Publié le 12 septembre 2026 à 20h36 - Dernière mise à jour le 12 septembre 2026 à 20h38
La liquidation de Fibre Excellence Provence n’a pas refermé le dossier de l’usine de Tarascon. Elle en ouvre désormais un autre, celui de la sécurisation d’un site industriel sensible après le licenciement de ses 270 salariés. Force Ouvrière accuse le mandataire liquidateur de ne pas respecter les prescriptions imposées par l’État et reproche à la préfecture de ne pas les avoir fait appliquer. Le préfet de région, Jacques Witkowski, répond avec fermeté en mettant directement en cause les responsables de la liquidation. Il annonce une mise en sécurité immédiate du site et une astreinte pouvant atteindre 50 000 euros par jour. Dans le même temps, il confirme que des industriels commencent déjà à manifester leur intérêt pour l’avenir de l’usine.
FO dénonce une situation devenue dangereuse
L’Union départementale FO 13, avec notamment le syndicat FO Fibre Excellence Provence et les unions locales d’Arles et de Tarascon, dénonce via un communiqué : « Le non-respect, par le mandataire liquidateur, des prescriptions et obligations fixées par la Préfecture des Bouches-du-Rhône », mais également « l’inaction » de cette dernière pour les faire appliquer. Pour le syndicat, la sécurisation d’un tel site industriel ne peut être confiée du jour au lendemain à des intervenants qui n’en maîtrisent pas suffisamment le fonctionnement. FO estime que les compétences et les savoir-faire nécessaires « ne peuvent pas se transmettre en un claquement de doigts, ni de façon improvisée ».
Le syndicat accuse notamment le liquidateur d’avoir voulu réduire au maximum le nombre de salariés affectés à la sécurité pour confier ces missions à des entreprises extérieures, dont il ne conteste pas les compétences mais souligne l’inexpérience sur ce site particulier. FO affirme que cette situation aurait déjà entraîné des conséquences sur les eaux du Rhône et évoque également, avec davantage de prudence, un possible impact sur les nappes phréatiques.
Jacques Witkowski : « Je suis obligé de taper du poing sur la table »
La réponse du préfet de région Jacques Witkowski est particulièrement ferme. S’il ne partage pas la mise en cause de l’État formulée par FO, il confirme en revanche l’existence d’un problème sérieux dans l’exécution des mesures de sécurité demandées au liquidateur. « Ce qui était anormal aujourd’hui, c’est que les personnes chargées de la liquidation ont refusé depuis quinze jours, trois semaines, de se conformer à ce qui était demandé », explique-t-il. Une situation qui l’a conduit, selon ses termes, à « taper du poing sur la table » et à saisir la justice pour obtenir l’exécution de mesures qu’il considère comme relevant « d’une banalité absolue », puisqu’elles visent à protéger les populations vivant autour de l’usine ainsi que l’environnement. Pour le représentant de l’État, la mise en sécurité doit désormais intervenir « immédiatement ». L’évacuation de certains éléments présents sur le site pourra, elle, nécessiter davantage de temps. Le préfet prévient également que la décision de justice s’impose au liquidateur. Outre les éventuelles conséquences pénales d’une absence d’exécution, une astreinte de 50 000 euros par jour est prévue en cas de non-mise en œuvre des mesures prescrites.
FO réclame le retour de salariés pour sécuriser l’usine
Reste un profond désaccord sur les moyens humains nécessaires. FO estime que les salariés de Fibre Excellence disposent d’une connaissance irremplaçable des installations et réclame leur réintégration lorsqu’ils sont indispensables à la sécurisation du site. Le syndicat ne renonce pas davantage à son combat initial contre la disparition de l’activité. Il continue de réclamer une nationalisation temporaire de Fibre Excellence afin de préserver les 270 emplois directs et les 5 000 emplois indirects qu’il estime menacés dans le Sud-Est et au-delà.
Jacques Witkowski ferme cependant la porte à un retour en arrière dans le cadre actuel de la procédure. « Tous les salariés de Fibre Excellence, selon la procédure légale, ont été licenciés », rappelle-t-il. Ils ont reçu leur notification de licenciement et sont, selon le préfet, en cours de perception de leurs indemnités. L’État indique parallèlement mettre en place, avec France Travail et ses services chargés de l’emploi, un dispositif destiné à favoriser le reclassement et le retour à l’emploi des anciens salariés.
Des industriels commencent à regarder le site
La déclaration du préfet apporte également un élément nouveau concernant l’avenir de Fibre Excellence. Alors que la Région et l’agglomération d’Arles sont associées aux premières réflexions sur le devenir du site, Jacques Witkowski révèle l’existence de « quelques manifestations d’intérêt » de la part d’opérateurs industriels. Il est cependant encore trop tôt pour parler de candidats à la reprise. Le préfet rappelle qu’aucune offre ne pourra réellement être formulée avant l’achèvement de la procédure de liquidation et, surtout, avant que le site ait été mis en sécurité et que les conditions de sa dépollution et de son éventuelle réutilisation aient été précisément établies.
À Tarascon, l’arrêt de la production n’a donc pas mis fin au dossier Fibre Excellence. Après la bataille pour sauver l’usine et ses emplois, l’urgence porte désormais sur la sécurisation du site. Et sur ce point au moins, FO et le préfet dressent le même constat : la situation ne pouvait plus durer.
Patricia CAIRE – Vidéo Joël BARCY



