Chronique littéraire de Jean-Rémi Barland. « Furia » de Thomas Roy : un jeu de massacre royal et jubilatoire

Publié le 12 septembre 2026 à 18h37 - Dernière mise à jour le 12 septembre 2026 à 19h38

« Le roi est mort ! » Alors « Vive la Reine » ? Pas certain ! Entre récit historique épique, chanson de geste et thriller moyenâgeux, « Furia », que Thomas Roy viendra signer à la librairie Maupetit de Marseille le 12 septembre, est un premier roman… furieusement irrésistible.

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Thomas Roy (Photo Celine Nieszawer/ Les Leonides)

 

S’appeler Roy et signer un roman justement sur des rois… faut le faire ! D’une plume alerte, faisant la part belle à des dialogues à l’ironie mordante, Thomas Roy signe avec « Furia » un roman justement… furieux qui dézingue, au temps de Charles VIII et Anne de Beaujeu, tous ces petits monarques égoïstes, aux airs férocement familiers.

L’écriture, mélange de réalisme et d’onirisme impertinent, met en scène des personnages ayant existé sous l’angle de la fable poétique et théâtrale, grinçante et joyeusement anachronique. Dans une certaine mesure, « Furia », c’est « Les Tontons flingueurs » ou « Les Barbouzes » au temps du Moyen Âge. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre dans cet aréopage de petits marquis.

Dans ce récital de coups fourrés, de chausse-trappes et de règlements de comptes, c’est du point de vue des puissants que les « gueux », que l’on déteste, sont jugés. Comme l’aurait chanté Jean Ferrat : « C’est pourtant toujours le peuple qu’on craint. » « Me voici donc, me voilà », exprime en préambule un certain Karolus qui, enfant, « courant dans la rive un bâton à la main, traçant dans la vase un immense sillon tout le long de ma course », dit-il, et « creusant de mes mains des trous à même le sol » et des rigoles d’eau pour faire une piscine. Ces ricochets sur la mare, ce ne sont pas les bucoliques « ronds dans l’eau » chantés par Michel Legrand, mais ceux d’un désastre annoncé.

Nous sommes en 1483 et Louis XI, mort le 30 août, laisse le trône à son fils Charles VIII, adolescent pas mal distrait qui sera surnommé « l’Affable » et qui accède au trône à l’âge de treize ans sous le regard peu affable de sa sœur Anne de France, dite Anne de Beaujeu, princesse royale et duchesse de Bourbon, qui continue de gouverner avec son époux Pierre II de Bourbon, sire de Beaujeu. Ça ne se passe pas très bien entre tout ce vilain monde, Anne gardant néanmoins le cap malgré toutes les tentatives de renversement ourdies dans l’ombre par ses ennemis et notamment par le fielleux Louis d’Orléans qui manigance.

L’argent, le nerf de la guerre et la solitude du monarque

En des pages dignes du « Père Ubu », où Thomas Roy se moque ouvertement des grotesques agissements des félons, « Furia » raconte en grande partie les rêves de conquête de Naples d’un Charles VIII avide de gloire, atteint de fièvre mystique et prophétisant sans cesse. Et surtout il montre, par Anne interposée, régente ô combien triviale, comment, hier comme aujourd’hui, l’argent est le nerf de la guerre.

S’adressant au lecteur, lui rappelant par exemple : « C’est la reine qui parle. La régente à côté vient s’asseoir et se tait », ou « ce serait le même soir de liesse et de festivités mais ce serait ailleurs dans un autre recoin du château », ou encore « vous les voyez alors faisant face à la porte, observés par la louve, hésitant à franchir le rideau de perles. Vous écoutez les autres dire qu’on s’en fout, que tout le monde en a des plaques sur la peau, et puis rentrer quand même », « vous la regardez la dame de Beaujeu à qui l’on vient porter un coussin de velours d’un bleu plus éclatant qui prend de ses mains nues, posé sur le coussin, le globe qui le brandit » ou « quand vous retrouvez Charles, il est dans les entrailles de Castel Nuovo », Thomas Roy multiplie les sortes de didascalies, certaines hilarantes et d’autres dramatiques.

Il offre au passage des pages assez émouvantes sur la solitude de Charles VIII en tant que monarque. Nous sommes très éloignés de l’opus historique classique traditionnel, mais tout est ici parfaitement rigoureux. « France, XVe siècle. De tout temps, les petits rois ripaillent sur la carcasse du pays -jusqu’à la révolte ? », nous précise le bandeau du livre. Et Thomas Roy d’y répondre dans un roman éblouissant de virtuosité, à la typographie aussi inventive que l’écriture de son récit.

Jean-Rémi BARLAND

« Furia », par Thomas Roy – Éditions Les Léonides – 251 pages, 20 €. Thomas Roy est en dédicace ce 12 septembre de 17h30 à 19 h à la librairie Maupetit, 142 La Canebière, 13001 Marseille.

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