Publié le 3 novembre 2026 à 14h09 - Dernière mise à jour le 3 novembre 2026 à 14h09
Le procès en appel de l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne a forcément un sentiment de déjà-vu. Même salle, celle du tribunal pour les procès hors norme à Marseille, et quinze des seize prévenus de première instance. Mais les familles des victimes ne l’aborderont pas de la même manière. L’absence de compassion des prévenus en première instance les a choquées. « Je pense que je vais employer des mots très crus qui représentent le traumatisme qu’on a vécu », assure Lynda Larbi, cousine d’une victime.

Mêmes protagonistes
À la barre, on retrouvera quinze des seize prévenus de première instance. Xavier Cachard, avocat et ancien élu régional, condamné en première instance à quatre ans de prison, dont deux avec sursis ; Julien Ruas, l’adjoint à la sécurité et à la prévention des risques, condamné à une peine de deux ans avec sursis ; l’expert Richard Carta, condamné lui aussi à deux ans de prison avec sursis, ou encore le gestionnaire du cabinet Liautard, Jean-François Valentin, condamné à trois ans de prison avec sursis. Pourtant, « ce sera un procès différent », assure le président Fabrice Naudé. « Nous aurons 4 nouveaux magistrats avec des profils et des expériences différentes. Ils bénéficieront en outre de la copie enrichie de la première audience et auront à apprécier l’ensemble des débats. »
Une étape douloureuse
Pour les familles des huit victimes, c’est une nouvelle étape douloureuse à vivre. Lors du premier procès, à l’automne 2024, elles ne s’attendaient pas à ce refus de reconnaissance de responsabilité de la part des prévenus. Elles ont découvert que ce n’était la faute de personne et ont été choquées. « On pensait peut-être qu’ils allaient montrer un peu plus de compassion, qu’ils allaient être plus humains. On n’a pas été face à des gens comme on attendait donc on vient enragés, pas avec les mêmes sentiments », assure Lynda Larbi, cousine de Chérif Zemar. « Je vais représenter ma famille et je pense que je vais employer de mots très crus qui représentent le traumatisme que nous avons vécu quand on a récupéré des sacs en plastique blanc avec des corps qu’on n’a jamais revus au regard de leur état. Ça, c’est nous qui l’avons vécu, c’est pas eux. »
Plaider l’injustice
À la barre, les prévenus devraient à nouveau se renvoyer la balle, indiquer que c’est un malheureux hasard qui a conduit à l’effondrement des immeubles. Pierre Ceccaldi, l’avocat de Xavier Cachard, plaidera la relaxe de son client. « Il aborde ce procès avec la volonté qu’il n’a pas mal agi et va combattre ce qu’il estime être une profonde injustice, à savoir sa condamnation en première instance. Je plaiderai la relaxe. »
Accolades entre parties civiles et prévenu
En marge de l’audience, on notera l’accolade surprenante entre Amine Kessaci, le président du bailleur social Marseille Habitat, prévenu en tant que personne morale, et des parties civiles. « Je sais ce que c’est que d’être partie civile, énonce Amine Kessaci, et si je me suis permis de prendre ces mamans dans mes bras et si je me suis permis d’aller au contact de ces personnes que je connais, c’est aussi parce que ces moments doivent donner toute leur place aux parties civiles et c’est ce que je suis venu défendre aujourd’hui. »
Le procès doit durer sept semaines. Ce mardi sera essentiellement une journée technique. Alterneront ensuite les auditions des experts et des prévenus.
Reportage Joël BARCY



