Publié le 10 octobre 2026 à 11h22 - Dernière mise à jour le 10 octobre 2026 à 11h24
Le 5 novembre 2018, des immeubles de la rue d’Aubagne s’effondraient. Huit personnes ont perdu la vie. Un drame jamais enregistré auparavant. Après plusieurs années de réflexion, un espace du souvenir a été érigé. Lieu Ressources a été inauguré ce vendredi en présence des familles des victimes.


Démarche singulière

À drame exceptionnel, une démarche singulière où familles de victimes, acteurs associatifs et municipalité ont nourri une réflexion pour transformer la « dent creuse ». Cet espace est issu de l’effondrement de trois immeubles voilà bientôt huit ans. Que construire ? Comment garder le souvenir tout en montrant que la vie continue ? Comment intégrer un bâtiment, ancré dans le quartier, en gardant sa typicité ? L’ensemble a pris du temps, a imposé un cahier des charges exigeant aux architectes, mais à l’arrivée, les parties prenantes sont satisfaites de cette réalisation, à la fois lieu de souvenir et lieu de vie, tout en appelant à la responsabilité pour éviter de tels drames.
« L’épreuve que nous avons vécue nous rappelle combien la vie est fragile et combien nos choix peuvent avoir de profondes conséquences humaines, énonce Liliana Lalonde, dont le fils Julien est mort écrasé dans l’effondrement. Alors faisons de ce lieu une occasion de construire autrement, avec davantage d’écoute, de respect, de solidarité et de responsabilité. » « Nous venons de pays différents, il y en a qui viennent de Tunisie, d’Algérie, du Sénégal, d’Italie et de France, indique Djidiack Gueye, demi-frère d’une victime, et avoir ce moment de recueillement, de se rencontrer, de pouvoir parler de ce qui nous gangrène, c’est quelque chose de très symbolique. »
« Ma il cielo è sempre più blu »

Des larmes, mais aussi des sourires, des pensées pour les disparus. Maria Caprignano a perdu sa fille Simona, âgée de 30 ans, dans la poussière de l’effondrement. Avec son mari, elle a souhaité qu’une chanteuse reprenne à la guitare la chanson favorite de sa fille, « Ma il cielo è sempre più blu », le succès de Rino Gaetano en 1975. « Malgré toutes les méchancetés et les violences contre l’humain, Simona disait que cette chanson, à la fin, elle dit toujours que malgré les injustices, le ciel est bleu. Elle avait son studio ici, juste au-dessus. Il donnait sur le jardin. De son balcon, tout là-haut, elle pourra voir ce nouvel espace de mémoire. »
« Un espace de dignité »
« Ce lieu ne comblera pas un drame ou la perte d’un enfant ou d’un parent, réagit Benoît Payan, le maire de Marseille, ému après cette cérémonie. Ce lieu est un espace où on essaiera de rendre de la dignité dans un endroit qui a été livré à la voracité et à la rapacité de celles et ceux qui ne cherchent qu’à gagner de l’argent. »
« Ne pas reconstruire un immeuble d’habitation »

Sophie Camard, maire du 1er secteur, a piloté le projet du lieu ressources. Près de huit ans après le drame, il a vu le jour. « On savait deux choses depuis le départ. Il ne fallait pas reconstruire un immeuble d’habitation, l’air de rien, comme si rien ne s’était passé. Et il ne fallait pas laisser cet espace vide, cette dent creuse comme on l’appelait, c’était pesant. Mais on n’aurait pas pu construire ce lieu sans les familles de victimes qui voulaient se souvenir, mais aussi faire renaître la vie. Leur concours a été majeur. »
« Quand on laisse crever des gens chez soi, je ne sais pas comment on dort »
Benoît Payan a été interrogé sur le procès en appel de la rue d’Aubagne qui s’ouvre le 2 novembre prochain. Il attend de la justice « des peines exemplaires » au regard des responsabilités de chacun. « Quand on est propriétaire d’un lieu et qu’on organise son insolvabilité ou qu’on laisse crever des gens chez soi, je ne sais pas comment on dort, moi. »
Procès en appel
Les familles des victimes devront donc à nouveau revivre ce drame dans trois semaines devant le tribunal judiciaire pour ce procès hors norme. Elles devront écouter les experts, entendre les inquiétudes des futures victimes peu avant l’effondrement, les négligences en matière de travaux… Le procès en appel de la rue d’Aubagne s’ouvre le 2 novembre.
Joël BARCY



