Métropole : le déficit budgétaire fissure le consensus autour de Nicolas Isnard

Publié le 25 juin 2026 à 10h24 - Dernière mise à jour le 25 juin 2026 à 10h25

Le chef d’orchestre Nicolas Isnard avait jusque-là dirigé sa partition sans fausse note, faisant de l’œcuménisme sa marque de fabrique. Mais le délicat dossier du bouclage du budget métropolitain a fait apparaître les premières dissonances. « Vous avez vu, le moment paroxystique arrive », glisse Benoît Payan avant le vote sur le report de quatre mois du versement de la dotation de solidarité communautaire (DSC) aux communes. Le résultat – 98 voix pour, 125 abstentions et 10 contre – révèle les premières marques de défiance au sein de l’hémicycle.

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Le débat budgétaire a fait apparaître les premières tensions au sein du conseil métropolitain. (Photo Joël Barcy)

 Un invité indigeste

 Il n’était pas à l’ordre du jour mais il est dans toutes bouches et s’est invité à la table : le comblement du déficit budgétaire métropolitain. Au-delà des coups de rabot de 90 millions opérés dans le budget, il faut trouver 53 millions pour combler le déficit. La Chambre régionale des comptes  (CRC) indiquait qu’il fallait amputer la DSC de cette somme. Le préfet enjoint de toucher aux AC (Attributions de compensation), un vieil héritage lié à l’ancienne taxe professionnelle et aux délégations de compétences. L’idée était de faire accepter la pilule de la Métropole aux communes en 2016. Nicolas Isnard s’emporte : « On va chercher l’État comme arbitre pour nous aider et les arbitres ne sont pas unanimes. C’est une schizophrénie totale. La Chambre régionale des comptes demande de raboter de 53 millions la DSC  et le préfet ne veut pas en entendre parler, il veut appliquer cette somme aux AC (attributions de compensation). » Et, filant toujours la métaphore footballistique, il évoque le rôle de l’assemblée. « Aujourd’hui, faute d’accord entre les arbitres de terrain, on se retrouve dans la position du VAR. A nous de nous débrouiller et de prendre des décisions. »

La poutre travaille

Mais en osant s’en prendre aux AC dans son arrêté, le préfet a mis dans le mille. Il a touché un totem et certains osent maintenant s’exprimer sur ces AC. Si le président et son vice-président, David Itier en charge des finances, sont farouchement opposés à y toucher, pour d’autres c’est le moment de faire bouger les lignes de ces attributions de compensation, contestées par la CRC  dès 2022.

Un tabou est tombé

Le tabou du « touche pas à mes AC » est tombé. Roland Giberti, le maire de Gémenos, parfois décrié pour la richesse de sa commune, veut jouer la solidarité. Il accepte de rendre la somme perçue dans le cadre de la DSC mais plus largement il pense qu’« il faut trouver un arrangement entre AC et DSC ». A ceux qui ne veulent pas entendre parler des AC, il répond: « Il faut toucher les deux. »

Le maire de Cuges-les-Pins, Bernard Destrost, est sur la même longueur d’ondes, « Je respecte les choix historiques qui ont conduit à cette situation mais lorsque de tels écarts existent, ces attributions n’ont parfois plus de solidarité que le nom ». Solidarité c’est encore le maître mot évoqué par André Molino, le maire de Septèmes-les-Vallons. « Si des évolutions doivent se faire au niveau de la DSC ou des AC, leur répartition ne saurait répondre à une logique purement comptable ou proportionnelle. »

Remise à plat

Les AC sont le fruit de l’histoire, elles s’appuient sur des chiffres de 1999. Ce que dénonce Benoît Payan. « Nous vivons avec des chiffres erronés. Nous avions, en 1999, 50 000 touristes par an, nous en avons 5 millions aujourd’hui. Il y avait moins d’habitants, moins de création de richesse. Il y avait des entreprises dans une situation difficile qui sont aujourd’hui très prospères (CMA-CGM notamment, NLDR). On vit sur une histoire qui n’existe plus. Il faut tout remettre à plat. » Et le maire de Marseille de constater que « les AC et la DSC deviennent des lignes de plus en plus écarlates pour tout le monde mais moi je suis prêt à tout mettre sur la table. Dire ce n’est pas possible, ça ne fonctionne pas c’est tourner en rond comme le poisson dans un bocal. Et moi j’ai passé l’âge de dire ça oui, ça non ou non à tout parce qu’à la fin c’est l’État qui va prendre la main et ce sont les petites communes qui vont être perdantes.»

Accusé levez-vous

Pour l’heure, Nicolas Isnard fait fi des notes dissonantes au sein de son assemblée. Il continue de taper sur le préfet. « L’État veut qu’on se batte entre nous pour fuir ses responsabilités et éluder les origines de ce problème. » Il réclame aussi un déplafonnement du versement mobilité pour renflouer le secteur des transports. Une décision qui appartient au Parlement. Ce qui fait dire à Benoît Payan « Il accuse l’État de complotisme et lui demande d’obtenir 250 millions d’euros pour les transports. Quand on appelle au secours l’État on ne déchire pas la copie du préfet si on n’est pas d’accord.» La lune de miel entre Nicolas Isnard et Benoît Payan fera peut-être long feu.

Le versement de la DSC, un indicateur

L’œcuménisme prôné par le président n’a pas encore été sacrifié sur l’autel du déficit mais la sérénité n’est plus au rendez-vous. En témoigne le vote pour le report du versement de la DSC au mois d’octobre et non en juin comme prévu. 98 conseillers communautaires ont voté pour, 10 ont glissé un non et 125 se sont abstenus, signe qu’une certaine défiance règne au sein de l’hémicycle. Il faudra rapidement trouver un consensus et présenter une décision modificative du budget acceptable par tous pour faire redescendre la tension. Un bon devoir de vacances en perspective.

Reportage Joël BARCY

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