Tribune. Réapprendre à reconnaître le fascisme, rouge et brun : les émeutiers faussement lycéens comme épreuve de perspicacité

Publié le 6 octobre 2026 à 7h56 - Dernière mise à jour le 6 octobre 2026 à 7h56

 

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Dans son nouvel éditorial mensuel, La Drôle d’Epoque, Eric Delbecque traitera des sujets plus variés, abordant de nouveaux horizons, pour essayer de contribuer à rendre compte d’une singulière période, que l’on a longtemps pensée (à la fin du siècle dernier), une nouvelle Belle Epoque, faite de digital et de « mondialisation heureuse », alors qu’elle semble parfois prendre les formes d’une « drôle de guerre », que l’on voudrait éviter de voir finir en « étrange défaite »… A l’abordage donc, avec les armes qui restent, discernement et humanité.

À la suite de la lecture d’une ébauche du présent article, une conversation avec un brillant jeune homme, que je considère comme l’un de mes fils, m’a grandement interloqué et conduit à réviser le plan d’exposition de mes arguments. « Tu sais, m’a-t-il dit, je crois que beaucoup de gens ne reconnaissent plus le fascisme quand il se promène sous leurs yeux. Il faut leur réexpliquer. Or, tu pars du principe qu’ils définissent parfaitement ce terme et comprennent exactement ce dont tu parles ». Réflexion faite, il m’apparaît qu’il a probablement raison.

 

Il y a dans les événements actuels autour des lycées quelque chose d’extrêmement sidérant pour les esprits, ceux de nos concitoyens j’entends, visiblement pas ceux de nos politiques ; tout un chacun, doté de sens commun, comprend instinctivement que les bases de notre contrat social depuis 1945 sont ébranlées par une bande de factieux qui ne se dissimulent quasiment plus. Mais une part substantielle de nos contemporains ne se rappelle plus les expressions premières du fascisme et ne se rende pas immédiatement compte de ce qui se joue de façon maintenant récurrente dans notre pays.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en France, nous avons éduqué trois générations dans la conviction que les fins ne justifient pas les moyens, et que la violence n’a rien de romanesque. A partir de la répression de l’insurrection hongroise par l’Armée rouge en 1956, lorsque le régime soviétique commença à révéler, sans plus de contestation possible, sa véritable nature, c’est-à-dire totalitaire – de la police politique aux camps de travail en passant par l’antisémitisme et le contrôle des esprits –, il devint progressivement clair que l’on ne pouvait plus prétendre construire des « lendemains qui chantent » – pour reprendre les slogans marxistes-léninistes – sur des exécutions et des goulags, ou même simplement en osant soutenir un État érigeant la domination politique violente en outil de gouvernement.

Or, voilà que les membres d’un parti politique d’extrême gauche se confondant presque aujourd’hui avec l’ultragauche (laquelle se différencie – en théorie – de l’extrême parce qu’elle revendique la violence et refuse le jeu institutionnel et parlementaire), héritiers du projet idéologique de l’Union soviétique (son chef ne se revendique-t-il pas d’origine trotskiste ?), saupoudré d’anarchisme autonome (à la base des Black Blocs) et de zadisme cuirassé d’écologisme radical antihumaniste, favorisent la mobilisation de groupes de brutes ! Des brutes pratiquant le pillage, l’incendie volontaire et le lynchage, s’attaquant à des enseignants, à des citoyens et aux forces de l’ordre, bref : justifient l’usage de la violence la plus repoussante et stupide, donc la plus fascisante, au nom de l’avènement d’une table rase fantasmée… Et l’on se retrouve, nous, citoyens héritiers des Lumières, une fois de plus désemparés !

Désemparés en constatant que l’État semble démuni, que nos gouvernants et l’opposition courent une fois de plus après les événements, et que « l’Autorité » n’a plus guère de capacité à jouer son rôle de dissuasion symbolique. L’État ne remplit plus son rôle de rempart puissant, rapide et décisif au moment où le peuple a le plus besoin de lui. Seules les forces de l’ordre – unique instrument de l’État qui, vaille que vaille, contient l’anomie sociale –, policiers et gendarmes, nous servent de dernier rempart nous séparant d’un chaos de plus en plus menaçant.

Les violences urbaines enflamment une énième fois la France, et l’absence de revendications clarifiées n’est pas sans rappeler la paysannerie kaamelottienne de l’œuvre d’Alexandre Astier : « Révolte ! Mais au fond, pourquoi qu’on gueule ? ».

En revanche, les petites brutes, elles, savent parfaitement qu’elles n’ont aucun projet si ce n’est la propagation de la sauvagerie, de l’émeute et de la « bordélisation » généralisée. Et, j’y viens, que voyons-nous prendre forme et s’étendre devant nous ? Exactement ce que la génération de nos grands-parents (je parle pour les quinquas) a vu au siècle dernier à partir de 1919 : la « peste brune », en Italie et en Allemagne, le fascisme squadriste (né à l’extrême gauche je le rappelle, notamment via Benito Mussolini) puis le nazisme (forme locale de la matrice fasciste), tous deux frères du bolchevisme, du communisme lénino-stalinien. Comment se caractérisait ce fascisme aux formes multiples ? Par la combinaison de la violence de rue (les squadristes ou chemises brunes, dites SA), des incendies volontaires, des tabassages, des lynchages, des destructions de magasins, des opérations d’intimidation, et d’une idéologie poussant à l’insurrection, au nom d’une révolution aux contenus nébuleux, mais clairement orchestrée et propagée par des aventuriers politicards détestant la démocratie, le dialogue et les libertés individuelles, à commencer par le droit de vivre en paix et en sécurité. Vous me voyez venir je pense… Regarder la stratégie et les tactiques de LFI par vous-mêmes, dans le détail, et forgez-vous votre propre opinion. La mienne est faite.

Alors que cette nouvelle « barbarie de proximité », aveugle par essence, envahit l’ensemble du territoire national, le plus inquiétant est probablement de mesurer son degré d’infiltration dans le tissu social. Ces petits malfrats aux parfums totalitaristes fracasseront-ils les portes de nos maisons ? De plus en plus de Françaises et de Français redoutent la réponse.

Éric Delbecque est l’auteur de « La Trahison des élites », son dernier ouvrage dans lequel il analyse la crise du leadership et interroge la capacité de nos élites à exercer réellement leurs responsabilités. Retrouvez également sur Destimed notre entretien avec Éric Delbecque consacré à « La Trahison des élites ».
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