Publié le 30 mars 2026 à 15h37 - Dernière mise à jour le 30 mars 2026 à 15h37
La 13e édition du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence s’est ouverte ce dernier week-en avec un événement au Camp des Milles et deux concerts au Grand Théâtre de Provence. Une ouverture marquée par le devoir mémoriel qui prend un sens puissant et très particulier en ces temps où le monde tangue de façon inquiétante.

« Voïna », « la guerre », c’est avec cette partition composée par Elsa Barraine en 1938 que s’est ouverte la 13e édition du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence. « Voïna », une symphonie en trois mouvements : la guerre, la mort, la fin du cauchemar. Une œuvre visionnaire de cette compositrice française dont on parle peu, femme engagée, Juste parmi les justes, grand prix de Rome, pensionnaire de la villa Medicis qui rejoint le Parti Communiste Français en 1938 lorsqu’elle compose « Voïna ». Une partition servie par un excellent Orchestre National de Lille, qui fête cette année son cinquantenaire, placé sous la direction de Joshua Weilerstein. Le jeune chef donne toute sa patte a une composition de forte personnalité, dans l’esprit des maîtres russes Stravinski ou Chostakovitch.
Émotion plus légère, ensuite, avec le concerto pour violon de Samuel Barber, pourtant composé entre 1939 et 1940 alors que Barber quitte l’Europe pour les États-Unis, superbement offert par Renaud Capuçon totalement engagé dans son interprétation appuyée et mélancolique. Son instrument sonne à merveille et si cette partition ne fait pas partie des œuvres les plus connues de Barber, elle n’en reste pas moins un délicat et passionnant moment d’écriture lyrique. Pour terminer la soirée, Joshua Weilerstein proposait sa vision de la Symphonie n°1 de Brahms, tonique et tendue, un peu moins sirupeuse que d’autres, livrée sans partition par un directeur musical en lien direct avec les pupitres. Signalons pour terminer, le bis original livré à deux violons par le chef et Renaud Capuçon, deux petites pièces espiègles de Bartók.
Mémoire et réflexion

Dans le cadre de « Musique en partage », dimanche, le Camp des Milles, cette ancienne Tuilerie transformée en camp d’internement d’étrangers pendant la seconde guerre mondiale, lieu qui accueillit nombre d’artistes juifs qui en firent un endroit de création artistique et de résistance, accueillait une journée de tables rondes et concerts. La mémoire, la place et le pouvoir de la culture dans le monde et bien d’autres sujets essentiels étaient débattus par diverses personnalités, Bernard Foccroule, Jacques Attali, Delphine Horvilleur, Laurent Berger en tête en alternance avec des concerts de musique de chambre consacrés, entre autres, à Bach et aux compositeurs du camp de Terezin.
Le soir, au Grand Théâtre de Provence, à la tête du chœur et de l’orchestre de l’Opéra de Zurich, Gianandea Noseda dirigeait le monumental Requiem de Verdi, cette œuvre que d’aucuns qualifient d’opéra religieux. D’un « Dies Irae » d’apocalypse dont les murs du Grand Théâtre de Provence se souviennent en tremblant à un exceptionnel « Libera me » de la soprano Marina Rebeka en passant par un « Ingemisco » malmené par Joseph Calleja, le ténor maltais abordant malencontreusement ses airs comme il l’aurait fait sur scène pour un opéra, l’interprétation a cependant satisfait le public qui avait envahi en nombre la grande salle aixoise. Et c’est tant mieux ! Bien lancé, le 13e Festival de Pâques se poursuit jusqu’au 12 avril prochain.
Michel EGEA
Le 13e Festival de Pâques se poursuit jusqu’au 12 avril prochain. Renseignements, réservations sur festivalpaques.com



