Publié le 9 octobre 2026 à 21h54 - Dernière mise à jour le 9 octobre 2026 à 21h54
Les révélations de Libération sur les publications racistes, antisémites et favorables à la collaboration attribuées à Louis Grégoire ont provoqué une réaction immédiate de Franck Allisio. Ce vendredi 9 octobre, le député RN des Bouches-du-Rhône a annoncé mettre fin au contrat de son attaché parlementaire. Une décision saluée par le CRIF Marseille-Provence, qui appelle à une vigilance sans distinction d’appartenance politique. Mais l’affaire soulève également des interrogations sur l’entourage du responsable du Rassemblement national.

Des publications qui renvoient aux heures les plus sombres de l’histoire
Tout commence jeudi 8 octobre avec une enquête de Libération. Le quotidien révèle l’existence de nombreuses publications Facebook attribuées à Louis Grégoire, proche collaborateur de Franck Allisio, député des Bouches-du-Rhône, conseiller économique de Marine Le Pen et ancien candidat à la mairie de Marseille. Les écrits rapportés par le journal mêlent références à l’Allemagne nazie, réhabilitation de figures de la collaboration, propos racistes, antisémites et attaques contre les féministes.
Dans une publication datant du 6 juin 2018, jour anniversaire du débarquement allié en Normandie, Louis Grégoire aurait notamment évoqué les soldats américains morts en France comme des victimes sacrifiées au « nouvel ordre mondial ». D’autres messages font référence au maréchal Pétain et à Robert Brasillach, écrivain collaborationniste condamné à mort et exécuté en 1945. Les publications attribuées au collaborateur parlementaire ne se limitent pas à cette période. En mai 2022, une photographie de femmes d’origine maghrébine et africaine, dont plusieurs portent le voile, aurait été accompagnée d’un commentaire associant leur nationalité française au versement des prestations sociales. Ces révélations ont rapidement provoqué une réaction de Franck Allisio.
Franck Allisio assure qu’il ignorait ces écrits
Vendredi 9 octobre, le député annonce avoir reçu son collaborateur et décidé de mettre fin à son contrat. Dans son communiqué, Franck Allisio affirme que les écrits reprochés à Louis Grégoire, qu’il présente comme datant d’une dizaine d’années, étaient inconnus de son entourage et antérieurs à son recrutement à l’Assemblée nationale. Une explication qui appelle toutefois quelques précisions. Certaines publications rapportées par Libération datent de 2018 et d’autres de 2022, soit bien moins de dix ans.
Surtout, le quotidien affirme que Franck Allisio suivait le compte Facebook sur lequel ces messages auraient été publiés. L’AFP a également constaté que Louis Grégoire figurait parmi les amis d’un ancien compte Facebook du député. Ces éléments ne démontrent pas que Franck Allisio avait connaissance des publications incriminées, mais ils interrogent sur la proximité entre les deux hommes.
Un collaborateur installé depuis plusieurs années dans l’appareil régional du RN
Louis Grégoire n’était pas un simple assistant de passage. Il travaillait aux côtés de Franck Allisio depuis 2020 et avait progressivement occupé plusieurs fonctions dans son environnement politique. En 2021, il participe à la communication de la campagne régionale de Thierry Mariani. Il travaille également pour le groupe Rassemblement national au conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur avant de devenir attaché parlementaire de Franck Allisio. Lors des élections municipales marseillaises de 2026, il assure notamment le service de presse du candidat RN.
Son parcours antérieur comprend également un passage auprès de Jacques Bompard, ancien maire d’Orange, ainsi qu’au sein du journal Présent, historiquement ancré dans les milieux de l’extrême droite traditionaliste. Cette trajectoire donne une autre dimension à l’affaire. Les publications révélées ne concernent pas un militant éloigné des responsabilités, mais un collaborateur impliqué depuis plusieurs années dans l’organisation et la communication politique du Rassemblement national dans la région. Selon Le Monde, Louis Grégoire accompagnait également Franck Allisio lors de manifestations organisées par des structures de la communauté juive marseillaise.
Le CRIF Marseille-Provence condamne sans ambiguïté
Dans un communiqué transmis à Destimed, Bruno Benjamin, président du CRIF Marseille-Provence, réagit aux révélations et à la décision prise par Franck Allisio. « Les révélations concernant les publications faisant l’apologie du nazisme et de figures de la collaboration, attribuées à un proche collaborateur de Franck Allisio, appellent une condamnation sans ambiguïté. » Le président du CRIF prend acte de la rupture décidée par le député RN, estimant qu’elle s’imposait compte tenu de la gravité des faits rapportés. Mais il entend également rappeler une exigence qui dépasse cette seule affaire. « Cet épisode doit néanmoins nous rappeler combien la vigilance est indispensable, particulièrement dans l’entourage de celles et ceux qui exercent des responsabilités publiques. » Bruno Benjamin insiste sur la nécessité de combattre l’antisémitisme et la banalisation du nazisme sans considération partisane. « Face à l’antisémitisme, il ne saurait y avoir ni exception, ni complaisance, ni frontière partisane. »
Au-delà du licenciement, la question de la responsabilité politique
La décision de Franck Allisio met un terme à la collaboration professionnelle avec Louis Grégoire. Elle ne clôt pas pour autant les interrogations soulevées par cette affaire. Comment un collaborateur aussi étroitement associé à un responsable politique a-t-il pu conserver des publications de cette nature sur un compte suivi, selon Libération, par ce dernier ? Quelle connaissance son entourage avait-il de ses références et de son parcours ? Et quelles vérifications sont effectuées lors du recrutement des collaborateurs qui participent à la stratégie et à la communication d’un parti ?
Ces questions prennent une résonance particulière au moment où le Rassemblement national poursuit sa stratégie de normalisation et où d’autres révélations concernant des propos antisémites attribués à des personnalités de son entourage alimentent le débat public. La responsabilité individuelle de Louis Grégoire, s’agissant des publications qui lui sont attribuées, doit être distinguée de celle de son employeur. À ce stade, rien ne permet d’affirmer que Franck Allisio connaissait leur contenu. Reste une question politique plus large, celle de la vigilance exercée à l’égard des personnes appelées à représenter, conseiller et accompagner des élus de la République.
Patricia CAIRE



