Ebola en RDC : l’OMS maintient l’urgence internationale face à une épidémie « loin d’être maîtrisée »

Publié le 19 août 2026 à 9h54 - Dernière mise à jour le 19 août 2026 à 9h56

Avec 4 945 cas confirmés et 2 325 décès, l’épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo est déjà la plus importante jamais enregistrée dans le pays. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) maintient l’urgence de santé publique de portée internationale et alerte sur un risque de propagation « très élevé » en RDC et « élevé » dans plusieurs pays voisins.

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Ebola en RDC : l’OMS maintient l’urgence de santé publique de portée internationale. © Illustration générée par IA

L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) demeure une urgence de santé publique de portée internationale. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, l’a annoncé mardi 18 août à l’issue d’une nouvelle réunion du Comité d’urgence de l’agence onusienne.

Ce statut avait été instauré le 17 mai. Trois mois plus tard, le Comité d’urgence estime que les conditions restent réunies pour le maintenir alors que l’épidémie continue de faire peser une menace importante sur la RDC et les pays voisins. Tedros Adhanom Ghebreyesus appelle les gouvernements et les partenaires internationaux à intensifier leurs efforts et à mobiliser les moyens nécessaires au cours des prochains mois.

Déjà 2 325 morts

La situation reste particulièrement préoccupante. Selon le dernier bilan de l’OMS, 4 945 cas confirmés et 2 325 décès ont été enregistrés. Des cas ont été recensés dans six provinces. Cette flambée est désormais la plus importante jamais connue en RDC et la deuxième au niveau mondial, derrière l’épidémie qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, faisant quelque 11 000 morts sur près de 28 000 cas.

Le risque de propagation est considéré comme « très élevé » en RDC, « élevé » en Ouganda et dans d’autres pays voisins, mais « faible » dans le reste de l’Afrique et à l’échelle mondiale. L’OMS avait averti quelques jours auparavant qu’au rythme actuel de propagation, l’épidémie pourrait encore prendre une ampleur sans précédent.

« L’épidémie est loin d’être maîtrisée »

Pour l’agence onusienne, la progression du virus se fait à une vitesse « sans précédent ». L’insécurité, les déplacements de population ainsi que l’importance des mouvements le long des routes, des cours d’eau et dans les zones minières compliquent considérablement le travail des équipes sanitaires. « L’épidémie est loin d’être maîtrisée », prévient Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui estime qu’elle a « pris une longueur d’avance considérable » sur les équipes mobilisées pour tenter de l’endiguer. Aux difficultés sanitaires s’ajoutent les problèmes de sécurité. À Kandoy, dans le territoire d’Aru, un chauffeur d’ambulance a été blessé et trois véhicules vandalisés lors de l’attaque d’une équipe chargée de la riposte.

Julien Harneis, coordinateur principal de l’ONU pour Ebola, a qualifié cette attaque, perpétrée dans le nord de l’Ituri par un groupe de motards, d’« inacceptable ». Les Nations Unies rappellent que les civils, les personnels de santé et les travailleurs humanitaires ne doivent pas être pris pour cible.

Les motards associés à la lutte contre le virus

Les motards occupent paradoxalement une place centrale dans le dispositif mis en œuvre contre le virus Ebola de type Bundibugyo. Très présents dans le transport des personnes et des dépouilles, ils figurent parmi les populations particulièrement exposées. L’OMS cherche désormais à les associer directement à la surveillance épidémiologique. L’objectif est qu’ils puissent signaler le transport d’une personne malade, prévenir les équipes sanitaires et permettre à un éventuel cas suspect d’être rapidement testé. « Nous voulions aller plus loin encore, en les transformant en agents de surveillance et d’intervention », explique Thierno Baldé, responsable de la gestion de l’épidémie à l’OMS.

100 épidémiologistes supplémentaires et 400 lits

Les moyens engagés sont parallèlement renforcés. Cent épidémiologistes experts supplémentaires doivent être déployés dans les zones sanitaires. Ils bénéficieront de l’appui de plus de 500 agents de santé communautaires, chargés notamment de rechercher les contacts, d’identifier les nouveaux cas et de favoriser leur suivi. Quelque 400 lits supplémentaires ont également été installés dans différents établissements au cours des deux dernières semaines. Des progrès commencent à apparaître dans certaines localités. À Lita et Nizi, où les équipes étaient encore submergées par les décès il y a six ou sept semaines, l’OMS ne recense désormais plus que quelques cas et quelques morts. Les défunts peuvent également être enterrés rapidement, dans des conditions sûres et dignes, élément essentiel pour empêcher la transmission du virus.

Seulement 60 % des besoins financés

Ces premiers résultats restent fragiles. L’OMS insiste sur la nécessité de renforcer les enterrements sécurisés, la surveillance épidémiologique et la coordination avec les pays voisins afin d’empêcher une extension régionale de l’épidémie. La question financière demeure également préoccupante. Sur les 115 millions de dollars jugés nécessaires à la riposte, environ 60 % seulement ont jusqu’à présent été mobilisés. Dans l’Est de la RDC, les équipes doivent en outre intervenir auprès de populations déjà durement éprouvées par les violences et les déplacements. Sur le site de Kigonze, près de Bunia, un centre de transit de huit lits permet ainsi d’isoler et de tester rapidement les cas suspects. Esther, 19 ans, y incarne aussi l’espoir des survivants. Après avoir contracté Ebola et perdu sa mère, elle travaille désormais auprès d’enfants malades dans un centre de traitement. Son message aux habitants est simple : « N’ayez pas peur. Ne restez pas à la maison pour y mourir. Si vous ne vous sentez pas bien, allez à l’hôpital. »

Alors que l’épidémie menace toujours de franchir les frontières de la RDC, l’OMS appelle à maintenir la mobilisation et à assurer un financement durable de la riposte.

Anna CHAIRMANN avec ONU Info

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