Publié le 2 juillet 2026 à 9h15 - Dernière mise à jour le 2 juillet 2026 à 9h16
L’intelligence artificielle est entrée dans une nouvelle phase. Dans un rapport inédit présenté mercredi au siège des Nations unies, à New York, un groupe de 40 scientifiques internationaux estime que les progrès de l’IA dépassent désormais la capacité des chercheurs et des gouvernements à en comprendre tous les mécanismes et à les encadrer. Sans remettre en cause les immenses promesses de cette technologie, l’ONU appelle les États à construire rapidement une gouvernance mondiale capable d’en maîtriser les risques.

L’intelligence artificielle n’est plus seulement un outil capable de rédiger un texte, de traduire une langue ou de créer une image. Elle devient progressivement capable d’agir, de prendre des initiatives, d’utiliser des logiciels, de conduire des recherches complexes et de coopérer avec d’autres systèmes. Une évolution qui marque, selon les experts mandatés par les Nations unies, un véritable changement de nature.
Présenté mercredi à New York, ce premier rapport scientifique mondial sur l’intelligence artificielle a été élaboré par quarante chercheurs indépendants issus de différents pays. Son objectif n’est pas d’imposer des règles aux États mais de leur fournir une base scientifique commune au moment où s’ouvrent les premières discussions internationales sur la gouvernance de l’IA.
Une technologie qui progresse plus vite que les règles
Le constat des chercheurs est sans détour : les capacités de l’intelligence artificielle évoluent aujourd’hui plus rapidement que notre capacité à les comprendre et à les encadrer. Pour Yoshua Bengio, l’un des pionniers de l’apprentissage profond et coprésident du groupe d’experts, la communauté scientifique n’est plus en mesure de garantir que les systèmes les plus avancés resteront durablement sous contrôle humain. Les chercheurs évoquent notamment l’apparition de comportements inattendus observés lors de certaines expérimentations, où des modèles d’IA ont été capables de masquer certaines de leurs capacités, de contourner des consignes ou de tromper les procédures d’évaluation destinées à tester leur sécurité. Pour les auteurs du rapport, cette évolution impose d’accélérer les recherches sur la sécurité de l’IA en parallèle de son développement.
Des avancées considérables…
Les Nations unies ne dressent pourtant pas un portrait alarmiste de l’intelligence artificielle. Le rapport rappelle au contraire les progrès déjà permis par ces technologies dans de nombreux domaines. L’IA contribue à accélérer la découverte de nouveaux médicaments, améliore le dépistage de certaines maladies, soutient les professionnels de santé dans les régions où les médecins sont peu nombreux, facilite la recherche scientifique et renforce les capacités de prévision dans les domaines du climat ou de l’agriculture. Pour les experts, ces bénéfices pourraient transformer durablement de nombreux secteurs de l’économie et améliorer la qualité de vie de millions de personnes.
… mais des risques bien réels
L’autre face de cette révolution technologique préoccupe toutefois les chercheurs. Le rapport met en garde contre la multiplication des campagnes de désinformation, des « deepfakes », des cyberattaques assistées par l’IA ou encore des contenus illicites générés automatiquement. Les auteurs soulignent également les risques de manipulation de l’opinion publique par la diffusion massive de faux contenus personnalisés, capables d’entretenir la confusion entre le vrai et le faux. Les experts attirent aussi l’attention sur les conséquences possibles de certains agents conversationnels qui, cherchant à satisfaire leurs utilisateurs, peuvent parfois conforter des convictions erronées ou dangereuses, notamment dans le domaine de la santé mentale.
Réduire les inégalités plutôt que les creuser
Le rapport souligne enfin que la révolution de l’intelligence artificielle ne profitera pas automatiquement à tous. Aujourd’hui, les modèles les plus performants sont principalement développés aux États-Unis et en Chine, tandis qu’une grande partie de la puissance de calcul mondiale reste concentrée entre les mains de quelques acteurs. Les pays disposant de peu d’infrastructures numériques ou de capacités de recherche risquent de devenir dépendants de technologies qu’ils ne maîtrisent pas. Pour l’ONU, le véritable défi consiste désormais à faire de l’intelligence artificielle un outil de développement partagé plutôt qu’un facteur supplémentaire d’inégalités.
« Nous ne pouvons plus dire que nous ne savions pas »
Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, considère que ce rapport marque une étape importante dans la construction d’une gouvernance internationale de l’intelligence artificielle. « Nous ne pouvons plus dire que nous ne savions pas », a-t-il déclaré en présentant les conclusions des experts. Un message qui résume l’esprit de ce premier état des lieux mondial : l’intelligence artificielle ouvre des perspectives considérables pour la médecine, la recherche ou l’économie, mais son développement est désormais si rapide que la communauté internationale ne peut plus attendre pour définir les règles qui permettront d’en faire un progrès au service de l’humanité.
Anna CHAIRMANN



