Correspondances de Manosque. Le concert-hommage à la littérature de Vincent Delerm

Publié le 30 septembre 2026 à 21h57 - Dernière mise à jour le 30 septembre 2026 à 21h57

Vincent Delerm a conquis le public des Correspondances de Manosque avec un concert très littéraire mêlant ses chansons à des textes d’auteurs. Avec, en prime, Emmanuel Noblet venu le rejoindre le temps d’interpréter avec lui « Le monologue shakespearien ».

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Vincent Delerm ( Photo Arno Lam )

On est accueillis par le générique d’« Apostrophes », l’émission culte de Bernard Pivot. Puis Vincent Delerm entre sur scène et évoque ce qui demeure un moment phare de la télévision française, où son père n’est pas encore passé… C’est comme une soirée entre amis qu’il nous fait alors vivre, où il évoquera en premier lieu, non sans humour, son attachement aux livres, puisque très jeune il aimait les « Folio catégorie 1 », c’est-à-dire les livres assez courts. Puis, très vite installé au piano, il enchaîne ses plus beaux titres avec, pour commencer, le magnifique « D’autres vies que la tienne », clin d’œil amical à « D’autres vies que la mienne » d’Emmanuel Carrère, auteur invité l’an dernier par les Correspondances de Manosque. Un moment accueilli avec beaucoup de gratitude par la direction des éditions P.O.L., qui publient Carrère et étaient présentes dans la salle.

Monument des lettres, prix Nobel de littérature, Patrick Modiano sera évoqué par le biais de la chanson « Le Baiser Modiano », qui parle du square Carpeaux que l’on traverse dans certains de ses livres, mais où l’auteur -Vincent Delerm l’imitant, et c’est très drôle- ne s’arrête pas souvent, en fait. Alain de Botton, l’écrivain préféré du chanteur, aura droit à son éloge, mais, pour ceux qui connaissaient Éric Holder, trop tôt disparu, la chanson « Fanny Ardant et moi » résonna de façon très émouvante. Éric Holder y est cité, lui qui signa en particulier « Mademoiselle Chambon », adapté à l’écran par Stéphane Brizé, très lié à Vincent Delerm, qui lui confia la musique originale de son film « Hors-saison » et qui plaça dans son film « Un autre monde » le chef-d’œuvre d’Anne Sylvestre « Les gens qui doutent », repris par Vincent Delerm sur scène aux côtés de Jeanne Cherhal et Albin de la Simone. Ce dernier l’accompagne avec J. P. Nataf  -présent lui aussi dans la salle à Manosque- et Mathieu Boogaerts sur le livre « Léonard a une sensibilité de gauche », que Vincent publia en 2011, avec comme récitants Baptiste Rebotier et un certain… Jean Rochefort.

Anne Sylvestre, donc, qui était une amie très proche du couple Philippe Delerm-Martine Delerm, les parents de Vincent, et qui est évoquée dans « Un trottoir au soleil », où Philippe confie avoir demandé la main de Martine en lui chantant « Un cœur sur les bras » d’Anne Sylvestre, justement. Philippe Delerm ayant été aussi l’éditeur du livre « Coquelicot et autres mots que j’aime », qu’Anne Sylvestre publia au Seuil.

Avec Emmanuel Noblet, un duo hilarant

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Vincent Delerm et Emmanuel Noblet (Photo Vlad Scaled)

La veille, Emmanuel Noblet avait enchanté Manosque avec une lecture autour de l’œuvre de Romain Gary. Très lié à l’acteur, Vincent Delerm le convia à le rejoindre sur scène pour une lecture-chanson de l’hilarant « Le monologue shakespearien », où il ironise sur certains aspects un peu improbables de certaines pièces données au Festival d’Avignon, là où Vincent Delerm a passé des moments qu’il n’oublie pas, associés à une petite amie de l’époque et à ses copains, dont Emmanuel Noblet en personne. Fou de théâtre d’ailleurs, Vincent Delerm a signé avec « Le fait d’habiter Bagnolet » une pièce jouée par Marie Payen et Frédéric Cherboeuf, décrivant les monologues intérieurs de deux personnes avant leur premier baiser.

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Montrant qu’il a beaucoup d’humour et qu’il aime recréer certains tubes, comme il l’avait fait avec « Le lundi au soleil » comme on ne l’entendra jamais plus, Vincent Delerm a donné de la chanson « Chacun fait c’qui lui plaît » du duo Chagrin d’amour une version très drôle. Hommage à Souchon autour de Somerset Maugham, à Johnny et son « Quelque chose de Tennessee », écrite par Michel Berger, et d’autres pépites comme « Quatrième de couverture », donnée en rappel : Vincent Delerm nous a emportés dans son monde très littéraire, formidablement mis en musique et donné en piano solo. Avec dans ses bagages ce livre de textes et de photos intitulé « Like », publié chez Seghers en octobre 2026. Remettant, au final, en fond sonore le générique d’« Apostrophes », il précise cette fois que son père Philippe a fini par y participer. La boucle est bouclée… Régal absolu. Vive Delerm et les Correspondances de Manosque !

Jean-Rémi BARLAND

 

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