Illettrisme. L’Insee constate une amélioration mais la courbe va repartir à la hausse

Publié le 2 octobre 2026 à 22h12 - Dernière mise à jour le 2 octobre 2026 à 22h13

À 13 ans d’intervalle, l’Insee a mené une enquête sur l’illettrisme en France, déclinée en régions. Les chiffres se sont améliorés sur la période, mais les difficultés rencontrées par les jeunes générations en matière de lecture et de calcul sont inquiétantes. L’ouest de la région est principalement concerné.

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(Photo Joël Barcy)

Les statistiques et la réalité

Si l’on prend en compte le taux d’illettrisme strict, on enregistre une baisse rassurante de 3 points entre les deux enquêtes. Mais ces données masquent d’autres réalités. 3,7 millions de personnes luttent, de manière générale, avec l’écrit, le calcul et le numérique (11 % de la population). L’Insee indique par ailleurs que l’amélioration de la situation est due en partie à la disparition des plus de 64 ans des statistiques. Or, ce sont eux qui souffraient le plus d’illettrisme.

Autre réalité, l’affaiblissement de la France dans les classements PISA (Programme international pour le suivi des acquis). Il se retrouve lors des JDC (Journées défense et citoyenneté). Depuis quelques années, on arrive à des taux importants. « Là où les nouvelles sont un peu moins bonnes, c’est qu’on voit pour la première fois une dégradation où les plus jeunes sont davantage concernés que les 35-44 ans, relève Cécile Jaffré, la directrice de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme. On voit des jeunes qui rentrent dans leur vie d’adulte avec des difficultés pour lire, écrire, compter. »

Des entreprises investissent

Pour lutter contre l’illettrisme, des entreprises ont choisi de prendre en main le réapprentissage de la lecture et du calcul. C’est le cas du groupe GSF, une société multiservices spécialisée dans la propreté. C’est un coût, car les formations se font sur le temps de travail, mais cela permet une montée en compétences des salariés.

« Aujourd’hui, on a besoin que nos agents soient plus polyvalents, soient plus à l’aise aussi. On voit que, quand ils sont plus à l’aise, qu’ils sont plus en confiance, quand ils sont plus autonomes, ça fonctionne mieux, note Sabine Dujarric-Oueslati, responsable formation chez GSF. La sécurité, c’est par ailleurs une priorité du groupe, donc mieux comprendre les consignes de sécurité, c’est mieux les appliquer. Ça a des bénéfices aussi bien du côté professionnel que du côté personnel, donc on avait toutes les raisons d’y aller. »

Ditza Brito, agent de service chez GSF, a bénéficié de ce programme. Sa vie a totalement changé. « C’était vraiment une expérience exceptionnelle dans ma vie professionnelle et au quotidien. Par exemple, je peux aller chez le médecin toute seule, je peux écrire des textos, je peux communiquer et m’exprimer. »

Des poches d’illettrisme

Dans la région, les territoires les plus concernés se situent à l’ouest, notamment dans le Vaucluse, le pays d’Arles et certains arrondissements du nord de Marseille. Les taux d’illettrisme peuvent dépasser les 20 %. Pauvreté rime souvent avec illettrisme et illettrisme avec chômage. Une personne illettrée sur deux est sans emploi. Le pire est que la situation se reproduit de génération en génération.

« Ce que nous montrent les dernières études nationales et internationales, résume Cécile Jaffré, c’est qu’en France, quand on est soi-même issu d’un foyer dans lequel des difficultés sont présentes, on a une vraie tendance à la reproduction de ces inégalités scolaires, sociales et de la précarité financière ou professionnelle, et c’est terrible. »

La devise de la République écornée

« Liberté, égalité, fraternité », la devise sur les frontons de nos mairies semble un vain mot. La situation est terrible, mais les crédits de formation pour le réapprentissage des compétences de base seront révisés à la baisse dans le prochain budget.

Joël BARCY

 

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