Alain Chouraqui annonce son retrait de la présidence de la Fondation du Camp des Milles 

Publié le 28 juin 2026 à 18h56 - Dernière mise à jour le 28 juin 2026 à 18h56

Lors du dernier Conseil d’administration de la Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Education, Alain Chouraqui, son président, a souhaité informer ce Conseil de sa décision de se retirer de ses fonctions de président « à un moment et dans des conditions qui permettent d’assurer dans la durée la continuité de l’institution et de ses missions fondamentales, patrimoniales, éducatives et citoyennes ».

Alain Chouraqui  Président de la Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Education (Photo Destimed/ RP)
Alain Chouraqui, Président de la Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Education (Photo Destimed/ RP)

« Préparer sa succession pour assurer dans la durée la continuité de l’institution et de ses missions patrimoniales, éducatives et citoyennes »

Ayant présidé activement la Fondation depuis sa création, Alain Chouraqui a pris cette décision « à la suite d’une longue réflexion sur l’avenir de la Fondation et sur son rôle à sa tête ». Pour Alain Chouraqui, « il est du devoir d’un dirigeant -en particulier au sein d’une organisation reconnue d’utilité publique-  de préparer sa succession pour assurer au mieux l’efficacité de ses missions dans la durée. Il est important aussi qu’une institution puisse vivre et se développer en tant que telle sans confusion trop longue avec celui ou celle qui l’a créée, la dirige ou la représente. L’inverse pourrait la fragiliser à terme ».

Une forte dynamique 

Ce changement intervient alors que la Fondation est portée par une forte dynamique : elle est en effet de plus en plus reconnue et respectée -par les autorités, le public et les medias-, et elle accueille les plus hautes personnalités françaises et étrangères ; son rayonnement est international, sa situation financière est saine et équilibrée, son rôle fédérateur s’est accru, son activité est foisonnante et multidimensionnelle. C’est ainsi que furent enrichies les expositions historiques permanentes, particulièrement sur les enfants déportés, et que fut fondée une Chaire de l’Unesco sur l’Education à la citoyenneté, avec Aix-Marseille Université, regroupant des Universités d’une vingtaine de pays, et inaugurée par le président Hollande dès 2015. Cette Chaire fut complétée par un « label citoyen » dont les bénéficiaires, acteurs de terrain, furent plusieurs fois primés au niveau national; et par un réseau international « Mémoriaux et citoyenneté ». Ont aussi été créés notamment un Forum annuel « Femmes debout, femmes en résistances », un programme interculturel et intercultuel « Mémoire et Fraternité » face aux terrorismes et aux extrémismes identitaires,  un colloque national sur l’État de droit -charnière décisive d’un basculement autoritaire-, un Forum des jeunes pour la démocratie, une programmation culturelle multidisciplinaire « Créer pour résister », en écho à la diversité des artistes internés, et de grandes expositions pédagogiques comme celles sur les démagogies extrémistes ou sur les génocides des Arméniens et des Tutsis du Rwanda.

Une mémoire pour aujourd’hui 

L’orientation la plus originale donnée par Alain Chouraqui, concepteur principal des contenus scientifiques et pédagogiques, fut de développer dans le paysage mémoriel international, en plus des orientations classiques de conservation et de valorisation du patrimoine, un « modèle » intellectuel qui construit scientifiquement une articulation utile aux acteurs entre le passé et le présent. Fut ainsi développé sur site un véritable « volet réflexif et citoyen » novateur, interdisciplinaire et intergénocidaire, qui décrypte d’une part les mécanismes individuels, collectifs et institutionnels qui ont pu et peuvent encore conduire de l’antisémitisme ou du racisme au crime de masse, et qui présente d’autre part les capacités qui permettent d’y résister. Cette approche, fondée sur les apports de neuf disciplines, fait du Site-mémorial du Camp des Milles un lieu de responsabilité contemporaine, démocratique et humaniste, Elle lui permet de tenir toute la chaîne du savoir, depuis la production des connaissances jusqu’à leur diffusion dans la muséographie comme dans la pédagogie des médiations et formations, dans les événements culturels, dans les médias, dans des publications et sur les réseaux sociaux.

En application de partenariats multiples, plus d’1,2 million de personnes très diverses ont été directement sensibilisées ou formées à ce décryptage du présent, dans et hors les murs du Mémorial ; en particulier les jeunesses de l’éducation formelle ou informelle, mais aussi des dizaines de milliers d’élus, de magistrats, d’enseignants, de forces de sécurité, de journalistes, et plus généralement, d’acteurs publics ou privés, syndicaux, associatifs ou sportifs.

Les modes de diffusion des clés de compréhension furent diversifiés, depuis des Bus d’alerte républicaine et démocratique sillonnant le pays et ses Universités, jusqu’à des ouvrages primés à la Sorbonne comme à Munich. Le Petit Manuel de survie démocratique fut ainsi diffusé à 250 000 exemplaires.

Tout cela conduisit le président de la République, s’adressant à Alain Chouraqui, à saluer un « travail de si longue haleine et de si grande portée, pour ce mémorial des Milles qui est un lieu de mémoire pour la Nation, de vigilance pour le monde et de construction de notre avenir »

Des projets ambitieux 

Les projets de moyen terme déjà enclenchés sont ambitieux et traduisent à la fois le volontarisme mais aussi le dynamisme et la place que la Fondation occupe dans les mondes de la mémoire, de la culture et de l’éducation : c’est le cas en particulier de sa démarche vers une inscription du camp des Milles au patrimoine mondial de l’humanité, de la Maison Internationale des enfants et du Livre, ou des Rencontres Internationales Mémoires Éducation et Citoyenneté, sans oublier, dès l’an prochain, l’important Congrès mondial de l’IHRA au camp des Milles et une nouvelle Salle des artistes largement augmentée.

Après son annonce, Alain Chouraqui a remercié vivement de leur confiance les membres du Conseil d’administration qui, depuis la création de la Fondation, ont en effet voté toutes les délibérations qu’il leur a présentées dans une unanimité d’autant plus appréciée que le Conseil représente 16 ministères, collectivités, associations et entreprises dont l’orientation et les intérêts sont pourtant divers et ont évolué au fil des années. Les membres du Conseil exprimèrent leur surprise devant la décision d’Alain Chouraqui mais aussi leur « respect » pour une vision jugée « sage » et « courageuse » de l’intérêt d’une institution dans la durée.

Alain Chouraqui remercia aussi chaleureusement les équipes de la Fondation qu’il sait capables de tenir le cap du riche héritage moral et citoyen du Site-mémorial, et salua les nombreux partenaires qui ont permis d’assurer, dans une complète indépendance, le développement de ses activités. Il déclara enfin sa « profonde confiance dans le patrimoine matériel et immatériel que porte la Fondation », y compris face aux défis sociétaux et démocratiques en France et ailleurs, immédiats et de plus long terme.

Après 44 ans d’un engagement bénévole marqué par la ténacité et l’innovation, pour le projet de Site mémorial puis pour sa réalisation et son développement, Alain Chouraqui ne se désintéressera pas de cette institution, en tant que titulaire de la Chaire Unesco qu’il dirige et qui allie recherche-action et activités pédagogiques mais aussi en tant que président d’honneur de la Fondation ou de directeur de recherche émérite au CNRS.

Afin d’assurer la continuité à la présidence de la Fondation, Alain Chouraqui restera en fonctions jusqu’au relais pris par son successeur à la  suite du processus électoral déjà engagé.

« Le camp des Milles sera un lieu important, très important pour les siècles à venir » (Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix)

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