Publié le 11 octobre 2026 à 22h06 - Dernière mise à jour le 11 octobre 2026 à 22h06
Avec 66,13 % des suffrages dès le premier tour, Raphaël Glucksmann a remporté, ce dimanche 11 octobre, la primaire de la gauche sociale-démocrate. Une victoire sans appel pour le fondateur de Place publique, qui devance très largement Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste. Désormais désigné candidat à l’élection présidentielle de 2027, il entend rassembler une gauche démocratique indépendante de La France insoumise. Un pari politique qui reste à concrétiser.

Il n’aura fallu qu’un tour. Raphaël Glucksmann a remporté la primaire organisée par le Parti socialiste et ses partenaires avec 79 613 voix, soit 66,13 % des suffrages exprimés. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, arrive loin derrière avec 14,48 %, suivi de Ségolène Royal (7,62 %), Emmanuel Maurel (5,92 %) et Jérôme Guedj (5,83 %). Au total, 120 587 suffrages ont été exprimés lors de cette consultation organisée du vendredi 9 au dimanche 11 octobre. Initialement prévu pour s’achever samedi, le scrutin a été prolongé après une cyberattaque ayant perturbé la plateforme de vote. Les résultats ont été annoncés par Patrick Mennucci, ancien député socialiste des Bouches-du-Rhône et président de la commission d’organisation de la primaire.
Cette victoire désigne Raphaël Glucksmann comme le candidat de la gauche sociale-démocrate pour la présidentielle de 2027. Elle constitue également un revers pour Olivier Faure, dont la stratégie d’union de la gauche, notamment dans ses rapports avec La France insoumise, se trouve contestée par le résultat des urnes.
Une rupture revendiquée avec La France insoumise
La question des alliances aura été l’une des principales lignes de fracture de cette primaire. Raphaël Glucksmann défend depuis plusieurs années une gauche proeuropéenne, attachée à la démocratie libérale et au soutien à l’Ukraine. Il refuse toute alliance électorale avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Cette orientation le distingue de celle défendue par Olivier Faure, qui avait privilégié les accords entre formations de gauche, notamment dans le cadre du Nouveau Front populaire.
Au soir de sa victoire, Raphaël Glucksmann a revendiqué sa volonté de tourner la page du macronisme tout en empêchant l’extrême droite d’accéder au pouvoir. Il entend construire une alternative autour de la justice sociale, de l’écologie et de la défense des institutions démocratiques. Mais cette victoire soulève une question politique majeure : les électeurs de la primaire ont-ils seulement choisi un candidat ou ont-ils également sanctionné une stratégie d’alliance qui divise profondément les socialistes depuis plusieurs années ?
Le Parti socialiste devant un tournant
Le résultat marque une évolution importante des rapports de force au sein de la gauche sociale-démocrate. Raphaël Glucksmann, qui avait déjà conduit la liste soutenue par le PS aux élections européennes de 2024, dispose désormais d’une légitimité issue d’un vote organisé par les socialistes et leurs partenaires. Pour Olivier Faure, la défaite est d’autant plus sévère qu’il dirige le Parti socialiste. Avec moins de 15 % des suffrages, le premier secrétaire se retrouve nettement désavoué par les participants à cette consultation. Mais le résultat traduit aussi les limites de l’exercice. Avec un peu plus de 120 000 suffrages exprimés, la mobilisation reste très inférieure à celle de la primaire de 2011, qui avait réuni près de 2,7 millions de votants et désigné François Hollande. La victoire de Glucksmann est donc incontestable dans le cadre de cette primaire. Elle ne préjuge pas pour autant de sa capacité à fédérer l’ensemble des électeurs de gauche.
Une unité encore à construire
Lors de son intervention Raphaël Glucksmann a appelé à dépasser les divisions de la campagne. Son objectif est désormais de rassembler les différentes sensibilités de la gauche sociale-démocrate et de convaincre au-delà de cet électorat. Olivier Faure a pris acte du résultat, tandis que les autres candidats ont exprimé, à des degrés divers, leur volonté de contribuer au rassemblement. Mais les divergences apparues durant la campagne ne disparaîtront pas avec la proclamation des résultats. La question des relations avec La France insoumise demeure centrale. Elle oppose ceux qui considèrent qu’aucune victoire de la gauche n’est possible sans une alliance électorale large et ceux qui estiment qu’une telle stratégie brouille les orientations politiques et compromet la crédibilité d’une alternative sociale-démocrate. Raphaël Glucksmann a clairement choisi son camp. Reste à savoir s’il pourra élargir son rassemblement sans renoncer à cette ligne.
À six mois du premier tour de la présidentielle, Raphaël Glucksmann dispose désormais d’une investiture et d’un résultat qui lui donnent une légitimité au sein de son espace politique. Il lui reste à transformer cette victoire interne en dynamique nationale. Car remporter une primaire et conquérir l’Élysée sont deux exercices bien différents.
Patricia CAIRE



