Festival Off d’Avignon & cinéma. Bertrand Usclat et Martin Darondeau, les artisans d’un même souffle créatif

Publié le 13 juillet 2026 à 8h55 - Dernière mise à jour le 13 juillet 2026 à 8h55

L’un fait rire au Théâtre des Béliers avec « Drôle, (titre non contractuel) », l’autre signe la mise en scène du bouleversant « Le goût de la framboise ». Ensemble, Bertrand Usclat et Martin Darondeau forment aussi un tandem de réalisateurs inspirés avec « De la Comédie-Française », une comédie jubilatoire qui sortira le 22 juillet. Trois œuvres, trois registres, une même exigence artistique.

De la scène à l’écran, une même complicité artistique

Destimed Drole affiche

Ces deux-là sont amis dans la vie et complices dans leur travail. Bertrand Usclat et Martin Darondeau passent avec la même aisance de la scène à l’écran. Ils ont notamment cosigné l’écriture de « Drôle, (titre non contractuel) », le spectacle que Bertrand Usclat joue actuellement au Théâtre des Béliers, tandis que Martin Darondeau en assure la mise en scène. Sur scène, Bertrand Usclat relève un pari aussi simple qu’ambitieux : faire rire pendant plus d’une heure. Rassurez-vous, il y parvient. Porté, selon ses propres mots, « par une envie de proposer un spectacle qui se joue des codes du stand-up et par celle de surprendre », il mêle sketches et chansons pour nourrir une réflexion sur l’humour. Dans ce seul-en-scène très personnel, il partage son cynisme joyeux, ses désillusions et cette question qui le hante : peut-on encore être drôle quand on n’a aucun combat à mener ? On retrouve toute la présence d’un acteur aguerri… et d’un type profondément sympathique.

« Le goût de la framboise », un thriller bouleversant

Destimed Le gout de la framboise photo Barbara Buchman
“Le goût de la framboise” ( Photo Barbara Buchman)

S’il est un titre qui semble, au premier abord, n’avoir aucun rapport avec l’histoire qu’il raconte, c’est bien « Le goût de la framboise », la pièce de Raphaële Volkoff présentée elle aussi au Théâtre des Béliers. De framboises, il n’est question qu’en filigrane. L’auteure brouille volontairement les pistes et entraîne le spectateur bien loin des douceurs sucrées que pourrait laisser imaginer son titre. On ressort profondément secoué de ce thriller scientifique et carcéral qui dénonce, sans jamais être démonstratif, les violences faites aux femmes et l’emprise d’un professeur sur son étudiante. Deux époques se répondent. L’été 1998 suit Stella, 19 ans, incarcérée, qui partage sa cellule avec une détenue de vingt ans son aînée, spécialiste des trous noirs… et de ceux qui ont jalonné sa propre existence. L’automne 1975 nous fait découvrir Marcelle, jeune chercheuse en astrophysique sur le point de soutenir une thèse fondée sur une découverte majeure.

Avec une remarquable maîtrise du rythme, Martin Darondeau fait dialoguer ces deux temporalités dans une mise en scène aussi spectaculaire qu’intelligente, multipliant les surprises jusqu’à un épilogue que, personnellement, je n’avais pas vu venir, et qui arrache les larmes. Interprétée par Laura Authier, Benoît Blanc, Machita Daly, Octavie Durand, Nanou Garcia et Raphaële Volkoff elle-même, cette pièce, véritable hymne à l’amitié entre les générations, interroge la domination, l’emprise et le respect de l’autre. Chaque représentation s’achève d’ailleurs sous une standing ovation au Théâtre des Béliers.

« De la Comédie-Française », un hommage jubilatoire au théâtre

Destimed De la Comedie Francaise affiche

Pouvez-vous imaginer une metteuse en scène dont la pièce est jouée à la Comédie-Française se voir refuser l’entrée faute de retrouver son badge ? Invraisemblable… et pourtant, c’est le point de départ de « De la Comédie-Française », le film réalisé par Bertrand Usclat et Martin Darondeau. Guillaume Gallienne y apparaît à contre-emploi dans la peau d’un gardien intraitable, tandis que Pauline Clément, remarquable, incarne cette metteuse en scène débordée. Danièle Lebrun, Christian Hecq, Laurent Stocker, Sephora Pondi ou encore Julien Frison complètent une distribution où chaque membre de la troupe du Français s’amuse à casser son image. Le scénario est aussi simple qu’efficace : à trois heures de la première, rien ne se passe comme prévu. Retards, problèmes techniques, crises d’ego… tout semble conspirer contre Nina, qui n’a pourtant pas le choix. À la Comédie-Française, une règle prévaut : on n’annule pas. Porté par une énergie communicative, le film enchaîne les situations burlesques sans jamais perdre de vue son amour du théâtre. Comme l’a expliqué Pauline Clément lors de l’avant-première organisée au cinéma Renoir d’Aix-en-Provence, le projet devait initialement prendre la forme d’une série avant que la disponibilité exceptionnelle de la salle Richelieu ne conduise les auteurs à écrire un long métrage en seulement deux mois.

Iconoclaste, drôle et souvent inspiré de situations réellement vécues au sein de l’institution, « De la Comédie-Française » est bien plus qu’une simple comédie. C’est un véritable hommage au théâtre, servi par la voix off de Denis Podalydès et porté par une troupe qui prend un plaisir communicatif à jouer avec les codes de la Maison de Molière.

Jean-Rémi BARLAND

 

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