Publié le 7 septembre 2026 à 9h58 - Dernière mise à jour le 7 septembre 2026 à 9h58
Septembre fait irruption sans trêve estivale à Bruxelles. À l’horizon, le magnétisme de l’élection présidentielle française de 2027 commence à polariser l’agenda continental et, avant Noël, le jeu des prétendants à l’Élysée sera déjà dessiné. Cependant, la véritable bataille communautaire se livre aujourd’hui sur d’autres fronts, où la solidité du projet européen est mise à l’épreuve.

Au sein du Service européen pour l’action extérieure (SEAE)
La collision institutionnelle est désormais ouverte. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, veut stopper net le projet de l’axe franco-allemand qui vise à subordonner son organigramme au cabinet de la présidence de la Commission. Pour Kallas, le blocage diplomatique ne relève pas d’un défaut de conception organique, mais du carcan paralysant du principe de l’unanimité, qui neutralise toute réponse géopolitique décisive.
L’ombre de son prédécesseur, Josep Borrell, pèse sur les débats : une période marquée par des personnalismes qui ont érodé la cohésion des Vingt-Sept, avec une usure particulièrement visible dans les échanges avec les autocraties latino-américaines. Néanmoins, prétendre abolir l’unanimité équivaut à franchir un point de non-retour. Transformer l’adoption d’accords stratégiques en une imposition de majorités ne dynamisera pas le club : cela brisera son équilibre fondateur et ouvrira une voie imprévisible vers la décomposition du bloc. Les institutions de l’UE ont élargi leurs prérogatives bien au-delà de leur mandat originel, se déconnectant de la sensibilité et de la souveraineté des États membres.
Berlin incarne l’épicentre de cette tension
Friedrich Merz et la coalition fédérale évoluent sur un échiquier régional à haut risque : chaque échéance électorale dans les Länder menace d’effriter l’autorité des partis traditionnels, incapables de rééditer le pacte social de la reconstruction d’après-guerre. Le long héritage d’Angela Merkel a instauré des inerties qui indisposent aujourd’hui une société allemande épuisée par des programmes communautaires perpétués sans audits indépendants d’efficacité ni reddition de comptes. L’axiome du déficit zéro appartient désormais au passé. La mutualisation récurrente de la dette communautaire pour financer des lignes budgétaires européennes à la rentabilité douteuse se heurte de plein fouet à l’orthodoxie budgétaire allemande, contrainte de se plier aux arrêts de la juridiction européenne. Si la classe politique allemande n’endigue pas l’hémorragie des dépenses à Bruxelles, les forces historiques seront balayées de l’échiquier.
Ce choc structurel se répercute sur les autres piliers de l’Union :
Leadership à Rome : Giorgia Meloni consolide sa position en atteignant 1 413 jours consécutifs au Palais Chigi, pulvérisant le record historique de Silvio Berlusconi et s’affirmant comme un acteur incontournable au Conseil.
Le dilemme de l’élargissement : les ministres réunis à Dublin ont convenu d’avancer sur l’adhésion de l’Ukraine, de la Moldavie et des Balkans occidentaux, une ouverture qui intensifie la lutte pour les ressources et la gouvernance.
La bataille budgétaire (2028-2034) : le commissaire Piotr Serafin insiste sur un plafond de 2 000 milliards d’euros sous le vieux mot d’ordre « plus de dépenses, plus d’Europe ». Une thèse à laquelle le ministre allemand Gunther Krichbaum a opposé un veto sans détour : un chéquier plus généreux sans réformes n’apporte aucun leadership ; il ne fait qu’amplifier l’inefficacité. Néanmoins, je pense que l’Allemagne finira par se plier aux prétentions de la Commission, comme elle le fait depuis la Covid.
Déploiement industriel et calcul informatique : malgré l’engagement de 3 milliards d’euros pour des macro-usines d’intelligence artificielle -porté par Berlin, qui finance un tiers du fonds-, neuf capitales ont jeté l’éponge en invoquant l’asphyxie de leurs finances publiques.
Le bras de fer commercial avec Pékin : la Commission a fixé le mois d’octobre comme date butoir pour endiguer un déficit qui draine 1 milliard d’euros par jour hors du marché intérieur, sous la menace latente d’une dépendance à 98 % envers les terres rares transformées par le géant asiatique. La Chine, fidèle à ses habitudes, gardera le silence et poursuivra sa politique commerciale ambitieuse. Et cette dynamique ne fera que s’amplifier à mesure que sa production industrielle dépassera, sans l’ombre d’un doute, une industrie européenne en net déclin. À titre d’exemple, les voitures chinoises se vendent chaque jour davantage en Europe.
La solution…
L’issue de cette crise d’orientation dépendra, en dernier ressort, de la configuration du pouvoir qui émergera à Paris et à Berlin. D’ici là, l’Europe continuera d’administrer sa propre et dramatique fragilité universelle.
D’origine espagnole, José Fernandez Alcalde a débuté sa carrière en tant que fonctionnaire en Espagne avant de rejoindre les institutions européennes, où il a exercé pendant 22 ans dans le domaine du contrôle financier. Cette expérience internationale, enrichie par des missions dans plusieurs pays dont la Belgique, lui a permis de développer une expertise de haut niveau au sein des structures européennes. Parallèlement, il a travaillé comme consultant en droit commercial et fiscal auprès d’entreprises à Madrid pendant plus de cinq ans. Titulaire d’une licence en droit de l’Université de Madrid, il demeure une référence en gestion financière et conseil stratégique.
🇪🇸 Versión en español
Crónica Europa de José Ignacio Alcalde. El otoño europeo: la aritmética de la fractura
Septiembre irrumpe en Bruselas sin tregua estival. En el horizonte, el magnetismo de las elecciones presidenciales francesas de 2027 comienza a polarizar la agenda continental y, antes de Navidad, el juego de los aspirantes al Elíseo estará ya definido. Sin embargo, la verdadera batalla comunitaria se libra hoy en otros frentes, donde se pone a prueba la solidez del proyecto europeo.
En el seno del Servicio Europeo de Acción Exterior (SEAE)
La colisión institucional ya está abierta. La jefa de la diplomacia europea, Kaja Kallas, quiere frenar en seco el proyecto del eje franco-alemán que pretende subordinar su organigrama al gabinete de la Presidencia de la Comisión. Para Kallas, el bloqueo diplomático no responde a un defecto de diseño orgánico, sino al corsé paralizante del principio de unanimidad, que neutraliza cualquier respuesta geopolítica decisiva.
La sombra de su predecesor, Josep Borrell, pesa sobre los debates: un período marcado por personalismos que erosionaron la cohesión de los Veintisiete, con un desgaste especialmente visible en las relaciones con las autocracias latinoamericanas.
Sin embargo, pretender abolir la unanimidad equivale a cruzar un punto de no retorno. Transformar la adopción de acuerdos estratégicos en una imposición de mayorías no dinamizará el club: romperá su equilibrio fundacional y abrirá un camino imprevisible hacia la descomposición del bloque. Las instituciones de la UE han ampliado sus prerrogativas mucho más allá de su mandato original, desconectándose de la sensibilidad y de la soberanía de los Estados miembros.
Berlín encarna el epicentro de esta tensión
Friedrich Merz y la coalición federal se mueven en un tablero regional de alto riesgo: cada cita electoral en los Länder amenaza con erosionar la autoridad de los partidos tradicionales, incapaces de reeditar el pacto social de la reconstrucción de posguerra. El largo legado de Angela Merkel ha instaurado inercias que hoy incomodan a una sociedad alemana agotada por programas comunitarios perpetuados sin auditorías independientes de eficacia ni rendición de cuentas.
El axioma del déficit cero pertenece ya al pasado. La mutualización recurrente de la deuda comunitaria para financiar partidas presupuestarias europeas de dudosa rentabilidad choca frontalmente con la ortodoxia presupuestaria alemana, obligada a plegarse a las resoluciones de la jurisdicción europea. Si la clase política alemana no contiene la hemorragia del gasto en Bruselas, las fuerzas históricas serán barridas del tablero.
Este choque estructural repercute en los demás pilares de la Unión:
Liderazgo en Roma: Giorgia Meloni consolida su posición al alcanzar 1.413 días consecutivos en el Palacio Chigi, pulverizando el récord histórico de Silvio Berlusconi y afirmándose como un actor imprescindible en el Consejo.
El dilema de la ampliación: los ministros reunidos en Dublín acordaron avanzar en la adhesión de Ucrania, Moldavia y los Balcanes Occidentales, una apertura que intensifica la lucha por los recursos y la gobernanza.
La batalla presupuestaria (2028-2034): el comisario Piotr Serafin insiste en un techo de 2 billones de euros bajo el viejo lema «más gasto, más Europa». Una tesis a la que el ministro alemán Gunther Krichbaum ha opuesto un veto sin rodeos: un talonario más generoso sin reformas no aporta ningún liderazgo; solo amplifica la ineficacia. Sin embargo, pienso que Alemania acabará plegándose a las pretensiones de la Comisión, como viene haciendo desde la Covid.
Despliegue industrial y capacidad de cálculo: pese al compromiso de 3.000 millones de euros para macrofábricas de inteligencia artificial —impulsado por Berlín, que financia un tercio del fondo—, nueve capitales han tirado la toalla alegando la asfixia de sus finanzas públicas.
El pulso comercial con Pekín: la Comisión ha fijado el mes de octubre como fecha límite para contener un déficit que drena 1.000 millones de euros diarios fuera del mercado interior, bajo la amenaza latente de una dependencia del 98 % de las tierras raras procesadas por el gigante asiático.
China, fiel a sus costumbres, guardará silencio y continuará con su ambiciosa política comercial. Y esta dinámica no hará sino amplificarse a medida que su producción industrial supere, sin lugar a dudas, a una industria europea en claro declive. A modo de ejemplo, los automóviles chinos se venden cada día más en Europa.
La solución…
El desenlace de esta crisis de orientación dependerá, en última instancia, de la configuración del poder que emerja en París y Berlín. Hasta entonces, Europa seguirá administrando su propia y dramática fragilidad universal.
De origen español, José Fernandez Alcalde comenzó su carrera como funcionario en España antes de unirse a las instituciones europeas, donde ejerció durante 22 años en el ámbito del control financiero. Esta experiencia internacional, enriquecida por misiones en varios países, incluida Bélgica, le ha permitido desarrollar una destacada experiencia en las estructuras europeas. Paralelamente, trabajó como consultor en derecho mercantil y fiscal para empresas en Madrid durante más de cinco años. Titulado en Derecho por la Universidad de Madrid, sigue siendo una referencia en gestión financiera y asesoramiento estratégico.
🇬🇧 English version
José Ignacio Alcalde’s Europe Chronicle. The European autumn: the arithmetic of fracture
September has burst into Brussels with no summer respite. On the horizon, the magnetic pull of France’s 2027 presidential election is beginning to polarise the continental agenda and, before Christmas, the field of contenders for the Élysée will already have taken shape. Yet the real battle within the European Union is currently being fought on other fronts, where the strength of the European project is being put to the test.
Within the European External Action Service (EEAS)
The institutional clash is now out in the open. The EU’s foreign policy chief, Kaja Kallas, wants to put an immediate stop to the Franco-German project aimed at subordinating her organisational structure to the office of the President of the Commission. For Kallas, the diplomatic deadlock is not the result of a flawed institutional design, but of the paralysing constraints of the unanimity principle, which neutralises any decisive geopolitical response.
The shadow of her predecessor, Josep Borrell, hangs over the debate: a period marked by personal agendas that eroded the cohesion of the Twenty-Seven, with the strain particularly visible in relations with Latin American autocracies.
Nevertheless, seeking to abolish unanimity amounts to crossing a point of no return. Turning the adoption of strategic agreements into the imposition of majority decisions will not revitalise the club: it will break its founding balance and open an unpredictable path towards the disintegration of the bloc. EU institutions have expanded their prerogatives far beyond their original mandate, becoming disconnected from the sensitivities and sovereignty of the Member States.
Berlin is at the epicentre of this tension
Friedrich Merz and the federal coalition are navigating a high-risk regional chessboard: every election in the Länder threatens to further erode the authority of the traditional parties, which are unable to recreate the social pact forged during post-war reconstruction. Angela Merkel’s long legacy has created forms of inertia that now unsettle a German society exhausted by EU programmes perpetuated without independent audits of their effectiveness or proper accountability.
The zero-deficit axiom is now a thing of the past. The recurring mutualisation of EU debt to finance European budget lines of questionable profitability is colliding head-on with German fiscal orthodoxy, which is being forced to comply with rulings from the European judiciary. If Germany’s political class fails to stem the haemorrhage of spending in Brussels, the historic political forces will be swept from the board.
This structural shock is reverberating through the Union’s other pillars:
Leadership in Rome: Giorgia Meloni is consolidating her position after reaching 1,413 consecutive days at Palazzo Chigi, shattering Silvio Berlusconi’s historic record and establishing herself as an indispensable player within the Council.
The enlargement dilemma: ministers meeting in Dublin agreed to move forward with the accession of Ukraine, Moldova and the Western Balkans, an opening that intensifies the struggle over resources and governance.
The budget battle (2028-2034): Commissioner Piotr Serafin insists on a €2 trillion ceiling under the old slogan of “more spending, more Europe”. German minister Gunther Krichbaum has responded with an unequivocal veto: a more generous chequebook without reforms provides no leadership; it merely amplifies inefficiency. Nevertheless, I believe Germany will ultimately bow to the Commission’s demands, as it has done since Covid.
Industrial deployment and computing capacity: despite a €3 billion commitment to artificial intelligence megafactories — driven by Berlin, which is financing one third of the fund — nine capitals have thrown in the towel, citing the suffocation of their public finances.
The trade stand-off with Beijing: the Commission has set October as the deadline for curbing a deficit that drains €1 billion a day from the internal market, against the backdrop of a looming 98% dependence on rare earths processed by the Asian giant.
China, true to form, will remain silent and continue pursuing its ambitious trade policy.
And this dynamic will only intensify as its industrial production surpasses, without a shadow of a doubt, a European industry in clear decline. Chinese cars, for example, are selling in ever greater numbers across Europe.
The solution…
The outcome of this crisis of direction will ultimately depend on the configuration of power that emerges in Paris and Berlin. Until then, Europe will continue to manage its own dramatic and universal fragility.
Originally from Spain, José Fernandez Alcalde began his career as a civil servant in Spain before joining the European institutions, where he worked for 22 years in the field of financial control. This international experience, enriched by assignments in several countries including Belgium, allowed him to develop high-level expertise within European structures. At the same time, he worked as a consultant in commercial and tax law for companies in Madrid for more than five years. Holding a law degree from the University of Madrid, he remains a reference in financial management and strategic consulting.



