Publié le 22 juin 2026 à 20h46 - Dernière mise à jour le 22 juin 2026 à 20h46
Près d’un an après la plainte déposée par la mère de Lyhanna et quelques jours après l’émotion suscitée par le viol et le meurtre de la fillette, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, dévoile les premières conclusions du pré-rapport conjoint de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) et de l’Inspection générale de la Justice. Le document met en évidence une succession de défaillances dans le traitement de la procédure, malgré une prise en charge initiale jugée exemplaire. Face à ces manquements, le ministre annonce l’ouverture d’une enquête de commandement et les premières mesures disciplinaires.

Le document, rendu public ce lundi, ne remet pas en cause l’engagement quotidien des enquêteurs confrontés aux violences faites aux mineurs. Laurent Nuñez prend d’ailleurs soin, dès les premières lignes de son communiqué, de saluer « le travail d’analyse très précis » réalisé par les inspections générales, tout en renouvelant son soutien aux policiers et gendarmes engagés quotidiennement dans ces enquêtes particulièrement sensibles. Mais derrière cet hommage, le constat dressé par les inspecteurs est sévère.
Une enquête exemplaire… dans un premier temps
Le pré-rapport distingue clairement deux périodes dans le traitement de la plainte déposée le 18 août 2025. La première est saluée sans réserve. Les inspecteurs estiment que la brigade de gendarmerie de Plaisance-du-Touch, sous l’autorité du parquet de Toulouse, a réagi avec diligence. La plainte est recueillie immédiatement, la victime est entendue, une expertise psychologique est diligentée, un examen médico-légal est réalisé et les enquêteurs prennent pleinement la mesure de la gravité des faits ainsi que du risque de nouvelles victimes. Le rapport qualifie même cette prise en charge « d’exemplaire », soulignant la qualité de l’accompagnement de la jeune victime et de ses proches, marqué par l’écoute, la pédagogie et une prise en compte immédiate de l’urgence.
Le transfert du dossier, point de rupture
C’est ensuite que tout bascule. Le transfert de compétence vers le parquet d’Auch, prévu par les règles de procédure, constitue selon les inspecteurs un véritable point de rupture dans le suivi de l’affaire. À partir de ce moment, le dossier perd progressivement son caractère prioritaire. Les mécanismes de coordination entre les différents acteurs s’essoufflent, le suivi de la procédure devient défaillant et la perception du danger évolue. Le pré-rapport pointe des dysfonctionnements à plusieurs niveaux : pilotage insuffisant, défaut de coordination entre les services et absence de contrôle efficace au sein du parquet d’Auch comme de la compagnie de gendarmerie de Condom.
Une évaluation erronée du danger
L’un des constats les plus lourds du rapport concerne l’analyse même du risque. Les inspecteurs estiment que les responsables de la procédure ont progressivement considéré que le danger était moindre, notamment parce que la victime ne résidait plus à proximité de son agresseur présumé. Une appréciation que le pré-rapport juge erronée. Cette analyse a conduit à une stratégie d’enquête visant davantage à consolider le dossier avant un éventuel placement en garde à vue de l’auteur présumé, déjà parvenu à échapper à deux reprises aux poursuites judiciaires, plutôt qu’à privilégier l’urgence de la situation.
Huit appels restés sans effet
Le passage le plus marquant du document concerne sans doute la période qui suit. Selon les inspecteurs, plus aucun acte d’enquête ni de contrôle n’a été réalisé depuis le 14 février, alors même que la mère de Lyhanna avait lancé huit appels à l’aide pour alerter les autorités. Le rapport évoque un « manque de discernement avéré » qui aurait conduit d’autres missions à prendre le pas sur cette procédure pourtant particulièrement sensible. Ce constat constitue l’un des éléments les plus accablants du pré-rapport.
Laurent Nuñez ordonne une enquête de commandement
Face à ces conclusions, le ministre de l’Intérieur annonce plusieurs décisions immédiates. Il a demandé à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale d’ouvrir une enquête de commandement afin d’établir les responsabilités de chacun, aussi bien dans la conduite de l’enquête que dans le contrôle des investigations. Cette procédure devra déterminer les éventuelles fautes individuelles ou hiérarchiques ayant conduit aux dysfonctionnements relevés par les inspections.
Premières mesures disciplinaires
Sans attendre les conclusions définitives, Laurent Nuñez annonce déjà des mesures conservatoires. Le directeur d’enquête ainsi que le commandant de la compagnie de gendarmerie de Condom feront l’objet d’une mutation d’office dans l’intérêt du service. Ils seront retirés de toute fonction relevant de la police judiciaire. Les conclusions de l’enquête de commandement permettront ensuite de déterminer d’éventuelles sanctions disciplinaires complémentaires.
Restaurer la confiance
Dans la dernière partie de son communiqué, le ministre tient néanmoins à rappeler que ces défaillances ne sauraient remettre en cause l’engagement quotidien de l’immense majorité des policiers et des gendarmes. Il renouvelle sa confiance envers les enquêteurs spécialisés dans les violences sexuelles commises sur les mineurs, tout en affirmant que toute la lumière devra être faite sur les responsabilités ayant conduit à cette succession de manquements.
Au-delà des sanctions individuelles qui pourraient être prononcées, ce pré-rapport met surtout en lumière les difficultés de coordination pouvant apparaître lors du transfert d’une procédure sensible entre plusieurs juridictions. Un constat qui interroge l’organisation même du traitement des violences faites aux mineurs et qui devrait alimenter le débat sur les évolutions nécessaires pour éviter qu’un tel drame ne puisse se reproduire.
Anna CHAIRMANN



