Publié le 27 juin 2026 à 19h10 - Dernière mise à jour le 27 juin 2026 à 19h16
Le débat sur la dernière délibération du conseil municipal a fait basculer la séance. Une phrase attribuée à un élu de la majorité, dont le caractère antisémite est dénoncé par plusieurs élus, a déclenché une vive polémique. L’incident a conduit au départ des groupes RN et UDR de l’hémicycle, tandis que Fabienne Bendayan a annoncé son intention de déposer plainte. Benoît Payan a demandé la vérification des enregistrements avant de se prononcer.

« C’est le vôtre »
Alors que le conseil municipal touche à son terme, une délibération portant sur le financement de plusieurs associations met le feu aux poudres. Fabienne Bendayan, ancienne présidente du Crif Marseille-Provence et élue sur la liste de Martine Vassal, dénonce la baisse de 90 % de la subvention accordée au Crif. « On est passé de 10 000 à 1 000 euros », souligne-t-elle. Dans le même temps, elle s’étonne qu’une association qualifiant de « génocide » l’action d’Israël à Gaza bénéficie d’une subvention municipale. Sur les bancs de la majorité, plusieurs élus réagissent vivement. Jean-Baptiste Rivoallan (RN) prend alors la parole et interpelle Benoît Payan : « Pendant que Fabienne Bendayan parlait, un élu de votre majorité a dit : “C’est le vôtre”, lorsqu’elle évoquait le soi-disant génocide. Si c’est le cas, c’est très grave. » La séance se poursuit, mais la tension est palpable. Les élus du RN s’agitent tandis que, dans les rangs de la majorité, on cherche à savoir si cette phrase a bien été prononcée.
« Je n’ai pas eu un seul remerciement »
Fabienne Bendayan ne réagit pas dans l’immédiat. Elle explique ne pas avoir entendu les propos qui auraient été tenus à son encontre. De son côté, Benoît Payan demande discrètement que les enregistrements de la séance soient vérifiés afin d’en établir la teneur exacte. Les débats se poursuivent néanmoins sur les subventions aux associations.
Samuel Benhamou (RN), également membre du Crif, dénonce alors les « 0,63 % des crédits aux associations consacrés au Crif ». Depuis son fauteuil de maire, Benoît Payan lui répond : « Je suis le seul maire de France -et je n’ai jamais attendu de remerciements, je le fais parce que je veux pouvoir me regarder dans une glace- à avoir mobilisé la police municipale devant les écoles pour plusieurs millions d’euros depuis le 7 octobre, Monsieur Benhamou. Je n’ai pas reçu une seule lettre du Crif pour m’en remercier. »
La tension ne retombe pas. Sur les bancs du RN, Olivier Rioult, maire des 11e et 12e arrondissements, demande une suspension de séance. Benoît Payan la refuse, rappelant que les vérifications sur les propos litigieux sont en cours. Les élus passent alors au rapport suivant. Pendant ce temps, Fabienne Bendayan quitte l’hémicycle aux côtés de son colistier, Romain Simmarano.
« Essentialisation »

De retour dans l’hémicycle, Romain Simmarano prend la parole au sujet de la phrase: « C’est le vôtre », qui aurait été prononcée à l’encontre de Fabienne Bendayan. « Si dans notre hémicycle, qui est un hémicycle sacré, la représentation municipale de Marseille, Fabienne Bendayan, qui n’était là au fond que pour intervenir et demander ce qu’était le plan précis pour lutter contre l’antisémitisme à Marseille, si elle aussi, membre de notre équipe, a été essentialisée en tant que juive c’est grave et je crois logique de demander toutes les vérifications nécessaires à cet égard. » La tension monte encore dans l’hémicycle. Quelques instants plus tard, les élus des groupes RN et UDR quittent la séance.
Réactions
À la sortie de l’hémicycle, les élus RN et UDR font bloc et reviennent sur les faits. « Au moment où Madame Bendayan parlait de la qualification de génocide en Palestine, un élu, Monsieur Menchon, a répondu clairement et textuellement : “C’est le vôtre”, en parlant du génocide », affirme Jean-Baptiste Rivoallan. Franck Allisio poursuit : « Selon la loi, c’est accuser quelqu’un d’avoir procédé à un génocide. “C’est le vôtre”, cela signifie que c’est Madame Bendayan. Cela tombe sous le coup de la loi. »
Fabienne Bendayan annonce, pour sa part, son intention de déposer plainte contre X. « L’auteur pourrait être Monsieur Menchon. Le procureur procédera certainement à la réquisition des enregistrements. » À la question de savoir si elle souhaite également des sanctions politiques, elle répond sans hésiter : « Naturellement. »
Benoît payan: « L’extrême droite parlant d’antisémitisme, c’est la plus grande farce que j’ai entendue de ma vie »
Benoît Payan, qui n’a pas encore consulté les enregistrements de la séance, appelle à la prudence. « Si les mots rapportés par l’extrême droite à l’endroit de Fabienne Bendayan ont bien été prononcés, alors c’est inacceptable. Je vais lui remettre les enregistrements afin qu’elle puisse les examiner. Si ces propos ont été tenus, cela relève de la justice. Mais l’extrême droite parlant d’antisémitisme, c’est la plus grande farce que j’ai entendue de ma vie. »
Cette fin de séance sous haute tension a relégué au second plan les quelque 170 délibérations examinées par le conseil municipal, sur lesquelles nous reviendrons.
Reportage Joël BARCY



