JO d’hiver 2030 : comment Nice a perdu le cœur des Jeux

Publié le 1 juin 2026 à 21h39 - Dernière mise à jour le 1 juin 2026 à 21h39

Le transfert des épreuves de glace des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 vers Lyon constitue un revers majeur pour Nice et pour la Région Sud. Lors d’une conférence de presse à Marseille, Renaud Muselier a dénoncé les conséquences d’une décision qui, selon lui, prive le territoire d’importantes retombées économiques, d’infrastructures structurantes et d’une visibilité internationale sans équivalent. Si le projet Alpes 2030 se poursuit, son équilibre initial est profondément modifié.

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De gauche à droite Hervé Liberman, président du Comité régional olympique et sportif Provence-Alpes-Côte d’Azur et Renaud Muselier, vice président de la Solidéo Alpes 2030 (Photo Patricia Caire)

« L’aventure olympique continue. » C’est par cette formule que Renaud Muselier a choisi d’ouvrir sa prise de parole. Une manière d’afficher sa détermination alors qu’il venait d’encaisser l’un des plus sérieux revers depuis l’attribution des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 aux Alpes françaises. Derrière cette déclaration volontariste affleurait pourtant une immense déception. Car le dossier Alpes 2030 n’est pas un projet parmi d’autres pour le président de Région. « Oui, ce projet est né d’un rêve », a-t-il rappelé. « Celui d’un enfant de la montagne passionné de ski et celui d’un responsable politique convaincu que les Alpes du Sud méritaient enfin d’accueillir les Jeux d’hiver. » Pendant plusieurs années, cette vision a avancé à marche forcée. Le soutien de l’État, du Comité international olympique, des collectivités locales et du mouvement sportif a permis de bâtir une candidature finalement retenue par le CIO. L’ambition avancée était d’organiser les Jeux les plus sobres et les plus durables possibles en s’appuyant sur les équipements existants du Nord tout en utilisant l’événement comme accélérateur de développement pour les Alpes du Sud. « Ces Jeux devaient permettre d’accélérer notre aménagement, notre désenclavement, nos mobilités et notre attractivité », a rappelé Muselier.

Nice, pièce maîtresse du dispositif olympique

Dans le schéma initial, Nice ne devait pas seulement accueillir quelques compétitions. La capitale azuréenne devait devenir le principal pôle urbain des Jeux. Les disciplines de glace -hockey sur glace, patinage artistique, curling et short-track- devaient s’y concentrer, tout comme le village olympique, les infrastructures destinées aux médias internationaux, les espaces d’hospitalité et une grande partie de l’animation olympique, notamment les cérémonies de clôture olympique et paralympique. Selon les chiffres avancés par la Région, près de 60 % de la billetterie olympique devait être générée sur ce seul pôle. Dans le courrier adressé au nouveau maire de Nice, Éric Ciotti , Renaud Muselier et Hervé Liberman, président du Comité régional olympique et sportif Provence-Alpes-Côte d’Azur,  parlent même du « cœur battant des Jeux d’hiver 2030 ». Une formule qui résume la place centrale qu’occupait Nice dans l’organisation imaginée depuis plusieurs années. « Nice devait être le cœur urbain, le cœur populaire et le cœur médiatique des Jeux », a insisté Renaud Muselier.

Deux mois de négociations infructueuses

Pour le président de Région, l’origine du basculement est identifiée. Elle remonte au refus de la nouvelle municipalité niçoise de mobiliser l’Allianz Riviera pour les compétitions de hockey sur glace. À partir de ce moment-là, les discussions techniques se sont multipliées. « Depuis l’élection du nouveau maire, les équipes ont tout tenté. Absolument tout tenté », a assuré Renaud Muselier. Selon lui, plus d’une vingtaine de réunions techniques ont été organisées afin d’examiner toutes les solutions possibles : maintien du schéma initial, scénarios alternatifs, adaptation des infrastructures existantes ou encore répartition différente des compétitions. « Nous avons cherché toutes les solutions permettant de ne pas immobiliser l’Allianz Riviera. Toutes, sans exception », a-t-il affirmé. Mais les exigences des fédérations internationales et du CIO ont fini par s’imposer. Le hockey masculin et féminin devait rester regroupé sur un même site. Les disciplines de glace formaient un ensemble cohérent qu’il n’était pas possible de dissocier sans remettre en cause l’équilibre du projet. « Les règles sont les règles », a résumé le président de Région. « Ce ne sont pas des options. » Le Comité d’organisation a finalement acté le regroupement des disciplines de glace à Lyon. Pour autant, ni le CIO ni le Comité d’organisation ne remettent en cause la tenue des Jeux dans les Alpes françaises. Le projet est maintenu, mais son équilibre initial est profondément modifié.

« Un gâchis »

Le moment le plus fort de la conférence de presse est sans doute venu lorsque Renaud Muselier a abandonné le registre technique pour celui de l’émotion. « Ce qui vient de se produire est un gâchis », a-t-il lancé. Puis cette phrase : « Nice, métropole olympique, c’est fini. » Pour Hervé Liberman, les conséquences étaient inévitables : « J’ai trois sentiments fondamentaux : la tristesse, le regret et surtout la colère. » « La responsabilité de l’organisation, poursuit-il,  revient au CIO et aux fédérations internationales. Le CIO décide de l’organisation des Jeux. Ce n’est pas la Région. Ce n’est pas l’État français », a-t-il insisté.

Des retombées économiques perdues

La conférence de presse a également été l’occasion d’évaluer les conséquences économiques du départ du pôle glace. Selon les estimations présentées par la Région, les retombées touristiques directes perdues pourraient représenter entre 280 et 290 M€. À cela s’ajoutent les investissements qui devaient accompagner l’événement : le complexe omnisports olympique, le village des athlètes, les infrastructures associées ainsi que l’ensemble des marchés générés par l’organisation. Au total, la Région estime à plusieurs centaines de millions d’euros l’activité économique qui ne bénéficiera plus au territoire niçois. Parmi les projets emblématiques figure notamment le futur village olympique qui devait permettre la création d’environ 400 logements après les Jeux. Le complexe omnisports olympique devait quant à lui offrir un équipement pérenne destiné aux sports de glace. « Les Jeux avaient déjà commencé à transformer le territoire avant même d’avoir lieu », a souligné Renaud Muselier en évoquant les projets universitaires, les coopérations internationales ou encore les investissements liés à la mobilité.

Une visibilité mondiale qui s’éloigne

Pour les défenseurs du projet initial, la perte ne se limite pas aux chiffres. Nice devait accueillir les cérémonies de clôture et devenir, durant plusieurs semaines, l’une des vitrines mondiales des Jeux. Des centaines de millions de téléspectateurs devaient découvrir le territoire à travers les retransmissions olympiques. « C’est un moment où tout un territoire peut raconter ce qu’il est, sa culture, ses paysages, ses savoir-faire », a rappelé le président de Région. Cette exposition internationale était considérée comme l’un des principaux héritages immatériels de l’événement. « L’attractivité ne décroche jamais d’un seul coup. Elle décroche souvent par petites décisions successives », a averti Renaud Muselier.

Les Alpes du Sud en première ligne

Malgré la déception, la Région entend désormais concentrer ses efforts sur les territoires alpins qui accueilleront les compétitions de neige. Briançon, Serre-Chevalier, Montgenèvre, la ligne ferroviaire des Alpes, le fort des Têtes ou encore les projets de désenclavement restent au cœur de la stratégie régionale. Le maire de Briançon, Arnaud Murgia, a ainsi réaffirmé sa détermination à faire des Alpes du Sud une terre olympique à part entière. Pour Renaud Muselier, l’enjeu est désormais de transformer cette épreuve en nouveau point d’appui pour le territoire. « Toute notre énergie ira désormais vers les Alpes du Sud », a-t-il assuré. Reste qu’une page s’est refermée. Celle d’un projet imaginé avec Christian Estrosi où Nice devait incarner la façade méditerranéenne des Jeux d’hiver. « La déception est immense parce que le train olympique ne repasse jamais deux fois », a confié le président de Région avant de conclure : « L’aventure olympique continue. »

Patricia CAIRE

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