Publié le 13 août 2026 à 9h30 - Dernière mise à jour le 13 août 2026 à 9h30
De Bach à Schoenberg, en passant par Schumann et Chopin, le pianiste Seong-Jin Cho a ébloui les festivaliers de La Roque-d’Anthéron lors d’un concert jugé par certains comme le plus beau de l’édition 2026.

« C’est à mon sens le plus beau concert de ce Festival. » En quelques mots, ce spectateur, au demeurant violoniste virtuose, résume l’impression générale qui monte des travées du parc de Florans à l’issue de l’éblouissante prestation de Seong-Jin Cho.
Né le 28 mai 1994 à Séoul, le pianiste sud-coréen remporte le concours de Hamamatsu en 2009, avant de décrocher le troisième prix du concours Tchaïkovski en 2011 puis celui du concours Rubinstein en 2014. Il s’impose définitivement sur la scène internationale en remportant, en 2015, le prestigieux concours Chopin. Il vient par ailleurs de consacrer à Ravel deux enregistrements, l’un pour piano solo et l’autre consacré aux concertos. On saluera d’abord l’esprit éclectique de ce virtuose du clavier. Sur scène, l’évidence s’impose. Passer de Bach à Schoenberg, avec des escales chez Schumann et Chopin, n’est certes pas chose aisée. Non seulement Seong-Jin Cho s’en acquitte avec maestria, mais il donne l’impression, par un jeu débarrassé du moindre effet, d’explorer leurs univers dans un constant souci d’unité. Ce fut donc comme un voyage. Après une Partita n° 1 de Bach à couper le souffle, comme on ne l’entend que très rarement, il propose la difficile Suite pour piano, opus 25 de Schoenberg, œuvre en cinq mouvements qui s’achève par une Gigue majestueuse. « Je ne comprends rien à Schoenberg et, d’habitude, je n’aime pas les œuvres de ce compositeur dont l’esthétique m’est tout à fait étrangère », confie un autre spectateur, pourtant absolument ébloui par ce qu’il vient d’entendre. S’affranchissant de la gamme et du mode pour fonder son œuvre sur la série dodécaphonique tout en revisitant des danses anciennes, Schoenberg donne ici au piano un éclat singulier. Sous les doigts de Seong-Jin Cho, l’œuvre prend une étonnante luminosité.
Un « Carnaval » de Schumann avec un clin d’œil à « La Marseillaise »
Pour le Carnaval de Vienne de Schumann, qui conclut la première partie, Seong-Jin Cho densifie encore son jeu et les sonorités de son piano. Truffée d’allusions à Beethoven, Haydn et Chopin, sans oublier un clin d’œil à La Marseillaise, cette œuvre s’apparente à une sonate en cinq mouvements. Là encore, le pianiste fait des merveilles, sachant notamment restituer la gravité qui affleure à certains instants derrière l’exubérance de l’œuvre. À la frénésie de Schumann répondent, après l’entracte, les valses à fleur de peau de Chopin. Le pari était audacieux : enchaîner quatorze valses, dont celles dites du « Petit Chien » et de « L’Adieu », aurait pu finir par lasser. Seong-Jin Cho réussit exactement l’inverse. Passionnant à entendre, invitant au rêve, tour à tour intimiste et joyeux, ce parcours parmi les valses de Chopin s’impose par la chronologie choisie autant que par la diversité des couleurs que le pianiste parvient à leur donner. L’audace de Seong-Jin Cho fait, là encore, des merveilles, concluant de manière généreuse et solaire la prestation sublime de l’un des plus grands pianistes de sa génération.
Jean-Rémi BARLAND



