est lui aussi totalement investit.

Il sera vraiment très intéressant de retrouver cette production à Marseille car l’ouverture et le plateau, bien moins importants qu’au Corum, devraient permettre une meilleure maitrise des déplacements scéniques et un travail beaucoup plus lisible sur la direction d’acteurs. Rendez-vous en octobre prochain.

Michel EGEA

« Don Giovanni » de Mozart le 24 mai à l’Opéra Berlioz, Le Corum, à Montpellier. Autres représentations : vendredi 29 mai (20 heures) et dimanche 31 mai (17 heures). Reprise à l’Opéra de Marseille du 2 au 11 octobre 2026 opera-odeon.marseille.fr

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