Aix-en-Provence. Théâtre du Jeu de Paume : « Parler pointu » de Benjamin Tholozan, un spectacle jubilatoire

Au Théâtre du Jeu de Paume, Benjamin Tholozan, accompagné du musicien Brice Ormain, propose avec Parler pointu un irrésistible voyage théâtral qui célèbre la diversité des identités et des accents.

Destimed Benjamin Tholozan dans Parler pointu Photo Blokaus
Benjamin Tholozan dans “Parler pointu” (Photo Blokaus)

Dès l’entrée en salle, le ton est donné : le comédien, déjà présent sur scène, interpelle le public.: « On parle mieux quand on a un coup dans le nez. Vous voulez un pastis ? » Rires immédiats. Joignant le geste à la parole, il distribue quelques verres généreusement servis à des spectateurs complices.

Pendant une heure trente, c’est un festival de bons mots, d’anecdotes savoureuses et de plongées historiques dans ce qui a façonné la langue française. Inclusif et festif, hilarant mais aussi érudit -sans jamais être académique- Parler pointu est mis en scène avec finesse par Hélène François, également complice à l’écriture.

Multipliant les formes, le spectacle emprunte au théâtre épique, à la causerie, au stand-up, au roman d’acteur et au cabaret. Benjamin Tholozan, comédien complet, s’adresse directement au public, l’invitant à trinquer à la mémoire de son grand-père, figure haute en couleur.

À travers une série de portraits, il décortique l’accent provençal et met en lumière, comme le souligne Hélène François: « Les sous-jacents historiques, sociaux et intimes qui se cachent derrière chaque accent ». Jusqu’à revisiter, avec humour, un Louis XIV affublé d’un surprenant zozotement… québécois. « La France est une histoire de territoires et de sang », affirme le comédien, évoquant tour à tour la croisade des Albigeois, l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 ou encore les racines occitanes du mot « amour ». Ici, l’accent devient vertige.

Personnages hauts en couleur

Destimed Brice Ormain le musicien de PARLER POINTU Photo©Marie Charbonnier
Brice Ormain le musicien de “Parler pointu” ©Marie Charbonnier

De l’incendie d’un théâtre pendant Carmen aux figures truculentes de sa propre famille, Benjamin Tholozan construit son spectacle à partir de situations incarnées, souvent hilarantes, parfois émouvantes. Il se transforme physiquement avec une aisance remarquable, allant jusqu’à apparaître coiffé d’une tête de taureau. Fondamentalement politique mais profondément humain, le spectacle reste accessible à tous. Il n’est nul besoin d’être spécialiste d’histoire pour en apprécier la richesse.

Accompagné en musique par Brice Ormain, également comédien, Parler pointu navigue entre époques et registres. Les compositions originales créent des passerelles entre textes en français et chansons en occitan. Le public se surprend ainsi à reprendre « La Cambo me fai mau », chant traditionnel de Noël écrit par Nicolas Saboly, dans une ambiance de fête partagée.

Porté par une scénographie soignée signée Aurélie Lemaignen et des lumières de Claire Gondrexon, le spectacle offre un véritable voyage sensoriel, entre Méditerranée et mémoire intime. Un vrai bonheur, à retrouver cet été au Festival d’Avignon, dans le cadre du Off.

Jean-Rémi BARLAND

Parler pointu, Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence – jusqu’au 21 mars à 20heures
Réservations :  lestheatres.net

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