Sahel : plus de 24 millions de personnes en détresse dans une crise humanitaire oubliée

Publié le 4 juin 2026 à 7h59 - Dernière mise à jour le 4 juin 2026 à 7h59

Alors que l’attention internationale reste largement tournée vers les conflits en Ukraine ou au Moyen-Orient, une autre crise humanitaire continue de s’aggraver dans une relative indifférence. Au Sahel, plus de 24 millions de personnes auront besoin d’une aide d’urgence en 2026, selon les Nations Unies, qui alertent sur l’une des situations les plus graves et les plus sous-financées de la planète.

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Le Sahel est une vaste bande semi-aride qui s’étend de la Mauritanie au Soudan, entre le désert du Sahara au nord et les savanes africaines au sud. Carte illustrative réalisée pour Destimed

De la Mauritanie au Tchad, en passant par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, les populations font face à une accumulation de crises qui fragilisent chaque jour davantage leur capacité de survie. Conflits armés, déplacements de population, inflation, changement climatique et insécurité alimentaire se conjuguent pour plonger des millions de familles dans une précarité extrême.

Les chiffres publiés par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) sont alarmants. Entre juin et août, période de soudure précédant les récoltes, près de 15,5 millions de personnes pourraient connaître une situation de crise alimentaire ou pire. Parmi elles, plus de 1,5 million risquent de se retrouver dans une situation d’urgence alimentaire nécessitant une assistance immédiate.

Derrière ces statistiques se cachent des réalités concrètes : des familles contraintes de réduire leurs repas, des agriculteurs incapables d’acheter engrais ou semences, des enfants privés d’éducation et des populations entières déplacées par les violences.

Une aide internationale en recul

Pour les agences humanitaires, l’un des éléments les plus préoccupants est l’effondrement progressif des financements. En 2025, seuls 29 % des fonds nécessaires aux opérations humanitaires dans la région ont été mobilisés. Un niveau historiquement bas qui oblige les organisations à réduire leurs interventions, suspendre certains programmes ou se retirer de territoires particulièrement vulnérables.

Cette contraction de l’aide intervient au moment même où les besoins augmentent. Les répercussions économiques des tensions internationales, notamment au Moyen-Orient, continuent d’alimenter la hausse des prix de l’énergie, des transports et des intrants agricoles. Des augmentations qui touchent de plein fouet des populations déjà fragilisées. Pour les Nations Unies, chaque réduction de financement se traduit directement sur le terrain par des conséquences humaines : moins d’aide alimentaire, moins de protection pour les femmes et les enfants, moins d’accès aux soins ou à l’éducation.

Une violence qui gagne du terrain

La crise alimentaire est également le reflet d’une situation sécuritaire qui ne cesse de se détériorer. Longtemps concentrée dans le Sahel central, l’insécurité s’étend désormais vers plusieurs pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. Dans de nombreuses régions, les groupes armés continuent d’étendre leur influence, provoquant des déplacements massifs de population et la fermeture de services essentiels. Près de 12 900 écoles ont ainsi été contraintes de fermer leurs portes, privant plus de 2,3 millions d’enfants d’accès à l’éducation.

Pour les experts humanitaires, cette privation scolaire représente une menace de long terme. Une génération entière risque de grandir sans formation, dans des territoires où les perspectives économiques demeurent limitées et où les groupes armés exploitent souvent la vulnérabilité des jeunes populations.

Le climat aggrave encore la situation

À cette instabilité politique et sécuritaire s’ajoutent les effets du changement climatique. Depuis le début de l’année, près de 590 000 personnes ont été affectées par des inondations tandis que les épisodes de sécheresse et la désertification réduisent progressivement les ressources disponibles.

Le Sahel se trouve ainsi à la convergence de plusieurs crises mondiales. Région parmi les moins responsables du réchauffement climatique, elle figure pourtant parmi les plus exposées à ses conséquences.

Face à cette situation, les Nations Unies appellent les bailleurs internationaux à accroître rapidement leur soutien afin d’éviter une aggravation de la catastrophe humanitaire. Pour l’organisation, les solutions existent encore. Mais sans financements supplémentaires, des millions de personnes pourraient être confrontées dans les prochains mois à une détérioration dramatique de leurs conditions de vie.

Anna CHAIRMANN avec ONU info

 

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