Publié le 15 octobre 2026 à 13h06 - Dernière mise à jour le 15 octobre 2026 à 13h06
Le tribunal de commerce d’Orléans a validé, mercredi 14 octobre, la reprise de Duralex par l’entrepreneur Cédric Meston. Une décision qui permet à la célèbre verrerie française de poursuivre son activité, mais qui laisse 64 salariés sans emploi et met fin à l’aventure coopérative engagée en juillet 2024. Pour les Scop, cette expérience n’a pourtant pas été vaine. Elle a permis de maintenir l’entreprise en activité et de préserver un outil industriel qui, sans la mobilisation des salariés, aurait pu disparaître.

Un sauvetage industriel au prix de 64 emplois
Les verres Duralex continueront de sortir de l’usine de La Chapelle-Saint-Mesmin, près d’Orléans. Le tribunal de commerce a retenu l’offre de Cédric Meston, à travers sa holding Tomé, avec un projet de relance industrielle qui prévoit la conservation de 155 des 219 emplois. Le repreneur entend investir dans la modernisation de l’outil de production, développer de nouvelles gammes et engager la décarbonation de l’usine. Un projet industriel destiné à redonner des perspectives à cette marque emblématique du patrimoine français, dont les difficultés financières se succèdent depuis plusieurs années. Mais derrière l’annonce du sauvetage, la décision laisse un goût amer. Soixante-quatre salariés ne seront pas repris. Autant de femmes et d’hommes qui avaient participé, directement ou indirectement, à la survie de l’entreprise et qui se retrouvent aujourd’hui écartés de son avenir.
Une reprise coopérative qui avait soulevé l’espoir
En juillet 2024, les salariés avaient obtenu la reprise de Duralex sous forme de société coopérative et participative (Scop). Cette solution avait permis d’éviter la liquidation d’une entreprise confrontée à une crise profonde, notamment après l’envolée des coûts de l’énergie. La mobilisation avait largement dépassé les murs de l’usine. Collectivités territoriales, pouvoirs publics et citoyens avaient soutenu cette tentative de relance. Une levée de fonds participative avait notamment permis de recueillir plusieurs millions d’euros, témoignant de l’attachement des Français à ces verres présents depuis des générations dans les foyers, les cafés et les cantines scolaires. Pour autant, cet engouement n’avait pas suffi à résoudre les difficultés structurelles de l’entreprise. Les besoins de financement demeuraient considérables, tandis que les tensions de trésorerie et les problèmes de gouvernance fragilisaient progressivement le projet.
Des difficultés identifiées dès le printemps
Dès le mois de juin 2026, à la suite du placement de Duralex en redressement judiciaire, la Confédération générale des Scop et des Scic avait publiquement alerté sur les difficultés rencontrées par la verrerie. Dans un communiqué dont Destimed s’était fait l’écho le 3 juin, l’organisation indiquait avoir constaté « un écart entre ses préconisations et la manière dont la transition coopérative s’est opérée ». Elle évoquait notamment une sous-capitalisation initiale, des difficultés de pilotage financier et un contexte économique international défavorable.
La CG Scop rappelait avoir accompagné financièrement la transformation de Duralex en coopérative ainsi que la structuration de sa gouvernance. Elle précisait également avoir formulé des recommandations à la direction de l’entreprise et à la Mission interministérielle aux restructurations d’entreprises, avant de dépêcher une équipe d’experts pour contribuer à la recherche de solutions. À cette époque, le mouvement coopératif estimait encore possible de redresser la situation. « Il existe un chemin permettant à la Scop de faire face à la crise qui la menace, de sécuriser ses salariés et d’honorer ses engagements », assurait alors la Confédération. Quatre mois plus tard, la décision du tribunal met un terme à cette perspective.
« Sans cette reprise en Scop, il n’y aurait déjà plus de Duralex »
Pour les Scop, l’issue judiciaire ne doit cependant pas effacer ce qu’a permis la mobilisation des salariés. Interrogées par Destimed, elles reconnaissent que « le projet industriel porté par les salariés n’a pas été couronné de succès », mais soulignent qu’il a permis de préserver l’outil de production, de fédérer les énergies et de démontrer l’engouement suscité par la marque Duralex. Cette période aura également permis de maintenir l’activité jusqu’à l’arrivée d’un nouveau repreneur, estiment-elles. « La Scop n’aura été qu’un passage dans la vie de Duralex, mais quand même un passage utile parce que sans cette reprise en Scop, aujourd’hui, il n’y aurait déjà plus de Duralex. » Une appréciation qui apporte un éclairage différent sur cette expérience. Si la reprise coopérative n’a pas réussi à assurer durablement l’équilibre économique de l’entreprise, elle aura, selon les Scop, constitué une étape déterminante dans sa survie. Les difficultés rencontrées par Duralex ne sauraient d’ailleurs, à elles seules, condamner le modèle coopératif. Sous-capitalisation, problèmes de gouvernance et tensions financières peuvent fragiliser n’importe quelle entreprise, quel que soit son statut juridique.
L’avenir de Duralex reste à construire
Avec cette nouvelle reprise, Duralex ouvre un autre chapitre de son histoire industrielle. La marque est préservée, l’usine poursuit son activité et une majorité des emplois est maintenue. Mais le coût social de cette décision est réel, tandis que des interrogations subsistent sur le devenir des salariés non repris et des fonds investis dans l’aventure coopérative. Le défi de Cédric Meston sera désormais de transformer les engagements annoncés en résultats industriels et commerciaux durables. Car si Duralex a une nouvelle fois échappé à la disparition, sa pérennité reste à démontrer. Et dans cette histoire mouvementée, il serait injuste d’oublier ceux qui, pendant deux ans, ont permis à la verrerie de continuer à produire.
Émilie BALLARD



