Publié le 28 juin 2026 à 23h39 - Dernière mise à jour le 28 juin 2026 à 23h39
Pour sa dernière assemblée plénière à la tête de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier n’a pas présidé une simple séance administrative. Derrière les rapports consacrés à la cybersécurité, au pouvoir d’achat, à l’agriculture, aux transports ou encore aux Jeux olympiques d’hiver de 2030, c’est le bilan de près de dix années de présidence qui s’est dessiné. Une séance où se sont mêlés défense du bilan, affrontement politique avec le Rassemblement national et émotion au moment de refermer un chapitre de sa vie publique.

Il y avait un parfum particulier dans l’hémicycle de l’Hôtel de Région. Cette assemblée plénière ne ressemblait pas aux précédentes. Pour la dernière fois, Renaud Muselier prenait place au fauteuil de président de l’assemblée régionale avant de quitter ses fonctions. Dès les premiers instants, le ton est donné. « Cette plénière sera vraisemblablement la dernière où j’aurai l’honneur de présider », annonce-t-il aux élus, avant de rappeler la bonne santé financière de la collectivité, notée A+, une capacité de désendettement de 7,5 ans, une épargne brute de 420 millions d’euros et une double certification en matière de qualité et de lutte contre la corruption, unique parmi les régions françaises. Mais derrière ces indicateurs financiers, le président veut surtout montrer la cohérence de l’action engagée depuis 2017. Les rapports soumis au vote ne sont pas, selon lui, une addition de décisions techniques. Ils traduisent une même ambition : faire évoluer le rôle de la Région face aux nouveaux défis économiques, climatiques et sociétaux. Il énumère les principaux dossiers de la journée : lutte contre les violences sexistes et sexuelles, stratégie régionale de cybersécurité, économie circulaire, création d’une réserve d’agents volontaires, soutien au pouvoir d’achat ou encore préparation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2030.
Une Région qui revendique l’anticipation
La canicule qui frappe alors le pays offre au président une transition toute trouvée pour défendre l’une des politiques emblématiques de son mandat : la COP d’avance. « Ce n’est pas un catalogue de promesses », insiste-t-il en présentant les résultats obtenus : hausse de la fréquentation des transports régionaux, développement des ports propres, protection des espaces naturels, investissements dans l’irrigation, soutien aux énergies renouvelables, rénovation énergétique des bâtiments ou encore plantation de cinq millions d’arbres pendant le mandat. Pour Renaud Muselier, ces choix traduisent une volonté d’anticiper les effets du changement climatique plutôt que de les subir. Cette logique irrigue d’ailleurs plusieurs des délibérations adoptées au cours de la séance.
La stratégie régionale de cybersécurité figure parmi les plus importantes. Face à la multiplication des attaques informatiques contre les entreprises, les collectivités et les établissements publics, la Région poursuit le développement de son Centre régional de réponse aux incidents cyber (CSIRT). L’objectif est de renforcer la prévention, d’accompagner les entreprises et de sécuriser un territoire qui accueillera notamment les Jeux olympiques d’hiver de 2030. Dans le même esprit, les élus approuvent la création d’une réserve d’agents régionaux volontaires, mobilisables lors de catastrophes naturelles, de crises sanitaires ou d’événements climatiques majeurs. Le pouvoir d’achat demeure également un marqueur du mandat avec le retour de l’aide régionale destinée aux boîtiers de conversion au superéthanol E85. Une mesure présentée comme une réponse concrète à l’augmentation des dépenses contraintes des ménages. À cela s’ajoutent le Plan Bio 2026-2028, destiné à soutenir une filière agricole fragilisée, le renforcement de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans les transports régionaux ainsi que la création du label « Les Trésors du Sud », destiné à valoriser le patrimoine des communes de Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Les Jeux olympiques au cœur des débats
Mais c’est un autre sujet qui va rapidement dominer les échanges : les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2030. Longuement, Renaud Muselier revient sur le retrait des épreuves de glace initialement prévues à Nice. Il évoque une décision lourde de conséquences pour le territoire, détaillant les retombées économiques perdues, les investissements abandonnés, la disparition du projet de patinoire olympique, du village des athlètes, du centre des médias et des équipements qui devaient accompagner l’événement.
Selon les évaluations citées par le président, les pertes cumulées pourraient atteindre près d’un milliard d’euros. « C’est une grande tristesse », confie-t-il, tout en affirmant que l’aventure olympique se poursuivra autour du pôle de Briançon et des infrastructures ferroviaires appelées à desservir les Alpes du Sud.
Le départ du RN avant même le débat
La seule véritable tension politique de cette dernière plénière intervient précisément sur ce dossier. Avant même que Jacqueline Bouyac ne présente un vœu consacré aux conséquences du retrait des épreuves de glace de Nice, les élus du Rassemblement national quittent l’hémicycle. Ils ont pris connaissance du texte et choisissent de ne pas assister à sa présentation.
Dans son intervention, Jacqueline Bouyac accuse directement Éric Ciotti d’avoir privé Nice d’une opportunité historique. Elle rappelle que la ville devait accueillir le hockey sur glace, le curling, le patinage artistique, le village olympique, les cérémonies de clôture et le principal centre des médias. Elle chiffre les retombées économiques perdues entre 800 millions et un milliard d’euros et souligne les investissements que la Région a consacrés à Nice ces dernières années, estimant que le maire de la ville entretient désormais « un conflit permanent » avec les institutions régionales et nationales.
Constatant les travées vides du RN, Renaud Muselier ne cache pas son irritation. « Quand on rappelle des faits, ils s’en vont. Nous, on reste, on écoute, on débat. Eux s’en vont parce qu’ils ne veulent pas supporter la vérité ni le débat », lance-t-il avant de poursuivre les travaux de l’assemblée. Revenue dans l’hémicycle, l’opposition défend ensuite un vœu demandant une révision de la participation financière de la Région aux Jeux de 2030, estimant que la disparition du pôle glace niçois impose un nouveau partage des dépenses. Le vice-président chargé des finances, Jean-Pierre Colin, balaie cette analyse. « La seule question est de savoir qui remplacera ce que notre territoire a perdu », répond-il, évoquant les emplois, les investissements, les marchés publics, les équipements sportifs et les retombées touristiques qui disparaissent avec le retrait des épreuves de glace. « Le retrait du pôle glace niçois est une perte et en aucun cas une économie », affirme-t-il, qualifiant même cette décision de « vraie faute politique ».
« Je ne pars pas, je quitte la présidence »
L’émotion gagne finalement l’hémicycle au moment de conclure cette ultime assemblée. Pendant plusieurs minutes, Renaud Muselier délaisse les rapports pour livrer un discours beaucoup plus personnel. Il revient sur près de dix années passées à la tête de la Région, le redressement des finances, les investissements européens, les contrats de plan État-Région, le développement des grandes filières économiques et sa volonté constante de rassembler un territoire aux identités multiples. « On n’est pas des Pacaïens. On est des Provençaux, des Alpins, des Azuréens », lance-t-il, revendiquant une vision de la Région fondée sur la diversité de ses territoires et leur capacité à travailler ensemble. Puis vient le moment de l’annonce. « Je ne pars pas. Je quitte la présidence. » Le candidat au Sénat explique vouloir désormais consacrer son énergie aux échéances nationales, convaincu que la bataille présidentielle sera décisive pour l’avenir du pays. Il remercie sa majorité, l’administration régionale, les agents, les syndicats et l’ensemble des élus avec lesquels il a travaillé. « C’est une décision très lourde, très difficile pour moi. J’aime profondément cette région », confie-t-il. Avant de conclure par une formule qui résume sans doute le mieux son état d’esprit au moment de tourner cette page : « C’est un métier épuisant… et merveilleux. »
Patricia CAIRE



