Publié le 31 mars 2026 à 21h53 - Dernière mise à jour le 31 mars 2026 à 21h53
Le troisième satellite de la constellation COSMO-SkyMed Seconde Génération a été lancé avec succès depuis la Vandenberg Space Force Base, en Californie, à bord d’une fusée Falcon 9 de SpaceX. Réalisé pour le compte de l’Agence spatiale italienne (ASI) et du ministère italien de la Défense, ce système italien d’observation radar de la Terre, à vocation duale, doit permettre d’améliorer encore les performances d’un programme déjà considéré comme stratégique en matière de sécurité, de surveillance de l’environnement et de gestion des urgences.

Fabriqué par Thales Alenia Space, coentreprise entre Thales (67 %) et Leonardo (33 %), le satellite a été pris en charge en orbite par Telespazio, société conjointe entre Leonardo (67 %) et Thales (33 %). Cinquante-neuf minutes après sa séparation du lanceur, son acquisition a été confirmée, avant son transfert vers le Centre spatial de Telespazio à Fucino, dans les Abruzzes. La phase de mise à poste, dite LEOP, doit durer environ neuf jours.
Une nouvelle étape pour un programme stratégique italien
Avec ce lancement, l’Italie poursuit le renouvellement de sa constellation d’observation de la Terre COSMO-SkyMed, acronyme de COnstellation of Satellites for the Mediterranean basin Observation. Le programme, développé pour l’ASI et le ministère italien de la Défense, repose sur une utilisation duale, civile et militaire.
Le troisième satellite de seconde génération doit garantir la continuité opérationnelle des services d’observation radar SAR, à synthèse d’ouverture, tout en améliorant les performances déjà élevées du système en matière de qualité d’image et de couverture. Cette nouvelle génération doit progressivement remplacer la première, avec à terme une constellation de quatre satellites. Deux d’entre eux sont déjà en service.
L’objectif affiché est de faire de l’ensemble du système, segment sol compris, une nouvelle référence parmi les constellations d’observation radar, tant en matière de précision que de qualité d’image et de flexibilité d’usage pour les utilisateurs.
Des applications multiples, de la sécurité à l’environnement
Au fil des années, COSMO-SkyMed s’est imposé comme un outil essentiel pour la surveillance du territoire, le suivi environnemental, la gestion des crises et les missions sécuritaires. Depuis le lancement du premier satellite, en 2007, près de 4,3 millions d’images ont été acquises et archivées.
Ces données ont notamment été utilisées aux côtés du programme européen Copernicus, en particulier dans le cadre du service de gestion des urgences et de cartographie rapide de la Commission européenne. Exploité par e-GEOS, ce service permet de fournir en quelques heures des cartes satellitaires de zones touchées par des catastrophes naturelles ou des crises humanitaires.
La nouvelle génération doit encore élargir le spectre des applications possibles. Les données de COSMO-SkyMed sont déjà exploitées dans des domaines aussi variés que le soutien à la gestion des urgences, la sécurité, la surveillance des infrastructures, la gestion du trafic maritime, l’agriculture de précision, ainsi que le suivi des ressources naturelles et des écosystèmes.
Une filière industrielle italienne en première ligne
Le programme repose sur une forte implication de l’industrie italienne, articulée autour de Leonardo, Thales Alenia Space, Telespazio et e-GEOS, mais aussi d’un grand nombre de petites et moyennes entreprises.
Thales Alenia Space est responsable de l’ensemble du programme COSMO-SkyMed Seconde Génération. Cela recouvre la conception, le développement et la fabrication des satellites, mais aussi l’intégration et la mise en service du système complet.
Telespazio assure de son côté la conception et le développement du segment sol de la constellation, ainsi que les services logistiques et opérationnels intégrés. À Fucino, le centre spatial de l’entreprise doit piloter la mise à poste du satellite, jusqu’aux phases de tests en orbite, de mise en service opérationnelle et d’exploitation courante.
Leonardo contribue au programme en fournissant notamment les équipements de contrôle d’attitude ainsi que des unités sophistiquées de traitement et de distribution de l’électricité à bord.
Les données, elles, sont commercialisées dans le monde entier par e-GEOS, société conjointe entre l’Agence spatiale italienne (20 %) et Telespazio (80 %), qui détient les droits exclusifs de commercialisation.
Un enjeu de sécurité et de durabilité
Pour Massimo Claudio Comparini, directeur général de la division Espace de Leonardo, ce lancement dépasse le simple cadre industriel. « Chaque lancement de COSMO-SkyMed représente un accomplissement majeur pour l’Italie et toute la filière spatiale nationale », souligne-t-il. Il rappelle que le programme a été développé pour répondre aux besoins de l’Agence spatiale italienne et du ministère italien de la Défense, tout en reflétant « l’excellence technologique et industrielle de Leonardo et des coentreprises Thales Alenia Space, Telespazio et e-GEOS ». Selon lui, les moyens d’observation de la Terre et les données qu’ils produisent constituent « un atout stratégique pour la sécurité et la durabilité », en permettant des services et des missions « toujours plus rapides et précis ». Un engagement qui, ajoute-t-il: « Renforce le rôle de l’Italie dans l’espace et contribue à créer de la valeur pour le pays et la communauté internationale ».
Même tonalité du côté de Thales Alenia Space. Son PDG en Italie et Senior Vice-Président des activités Observation, Exploration et Navigation, Giampiero Di Paolo, insiste sur la portée industrielle et technologique du projet. Responsable du programme dans sa globalité, l’entreprise voit dans ce lancement la confirmation de son savoir-faire « en matière de technologie radar » et de « l’engagement de ses équipes ».
Une fois les quatre satellites pleinement déployés, estime-t-il, le système offrira « des avancées technologiques et opérationnelles majeures », tout en renforçant le leadership mondial de Thales Alenia Space dans les infrastructures orbitales d’observation de la Terre.
Leonardo, Thales Alenia Space, Telespazio : trois acteurs majeurs
Au-delà du seul programme COSMO-SkyMed, le lancement rappelle aussi le poids des grands groupes européens impliqués dans le spatial.
Leonardo se présente comme l’un des principaux acteurs mondiaux dans les secteurs de l’aérospatial, de la défense et de la sécurité. Le groupe emploie 60 000 collaborateurs dans le monde et intervient sur de nombreux programmes multinationaux de défense, comme Eurofighter, JSF, NH90, FREMM, GCAP ou Eurodrone. En 2024, il a enregistré 20,9 milliards d’euros de nouvelles commandes, pour un carnet de commandes de 44,2 milliards et un chiffre d’affaires consolidé de 17,8 milliards d’euros.
Thales Alenia Space, société commune entre Thales et Leonardo, revendique plus de quarante ans d’expérience dans les télécommunications, la navigation, l’observation de la Terre, la surveillance de l’environnement, l’exploration et les infrastructures orbitales. En 2024, l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 2,23 milliards d’euros et emploie plus de 8 100 personnes dans sept pays.
Telespazio, enfin, figure parmi les leaders mondiaux des services par satellite. L’entreprise intervient de la conception de systèmes spatiaux à la gestion des campagnes de lancement, en passant par le contrôle des satellites, les services d’observation de la Terre, les communications intégrées ou encore les services de navigation et de localisation satellitaire. Elle participe notamment à des programmes européens majeurs comme Galileo, EGNOS, Copernicus, COSMO-SkyMed et Moonlight. En 2024, Telespazio a réalisé 750 millions d’euros de chiffre d’affaires et compte 3 300 employés dans quinze pays.
Une montée en puissance progressive
Avec ce troisième satellite, COSMO-SkyMed Seconde Génération entre dans une phase décisive. Le système n’est pas encore complet, mais il s’en approche. Et à mesure que la constellation se déploie, l’ambition devient plus nette : disposer d’un outil d’observation radar plus précis, plus souple, plus réactif, capable de répondre à des besoins croissants de surveillance, de sécurité, d’analyse environnementale et de gestion des crises.
Dans un contexte où la donnée spatiale devient un levier de plus en plus stratégique, ce lancement confirme la volonté italienne de peser durablement dans le domaine de l’observation de la Terre.
La rédaction



