Chronique. La parole est à Viou: Ploum ploum. Ce sera toi… ou pas

Publié le 8 septembre 2026 à 8h21 - Dernière mise à jour le 8 septembre 2026 à 8h21

Destimed a ouvert une nouvelle fenêtre sur le débat avec « La parole est à Viou », une chronique portée par la plume libre et engagée de Viou. Ce rendez-vous assume un ton personnel, curieux, parfois piquant mais toujours ouvert. Ici, la réflexion se fait sans détour, avec le goût des idées, des points de vue qui se confrontent, et des questions qui ouvrent la discussion. Cette chronique donne voix à une lecture singulière de l’actualité, aux angles parfois à contre-courant. La parole est à Viou à contredire, à débattre.

Ça y est, la saison est ouverte. Les prétendants avancent, chacun avec son costume de circonstance, sa gravité de façade, son petit air de dire : me voilà, prêt à tenir le pays. On connaît la chorégraphie. Elle revient à chaque grande échéance avec la régularité d’un refrain qu’on n’a jamais vraiment appris mais que l’on reconnaît dès la première note.

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© Hagay Sobol

Le décor, lui, a changé de densité. Le pays vit dans une sorte de simultanéité nerveuse : les prix, les salaires, l’école, l’hôpital, les réseaux, l’IA, les tensions internationales, la fatigue démocratique. Tout arrive ensemble, comme si le réel avait décidé de ne plus attendre son tour. Dans ce brouhaha, les repères se brouillent, et les discours les plus simples gagnent mécaniquement en volume.

Aux extrêmes, le procédé est presque mécanique.

On prend un sujet qui fâche, qui inquiète ou qui divise  le voile, les riches, l’immigration, la laïcité, la sécurité  et on le jette dans l’arène. Ensuite, le petit théâtre fait le reste : toi tu dis oui, moi je dis non, toi tu fais monter la tension, moi je l’exploite. Le but n’est pas de résoudre. Le but est de polariser. De tendre les nerfs. D’occuper la scène. De parler aux réflexes, pas à la raison.

Le plus habile, c’est que tout cela part d’un réel qui existe. Ces questions ne sont pas des inventions de communication. Elles touchent à la vie commune, aux limites du vivre-ensemble, à la place de chacun dans un pays qui doute de lui-même. Mais au lieu de les traiter, on les transforme en munitions. On ne cherche pas à éclairer les problèmes ; on les met en scène. On ne propose pas une réponse ; on organise une crispation. Et l’on s’étonne ensuite que le pays se fracture comme un miroir trop longtemps frappé.

Paul Valéry avait cette formule, toujours intacte : « La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. » On pourrait dire qu’on a simplement modernisé la méthode. Le brouillage a gagné en vitesse, le vacarme en efficacité, et la diversion en technologie.

Au centre, la musique change

Ici, on ne frappe pas. On rassure. On se montre. On s’applique à paraître proche, ordinaire, presque familier. Une frite tournée devant les caméras, un chien caressé, un passage au camping parmi les vacanciers, une poignée de mains, une promenade, un marché, un détour par les scènes de tous les jours. L’image dit : je suis un Français normal. Je connais la vie. Je suis des vôtres. C’est habile. Parfois sincère. Et souvent suffisant pour l’époque. Mais il y a un malentendu discret dans cette manière de faire : elle suppose qu’un pays chercherait d’abord un semblable. Or un président n’est pas élu pour ressembler à la moyenne du jour. Il est choisi pour supporter ce que la moyenne ne veut pas regarder trop longtemps. Il lui faut autre chose qu’une présence. Il lui faut une tenue. Une colonne vertébrale. Un rapport sérieux au temps long, au conflit, à l’arbitrage, à la décision.

Le vrai piège, c’est que nous avons appris à confondre la familiarité avec la capacité. L’image avec l’épaisseur. La proximité avec l’autorité. On regarde la mise en scène, on commente la posture, on juge le décor, et pendant ce temps-là, le réel continue sans nous attendre. Il ne se laisse pas convaincre par un bon angle de caméra.

Et puis il y a nous

Nous qui regardons tout cela comme un spectacle, tout en prétendant en avoir assez. Nous qui voulons du sérieux, mais consommons d’abord du rythme. Nous qui réclamons des solutions, mais nous arrêtons volontiers à la surface des personnes. Nous qui demandons à être rassurés sans être dérangés, gouvernés sans être contredits, éclairés sans effort. Alors, au fond, qu’est-ce qu’on élit ? Un bon orateur ? Un bon acteur ? Un bon passeur d’émotions ? Ou bien un président capable d’affronter ce qui vient -le climat, l’économie, la souveraineté, le social, la culture, la radicalité, les tensions du pays-  avec autre chose qu’un sourire de campagne et des phrases bien calibrées ?

C’est là que la vraie question commence. Pas dans le vacarme des camps. Pas dans le jeu des postures.  Mais dans cette exigence plus austère, et pourtant décisive :  la capacité à faire face.

Ploum ploum … ou pas

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